Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 16e Dimanche T.O. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

 Patience et confiance !

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,24-43.

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »

COMMENTAIRE

Un climat d’optimisme et de confiance se dégage des lectures de ce dimanche. Un optimisme fondé sur la générosité de Dieu, sur sa grande patience, sur la miséricorde qu’il a pour nous et sur le don qu’il nous fait de son Esprit Saint. La confiance règne! Oui, l’Esprit nous fera devenir ce que nous sommes, au fil du temps, des enfants de lumière. L’Esprit qui nous confirment en notre qualité de fils et de filles, nous qui sommes appelés à devenir un jour « les justes qui resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ».

Dans cette page d’évangile, Jésus multiplie les exemples pour nous faire voir la puissance de la parole semée en nous. Il nous parle avec de fortes images du dynamisme de cette semence qui nous a fait naître à la vie du Royaume, et qui a la capacité de nous faire grandir, de nous transformer même. C’est comme un grain de moutarde, ce qu’il y a de plus petit, qui devient ce qu’il y a de plus grand, c’est comme du levain dans la pâte…

Jésus nous parle cependant avec réalisme d’un monde où tout n’est pas parfait. C’est comme s’il nous disait : ne soyez pas naïfs; vous voyez bien que, s’il y a du blé, il y a aussi de l’ivraie. C’est à s’y méprendre parfois.

À ce propos nous avons chacun, chacune un devoir de lucidité sur nous-même et sur l’environnement humain auquel nous sommes associés : notre famille, notre cercle d’amis, nos milieux de travail, notre communauté. Certaines expériences nous révèlent et nous disent qui nous sommes, et nous prenons conscience alors de ce qui nous anime, de ce qui oriente et engage nos actions à cœur d’année, de ce dont nous rêvons dans les moments de grisailles. Or nous voyons bien qu’il n’y a pas que de nobles pensées et des actions édifiantes dans nos bilans. Il y a aussi le mal, la peur et le péché. Une réalité gênante qui s’amalgame, jusqu’à s’y méprendre, à ce qui fait l’élan premier et avoué de nos existences. Nous cherchons pourtant, malgré tout, la vie, la lumière, l’amitié, la joie, l’extase. Là-dessus pas de confusion possible. On voit bien la différence.

Mais, c’est dans ce contexte d’une certaine ambivalence de nos vies que la Parole nous interpelle ce matin. Où allons-nous? Vers quel bonheur vont notre désir, notre espoir, nos labeurs et tous nos sacrifices ? Autrement dit : qu’est-ce qui pousse le plus dans le champ de nos vies? Laissons-nous le bon grain donner toute sa mesure de fécondité et de croissance, de pleine maturation ? Même s’il y a cet incontournable, inévitable présence de l’ivraie tout autour, et jusqu’au dedans de nous?

Il en est qui ne voit que l’ivraie. Ils en sont obsédés et se braquent sur ces valeurs négatives jusqu’à vouloir en purger le monde. Ils voudraient s’y mettre tout de suite, sans attendre. Ils se posent en juge. Jésus nous met en garde contre pareille attitude, trop risquée. Il demande de faire confiance au bon grain, de croire en son aboutissement.

L’Évangile nous ouvre ainsi sur le long terme. Dieu n’est pas pressé. Il attend. Il espère. Il veille. Il parie sur son Saint Esprit, sur la fidélité de ceux et celles qui misent avec lui sur la patience et la miséricorde dans l’espérance.

Laissons-nous donc soulever comme la pâte par le levain de Dieu. Laissons-nous traverser de guérison, laissons-nous édifier par l’Esprit jusqu’à notre pleine stature d’enfant du Royaume. Que son influence nous guide et nous redresse vers l’infini de l’Amour, dans la Paix, la Lumière, la Vie que Dieu seul est capable de nous partager maintenant et pour toujours. Amen.

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