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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Éloge d’une folie

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danslebidonville

8 novembre 2015

Saint Antoine, le père des moines du désert, disait un jour : « Un temps vient où les hommes seront fous et quand ils verront quelqu’un qui n’est pas fou, ils s’insurgeront contre lui, disant : «Tu es fou», parce qu’il n’est pas comme eux.» (Les Sentences des pères du désert. Collection alphabétique, traduites par dom L. Regnault, Solesmes, 1981, p. 19).

Comme il n’avait pas tort, ce bon Antoine qui ne s’est pas gêné de faire lui-même ses propres folies! Au cours d’une eucharistie, Antoine avait entendu la parole de Jésus, invitant à tout quitter pour le suivre. Bouleversé, il se retire au désert et n’en sort qu’au bout de vingt ans! Comme quoi, la messe, ça peut vous déranger un homme ou une femme pour le reste de sa vie.

Et cette autre «dérangée» : Catherine de Sienne qui soigne avec beaucoup de dévouement une vieille prostituée que les M.T.S. ont rendu acariâtre, calomnieuse, méchante; ou qui affronte le seigneur de Milan, un homme cruel, ambitieux jusqu’à tuer pour dominer, et lui dit de se contenter d’être maître de la cité de son âme plutôt que de vouloir conquérir la terre.

Et que dire de saint Dominique, ému par la détresse spirituelle du Midi de la France? Il abandonne une carrière ecclésiastique qui s’annonce confortable pour sillonner les routes à pied, dormant sur le plancher, usant sa tunique jusqu’à la corde, ne se gênant pas pour passer la nuit à discuter avec un récalcitrant, prêchant partout la parole lumineuse de Dieu.

Que faut-il penser de François qui, sur la place publique d’Assise, se déshabille, remet tous ses vêtements à ses parents – bobettes incluses! – et part avec Dame Pauvreté, se réfugiant dans les cavernes, suspecté comme un individu louche?

Plus près de nous, il y a Marguerite d’Youville que l’on pointe du doigt : elle est sûrement une alcoolique et une dépravée pour recevoir chez elle des robineux et des polissons ! «Ces gens-là, madame…»

Ils sont nombreux, tous ces êtres bizarres, « originaux et détraqués », dirait Louis Fréchette. Certains auraient sans doute besoin d’un bon traitement psychiatrique. Mais les meilleurs spécialistes n’en viendraient pas à bout car ils sont des « fols en Dieu » (C’est le Moyen Âge qui les appelle ainsi). Dieu est leur douce ou violente folie. Ils l’aiment passionnément, « à la folie ». Ils déraisonnent à cause de lui, car « le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas ».

Peut-il en être autrement puisque Dieu a commencé bien avant eux à faire le fou ? A-t-on idée d’aimer comme s’ils étaient des dieux ces êtres humains fragiles, vulnérables, limités ? A-t-on idée de continuer à leur proposer des chemins de vie et de communion alors qu’ils préfèrent prendre leurs distances ? À-t-on idée de donner la première place aux sans-nom, aux sans-logis, aux sans-culture, aux sans-grandeur ? À-t-on idée d’embrasser même leurs souffrances et leurs faiblesses jusqu’à la mort ?

« Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la  faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme. » (1 Corinthiens 1, 22-25)

 

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