Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.
Méditation chrétienne

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie

Imprimer Par Paul Verlaine

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Auteur : Paul Verlaine (1844-1896) fut baptisé par ses parents Paul-Marie pour rendre grâce à la Vierge pour cette naissance inespérée après 13 ans d’attente. Poète exceptionnel, figure du poète maudit, homme violent et amant torturé, il redécouvre finalement la foi catholique et la dévotion mariale de son enfance lors de son séjour en prison après avoir blessé par balles Arthur Rimbaud. Cette conversion, qui ne mettra pas fin aux déchirures des tentations, illuminera son recueil de poèmes intitulé : Sagesse (1880).

 

 

 

 

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j’étais faible et bien méchant encore,
Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,
Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,
Et m’enseigna les mots par lesquels on adore.

C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse, et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la Patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

(Sagesse, II)

La mer est plus belle
Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de râles,
La mer qui prie
La Vierge Marie !
Elle a tous les dons
Terribles et doux.
J’entends ses pardons
Gronder ses courroux.
Cette immensité
N’a rien d’entêté.
Ô ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
« Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance ! »
Et puis sous les cieux
Qui s’y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Rosés, gris et verts…
Plus belle que tous,
Meilleure que nous !

(Sagesse, XV)

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