Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Nous avons soif d’être aimés

Imprimer Par Caroline Pinet

L’Empereur Fréderic II de Hohenstaufen voulait savoir qu’elle était la langue d’origine de l’humanité. Ce souverain parlait lui-même six langues. Il entreprit une expérience afin de découvrir quelle serait la langue qu’un être humain choisirait, libre des influences du monde extérieur.

« Aussi demanda-t-il à des nourrices d’élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babiller avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s’ils parleraient l’hébreu, le plus ancien des langages ou le grec, ou le latin, ou l’arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus. Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent… En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d’amour de leurs nourrices. »* Ces enfants sont morts malgré les soins prodigués par des personnes capables d’assurer les besoins vitaux de ces enfants. Les enfants avaient besoin fondamentalement d’amour.

Jean-Paul II disait en 1981 « Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance: en l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour. »

Nous comprenons ainsi que l’humain a été créé pour aimer et que toute l’histoire de notre humanité, à travers ses récits, témoigne de cette soif d’amour ; que ce soit à travers le pouvoir, la recherche d’argent ou les bonnes œuvres, l’homme a soif d’aimer et d’être aimé. C’est la quête de toute une vie.

Ce besoin d’amour se fait sentir à tous les âges de la vie. Récemment, je me promenais en ville avec ma plus jeune. Sur l’avenue commerciale, je croise toutes les semaines les mêmes personnes qui mendient aux mêmes endroits stratégiques. Comme je saluais une de ces femmes, assise sur une petite caisse en bois, ma fille se calque sur moi et s’écrie avec un large sourire : « Bonjour madame ! » Le regard de la dame qui était jusque-là absent, s’illumine. La vieille dame saisit la main de mon enfant et se met à l’embrasser tendrement. Elle la tient un moment entre ses deux grosses mains et semble vouloir faire durer ce petit instant de bonheur furtif. On peut aussi mourir socialement par manque d’amour…

Nous sommes tous appelés à l’amour, mais nous aimons tous si mal. Notre soif d’amour est livré aux autres humains aussi imparfaits que nous le sommes. Savons-nous regarder les autres, les écouter, leur parler, nous en préoccuper ? Tout s’emberlificote ! Notre soif d’amour et notre capacité à aimer. Et trop souvent, c’est notre propre soif d’amour que nous cherchons à étancher… Pourtant, le mystère de l’amour de Dieu réside dans le fait que notre soif d’amour s’assouvira en aimant…

Le sacrement du mariage est à la fois si grand, puisqu’il est un des reflets de l’amour de Dieu, et pourtant si fragile car il s’appuie sur deux membres si indigents, si maladroits dans leur capacité à aimer. Mais Jésus n’a-t-il pas confié son Eglise à Pierre, cet apôtre si humainement peu fiable ? Dieu n’a-t-il pas pris chair au travers un fragile enfant dans une mangeoire ? Notre faiblesse est peut-être la condition même qui plaît à Dieu?

L’expérience de Frédéric II nous rappelle notre condition humaine si dépendante de l’amour. Il en va de même dans le mariage. Chaque époux a besoin d’être aimé. Il a besoin que l’autre lui parle, lui sourit, l’écoute sinon le mariage lui-même est menacé de mort. L’amour se nourrit de l’amour et c’est en aimant que nous sommes aimés. Saint-François l’avait bien comprit : « O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. » Le mariage est ce long chemin d’amour qui conduit à Dieu à travers l’autre.


*Témoignage du moine Salimbene.

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