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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.
Méditation chrétienne

Lettre à Henry de Castries : « Dieu est plus grand ».

Imprimer Par Charles de Foucauld

charles-de-JesusAuteur : Charles Charles de Foucauld naît à Strasbourg, en 1858 ; il resta orphelin très tôt. Après une adolescence tumultueuse et une carrière militaire plutôt désordonnée, il se prit de passion pour le monde arabe et fit des voyages d’études et de reconnaissance au Maroc. À vingt-huit ans, il redécouvrit la foi chrétienne et comprit en même temps sa vocation. Il entra à la trappe de Notre-Dame-des-Neiges, où il prit l’habit sous le nom de frère Marie-Albéric. Irrésistiblement attiré par une plus parfaite imitation du Christ pauvre et humble, il voulut prendre la dernière place, quittant ainsi la trappe avec le consentement de ses supérieurs, pour partir en Terre sainte et plus tard au Sahara.

Ordonné prêtre, Frère Charles entreprit de vivre dans le désert la présence silencieuse d’amour universel au milieu des populations touaregs. Le rachat des esclaves et leur évangélisation, la traduction de l’Évangile en langue vernaculaire, la rencontre des musulmans – qui comme lui vivaient le total abandon à Dieu – marqueront les années qu’il passa à Béni-Abbès et à Tamanrasset. Charles de Foucauld fut tué le 1er décembre 1916.


Cher ami,

Vous me dites que votre foi a été ébranlée… Laissez-moi vous dire que, quand on aime la vérité comme vous, et qu’on a tous les moyens de la connaître, on la trouve toujours, aussi ma profonde affection n’a aucune inquiétude sur vous.

Laissez-moi parler très simplement. Moine, ne vivant que pour Dieu, aimant en vue de Lui les âmes de toute l’ardeur de mon cœur, parce qu’elles sont son image et son œuvre, je ne puis vous parler, penser à vous, sans désirer ardemment pour vous le seul bien que je désire pour moi : Dieu. Dieu connu, aimé et servi, dans le temps et l’éternité…

Pardonnez-moi donc si je vous parle intimement ; ou plutôt, je ne vous demande pas pardon, car je suis sûr que vous me comprenez et que vous m’approuvez. « Allah ouh Akbar », Dieu est plus grand, plus grand que toutes les choses que nous pouvons énumérer.

Seul après tout Il mérite nos pensées, et nos paroles ; et si nous parlons, si vous vous fatiguez à me lire, et si je romps, pour vous écrire, le silence du cloître, c’est pour nous aider mutuellement à mieux Le connaître et servir : tout ce qui ne nous conduit pas à cela, – mieux connaître et servir Dieu – est temps perdu.

Votre foi n’a été qu’ébranlée. Hélas, la mienne a été complètement morte pendant des années. Pendant douze ans, j’ai vécu sans aucune foi. Rien ne me paraissait assez prouvé. La foi égale avec laquelle on suit des religions si diverses me semblait la condamnation de toutes : plus qu’aucune celle de mon enfance semblait inadmissible avec son 1 = 3 que je ne pouvais me résoudre à poser.

L’Islam me plaisait beaucoup, avec sa simplicité, simplicité de dogme, simplicité de hiérarchie, simplicité de morale, mais je voyais clairement qu’il était sans fondement divin et que là n’était pas la vérité. Les philosophes quant à eux sont tous en désaccord.

Je demeurai donc douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité et ne croyant pas à Dieu, aucune preuve ne me paraissait assez évidente… Tout ce qu’a dit Augustin de lui-même, je puis le dire de moi. Je vivais comme on peut vivre quand la dernière étincelle de foi est éteinte. J’étais dans la nuit. Je ne voyais plus Dieu ni les hommes : Il n’y avait plus que moi. Moins un homme qu’un porc, j’étais tout égoïsme, toute impiété, tout désir de mal, j’étais comme affolé .

Pendant que j’étais à Paris, faisant imprimer mon voyage au Maroc, je me suis trouvé avec des personnes très intelligentes, très vertueuses et très chrétiennes ; je me suis dit – pardonnez mes expressions, je répète tout haut mes pensées – « que peut-être cette religion n’était pas absurde »; en même temps, une grâce intérieure extrêmement forte me poussait ; je me mis à aller à l’église, sans croire, ne me trouvant bien que là et y passant de longues heures à répéter cette étrange prière : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je Vous connaisse ! »…

L’idée me vint qu’il fallait me renseigner sur cette religion, où peut-être se trouvait cette vérité dont je désespérais ; et je me dis que le mieux était de prendre des leçons de religion catholique, comme j’avais pris des leçons d’arabe. Je cherchais donc un prêtre instruit pour me donner des renseignements sur la religion catholique… On me parla d’un prêtre très distingué, ancien élève de l’école normale ; je le trouvais à son confessionnal et lui dis que je ne venais pas me confesser, car je n’avais pas la foi, mais que je désirais avoir quelques renseignements sur la religion catholique…

Le bon Dieu qui avait commencé si puissamment l’œuvre de ma conversion, par cette grâce intérieure si forte qui me poussait presque irrésistiblement à l’église, l’acheva : le prêtre, inconnu pour moi, à qui Il m’avait adressé, qui joignait à une grande instruction une vertu et une bonté plus grandes encore, me fit mettre à genoux et m’écouta longuement me confesser. Puis il m’envoya communier séance tenante…

S’il y a de la joie dans le ciel à la vue d’un pécheur se convertissant, il y en a eu quand je suis entré dans ce confessionnal ! Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi. Dieu est si grand. Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui.

Lettre à Henry de Castries

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