Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 22e Dimanche T.O. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Tout donner

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,21-27.

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

COMMENTAIRE

C’est la rentrée. Il faut bien tourner la page comme tout le monde. Finis les beaux jours d’été et les vacances! Tout le monde est un peu concerné par la rentrée. Ce n’est pas seulement les enfants. Demain c’est la fête du travail, puis chacun reprend sa routine, ses projets, avec ou sans conviction. De nouvelles orientations se dessinent peut-être pour certains; pour d’autres, de nouveaux engagements.

Le choc de la rentrée ramène chacun à lui-même, à ce qu’il est devenu avec le temps, à ce qu’il veut et peut encore devenir. C’est l’occasion de refaire certains choix. Pour qu’il y ait de l’avenir, il faut parfois renoncer à certains acquis, à tel confort, à tel avantage. Pour aller de l’avant, il faut accepter de mourir quelque part pour vivre plus. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, dit Jésus, qui perd sa vie à cause de moi – pour le Royaume – la gardera ».

Ce paradoxe nous étonne encore et nous force à réfléchir. Il s’agit de vivre plus, mais comment? En perdant une certaine vie, cette vie toute extérieure, bien organisée, maîtrisée, pour en trouver une autre, plus intérieure, cachée, mystérieuse, spirituelle, cette vie venue et reçue de source, notre vraie vie, la seule qui compte absolument.

Permettez-moi de vous citer ici Etty Hillesum, cette jeune juive hollandaise, plongée dans le drame de l’extermination de son peuple durant la deuxième guerre mondiale. Malgré la catastrophe qui la menace, à force de réflexion, – avec une sagesse qu’on peut croire inspirée par l’Esprit, – elle finit par éprouver une grande paix. S’offrant elle-même pour le service des siens, dans un camp de transition, en Hollande, elle garde la joie en son cœur et elle est capable d’émerveillement et de miséricorde. Elle est toute proche de cette spiritualité dont parle Jésus. Être prêt à donner tout ce qu’on a, sa vie même, parce que vivant au meilleur de soi, au cœur de soi.

Je vous cite quelques lignes du journal d’Etty Hillesum : « La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie, écrit-elle, il faut avoir le courage de se détacher de tout : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse ». Plus loin elle écrit : « Et puisque, désormais libre, je ne veux plus rien posséder, désormais tout m’appartient et ma richesse intérieure est immense. » Enfin au sujet de la mort elle a ces mots étonnants : « Regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie. A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Quand je dis, j’ai réglé mes comptes avec la vie, cela veut dire : l’éventualité de la mort est intégrée dans ma vie. En excluant la mort de sa vie, on se prive d’une vie complète, et en l’y accueillant, on élargit et on enrichit sa vie. »

C’est ce à quoi, il me semble, l’Évangile nous convoque aujourd’hui : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, dit Jésus, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie la gardera. » C’est la grâce et l’appel du Christ Sauveur : choisir effectivement la vraie vie, celle de l’amour et du don, en sacrifiant bien volontiers une vie égoïste, tournée vers soi, une petite vie qui n’en vaudrait pas la peine. Que cette eucharistie nous donne d’entrer plus avant dans ce régime de communion et de don de soi, qui nous fait re-choisir sans cesse la vraie vie, celle qui défit la mort, celle qui prend chaque jour en nous couleur et force de résurrection et de vie nouvelle.

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