Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.
Méditation chrétienne

De la vie communautaire (1/2)

Imprimer Par Dietrich Bonhoeffer

Auteur : Dietrich Bonhoeffer, né le 4 février 1906, est un pasteur luthérien, théologien et auteur. Résistant de la première heure au nazisme, il est exécuté le 9 avril 1945 sur ordre personnel d’Hitler.Titre : De la vie communautaire.


Contre la rêverie

Dieu hait la rêverie, car elle rend orgueilleux et prétentieux. Celui qui rêve de l’image idéale d’une communauté, celui-là exige de Dieu, des autres et de lui-même qu’elle se réalise. Il se présente dans la communauté des chrétiens avec ses exigences, érige une loi qui lui est propre et en fonction de laquelle, il juge les frères et Dieu lui-même. Il s’impose avec dureté et comme un reproche vivant pour tous les autres dans le cercle des frères. Il agit comme s’il avait d’abord à créer la communauté chrétienne, comme si son idéal imaginaire devait tisser les liens qui unissent les êtres humains. Ce qui ne va pas selon sa volonté, il le considère comme un échec. Là où son rêve se brise, il voit la communauté s’effondrer. Ainsi devient-il l’accusateur de ses frères, puis l’accusateur de Dieu et enfin l’accusateur désespéré de lui-même.

En fait c’est parce que Dieu a déjà posé le seul fondement de notre communauté, c’est parce que depuis longtemps, avant que nous entrions dans la vie communautaire, avec d’autres chrétiens, Dieu nous a reliés ensemble dans un seul corps en Jésus-Christ, c’est pour cette raison que nous entrons dans la vie communautaire avec d’autres chrétiens non avec nos exigences, mais avec gratitude et prêts à recevoir. Nous remercions Dieu pour ce qu’il a fait en nous. Nous le remercions de nous donner des frères qui vivent sous son appel, sous son pardon et sous sa promesse. Nous ne nous plaignons pas de ce que Dieu ne nous donne pas, mais nous le remercions de ce qu’il nous donne chaque jour.

Et que nous faut-il de plus que des frères qui doivent aller et vivre avec nous dans le péché et la détresse sous la bénédiction de sa grâce ? Le don de Dieu, quels que soient les jours, même les plus difficiles et les plus noirs d’une fraternité chrétienne est-il plus parcimonieux que cette grande réalité insaisissable ? Ce don n’est pas encore là où le péché et l’incompréhension pèsent lourd sur la vie communautaire ? Le frère pécheur aussi n’est-il pas toujours le frères avec lequel je me tiens solidairement sous la parole du Christ et son péché n’est-il pas pour moi l’occasion de rendre grâce sans cesse pour le fait que nous avons tous deux le droit de vivre sous l’amour et le pardon de Dieu en Jésus-Christ ? L’heure de la plus grande déception par rapport au frère, n’est-elle pas incomparablement salutaire pour moi, parce qu’elle m’enseigne profondément que nous deux, nous ne pouvons jamais vivre de nos propres paroles et de nos propres actes, mais seulement d’une parole et d’un acte, qui nous relient en vérité, à savoir le pardon des péchés en Jésus Christ ? Là où les brumes matinales des idéaux imaginaires se dissolvent, là se lève en pleine clarté le jour de la communauté chrétienne.

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