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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Fête de la la Transfiguration du Seigneur

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9.

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

C’était lors d’un camp d’hiver, où je m’étais retrouvé seul avec un groupe d’une douzaine d’adolescents dans un pays de forêts, de lacs et de montagnes au nord de Gatineau. Décor féérique, alors figé sous la neige. C’était un dimanche matin du mois de mars, le 2e dimanche du carême. Nous avions à la messe cet évangile de la transfiguration du Seigneur.

Je m’étais dit qu’alors il serait facile de capter l’attention et l’intérêt de ces jeunes hommes. La montagne. La lumière. La nuée mystérieuse. Les personnages plus grands que nature de Moïse et d’Élie. Et nous tous, en pleine aventure, en compagnie de Pierre, Jacques et Jean avec Jésus. N’étions-nous pas nous aussi sur quelque montagne, à la fois les témoins et les acteurs d’une révélation qui s’offrait à nous?  Je m’étais dit : Ce récit va sûrement les capter, les impressionner, nous inspirer tous.

Or ce ne fut pas le cas. L’histoire de la petite troupe évangélique là-haut sur la montagne ne les accrochait pas. J’en fus étonné.

Cet incident m’a servi de leçon. Il m’aurait fallu décoder pour moi-même et pour eux la signification et le message qui se cachaient sous cette scène troublante habillée de  figures, paroles et gestes à vrai dire surréalistes. Les images de l’évangéliste faisaient appel à une histoire et une culture biblique que les jeunes ne possédaient pas. Les énigmes cachaient trop bien leur secret.

Le récit de la transfiguration est à lire sur un plan symbolique. Il est plein d’allusions prégnantes d’un message étonnant, déroutant. Et pour être saisi, il nous oblige à changer de monde et de mode. À cause des résonances bibliques dont il est chargé, où les plans historiques se confondent. C’est comme une page d’éternité écrite avec les souvenirs d’autrefois, du temps de l’Exode. Nos figurations anciennes servant à dire l’univers divin, l’état des choses dans le Ciel. Nous sommes plongés ici dans un univers d’apocalypse. L’indicible est sous nos yeux. L’impossible à voir veut se dire. Nous sommes pour ainsi dire hors du temps, en un point d’orgue, pour un moment d’extase. La vision telle que rapportée nous sort du temps. Et nous étions tous bien loin de cet univers.

Il n’est pas surprenant que les jeunes ados n’aient pas mordus à cette histoire. Tellement ce monde leur paraissait bizarre, étranger, irréel. Ils n’en avaient pas la clé et moi je n’avais pas les mots pour la leur donnée.

Dans ce récit de la transfiguration du Seigneur tout est allusif et figuratif. Il nous faut passer au second degré pour y comprendre quelque chose. Jésus lui-même met cet évènement anticipatoire sous embargo quand il dit aux 3 disciples : «  Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

Nous sommes pourtant un peu toujours au pays de l’Exode avec Moïse et nous cheminons dans de l’épreuve des siècles de la foi avec le prophète Élie. Nous comprenons que Jésus est venu pour tout récapituler en sa personne. C’est en lui s’accomplit désormais le grand passage sous le signe de l’obéissance parfaite jusqu’à la mort sur la croix.

La transfiguration nous révèle en résumé le mystère de Dieu qui se livre et se donne en son Fils bien aimé. Dieu sacrifié, pieds et poings liés en son Fils dans l’abaissement et la pauvreté de son témoignage sur la terre des hommes. Dieu caché, discret, humble et humilié en Jésus, persécuté jusqu’à mourir sur la croix. Jusqu’au matin de Pâques où alors se manifesteront sa puissance d’amour, de vie, de lumière, toute sa joie et la nôtre pour toujours.

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