Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 16e dimanche T.O. Année C

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

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Une vie en équilibre

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,38-42.
En ce temps-là, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut.
Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »
Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

COMMENTAIRE

Le récit de la Genèse entendu en première lecture nous étonne encore. Touchante initiative en effet que celle d’Abraham, accueillant les trois mystérieux personnages qui s’approchent de lui à l’heure du midi. La tradition a vu dans ce trio Dieu lui-même, apparaissant au patriarche. Fidèle à la proverbiale hospitalité orientale, Abraham fait tout le nécessaire pour bien recevoir ses hôtes. Mais plus que les plats et l’abondante nourriture, ce qui nous impressionne en fin de compte chez lui c’est l’attention révérencieuse qu’il porte à ses visiteurs. Son écoute attentive est empreinte de joie. On devine chez lui une disponibilité parfaite. Et à la fin, nous ne sommes pas tellement surpris de l’annonce faite par le mystérieux voyageur concernant la naissance d’un fils qui viendra bientôt réjouir les vieux jours du patriarche et de son épouse Sara.

La liturgie nous offre par ailleurs en lecture d’évangile un événement qui s’apparente à celui rapporté dans la Genèse. Cette fois il s’agit de deux femmes qui accueillent Jésus. Marthe, l’aînée des deux sœurs, prend l’initiative d’inviter le maître chez elle. On la devine généreuse et intense, toute donnée au service qu’elle se doit d’assurer à son hôte. En ce sens elle est bien comme Abraham. Mais la comparaison s’arrête là pour ce qui la concerne. Marthe incarne la générosité, l’empressement, l’intense démarche du patriarche qui mobilise sa femme et ses serviteurs pour assurer un véritable festin à ses visiteurs. Mais, il a fallu Marie pour incarner l’attitude d’Abraham qui se tenait debout près de ses hôtes, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. C’est elle qui illustre l’attention révérencieuse, l’écoute attentive, la curiosité et l’émerveillement d’Abraham devant son hôte.

Sans blâmer Marthe, Jésus réagit à son obsessive, voire compulsive préoccupation de mener à bien la réception qu’elle lui offre. Marthe, la généreuse, se dépense totalement à la tâche, jusqu’à en oublier peut-être le plus important, qui est le fait que Jésus soit là, que l’occasion est unique, qu’il faudrait en profiter, non pas pour lui donner plein de choses, mais pour recevoir de lui les paroles divines, les paroles de vie, l’Évangile, la joie du Père, du Fils et de l’Esprit. Marie, l’amoureuse, a compris qu’elle avait tout à gagner à s’asseoir là auprès de Jésus et à goûter son discours, sa présence, un enseignement si précieux. Le souci de sa sœur Marthe et tout son labeur ne font pas le poids comparés à ce qu’elle pourrait être en mesure de goûter et de recevoir. Pauvre Marthe, elle risque de passer à côté de l’essentiel, si elle n’ouvre pas ses yeux et ses oreilles et son cœur pour contempler son hôte de passage.

Qu’en est-il de nous ? Savons-nous faire la part des choses ? Avons-nous à cœur de nous garder pour Dieu des espaces de temps et de lieu pour l’écouter, l’accueillir dans notre cœur, puiser à la source de sa parole, prendre part à sa table ? Sommes-nous disposés à profiter de la nourriture qu’il nous offre ? Savons-nous que, bien plus que de lui donner de nous-même, nous avons besoin de tout recevoir de lui ?

C’est ainsi qu’il nous faut vivre en équilibre le service du prochain et l’attention au Seigneur, l’amour de Dieu et l’amour des autres, le dévouement généreux pour le Christ dans ses pauvres et dans ceux et celles en qui nous pouvons le reconnaître, et la pleine disponibilité de cœur, d’âme et d’esprit pour le Christ en personne, dans ce qu’il veut nous dire et nous partager de lui : le plat essentiel de sa parole et la ressource indispensable de son pain de vie.

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