Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 41 (40) : J’ai crié et Dieu m’a répondu

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

1611(1 Du maître de chant. Psaume de David.)
2 Heureux qui pense au pauvre et au faible:
au jour de malheur, le Seigneur le délivre;
3 Le Seigneur le garde, il lui rend vie et bonheur sur terre:
ne le livre pas à l’appétit de ses ennemis!
4 Le Seigneur le soutient sur son lit de douleur;
tu refais tout entière la couche où il languit.

5 Moi, j’ai dit: « Pitié pour moi, Seigneur!
guéris mon âme, car j’ai péché contre toi!  »
6 Parlant de moi, mes ennemis me malmènent:
« Quand va-t-il mourir et son nom périr? »
7 Vient-on me voir, on dit des paroles en l’air,
le coeur plein de malice, on déblatère au-dehors.

8 Tous à l’envi, mes haïsseurs chuchotent contre moi,
ils supputent contre moi le malheur qui est sur moi:
9 « C’est une plaie d’enfer qui gagne en lui,
maintenant qu’il s’est couché, il n’aura plus de lever. »
10 Même le confident sur qui je faisais fond
et qui mangeait mon pain, se hausse à mes dépens.

11 Mais toi, Seigneur, pitié pour moi, fais-moi lever,
je les paierai de leur dû, ces gens:
12 par là, je connaîtrai que tu es mon ami,
si l’ennemi ne lance plus contre moi son cri;
13 et moi, que tu soutiens, je resterai indemne,
tu m’auras à jamais établi devant ta face.

14 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,
depuis toujours jusqu’à toujours. Amen! Amen!

(Psautier de la Bible de Jérusalem, avec modification au début du v. 3)

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Du « il » au « moi »

Voici un psaume où, dans la plus grande partie, quelqu’un fait part d’une situation difficile qu’il a traversée. Cela se trouve aux versets 5 à 13 et recouvre donc les deux tiers du psaume. Tout en étant à la première personne et en faisant place au « moi » d’un bout à l’autre, cette section se présente néanmoins sous la forme d’une prière. S’il fait mémoire de l’expérience pénible qu’il a vécue, c’est devant Yahvé que le fait le priant du psaume, en rappelant comment il s’est tourné vers lui au cœur de l’épreuve.

Cette section en « je » est précédée aux versets 2 à 4 d’une section plus brève où, sur le ton de la sagesse, le psalmiste parle à la troisième personne. Il en est ainsi sauf à la fin, dans la dernière partie du v. 4, où, comme pour assurer la transition avec ce qui va suivre, il s’adresse à Dieu : « tu refais tout entière la couche où il languit ».

Ainsi donc, d’un volet à l’autre, on passe du « il » au « je » ou, pour ainsi dire, de l’objectif au subjectif, du général au particulier. Voyons de plus près.

Dieu s’occupe de qui s’occupe des autres (versets 2-4)

Dans ce psaume où il sera tellement question de malheur, tout commence par une proclamation de bonheur : « Heureux! ». Et cette béatitude concerne une certaine catégorie de gens : « Heureux qui pense au pauvre et au faible » (v. 2a).

Et pourquoi ces gens sont-ils heureux? Parce que, le jour où il leur arrivera à eux aussi de faire l’expérience de la pauvreté, de la faiblesse et de l’épreuve, Dieu leur rendra ce qu’ils auront fait en faveur des autres : « au jour de malheur, le Seigneur le délivre ». Parce qu’il auront été présents au malheur des autres, Dieu en fera autant pour eux et il renversera leur situation : « Dieu le garde, il lui rend vie et bonheur sur terre » (v. 3a).

Et s’il doit survenir ce malheur, quel sera-t-il? Des multiples visages qu’il peut prendre, le psalmiste en retient deux. D’abord, celui de l’opposition, de l’incompréhension et de l’inimité : « il ne le livre pas à l’appétit de ses ennemis » (v. 3b). Puis celui, tout aussi redoutable, de la maladie et de la souffrance physique : « le Seigneur le soutient sur son lit de douleur » (v. 4).

À l’écouter parler sur ce ton objectif, on aurait bien l’impression que le psalmiste, dans cette première partie, s’en tient à retracer une expérience commune, à faire part d’une conviction qu’il a acquise en écoutant ce qui se dit et en observant ce qui se vit, de façon générale, parmi les humains. Mais, en réalité, tout laisse croire qu’en parlant ainsi à la troisième personne, c’est déjà à lui-même qu’il fait référence. En effet, l’expérience de malheur qu’il évoque, avec ses deux facettes d’opposition et de maladie, c’est celle-là même dont il s’apprête à confesser dans la deuxième partie qu’il l’a vécue lui-même. Lui-même a été plongé dans l’épreuve et Dieu l’a secouru. Si bien que cette conviction qu’il exprime au point de départ, ce n’est pas seulement en regardant vivre les autres qu’il y est parvenu, mais à partir de ce que lui-même a vécu. C’est donc lui-même, semble-t-il, qu’il désigne d.’entrée de jeu en parlant de « celui qui pense au faible et au pauvre » (v. 2). Dieu s’occupe de qui s’occupe des autres : s’il proclame cela, c’est qu’il l’a expérimenté lui-même. Et c’est de cela qu’il va maintenant témoigner dans le second volet.

« J’étais faible, il m’a sauvé » (versets 5-13)

Cet aveu se trouve dans un autre psaume (Ps 116,6). Mais il résume parfaitement la deuxième partie de celui qui nous occupe.

« J’étais faible » : c’est à cette expérience que font écho tout d’abord les versets 5 à 10. Et c’est ici que l’on retrouve le double visage du malheur ou de l’épreuve évoqué dans la première partie. Le visage de l’opposition et celui de la maladie. Une épreuve d’ordre relationnel et une autre d’ordre physique. Tout se passe comme si les deux avaient partie liée, non pas décrites l’une après l’autre, mais comme imbriquées l’une dans l’autre, pour ainsi dire.

La maladie, on ne saurait être plus clair, en fut une très grave. Les indications en ce sens se bousculent : « Quand donc va-t-il mourir? » (v. 6b), « C’est une plaie d’enfer qui gagne en lui » (v. 9a), « Maintenant qu’il s’est couché, il n’aura plus de lever » (v. 9b).

Quant à l’inimitié ou à l’opposition, les choses sont moins claires. Non qu’elles ne soient pas désignées expressément. Par deux fois, il est question de « mes ennemis » (v. 6 et v. 8), de gens au « cœur plein de malice », empressés à « déblatérer au dehors » (v. 7b). Mais on a l’impression que cette inimitié est liée à la maladie, en ce sens que celle-ci est devenue l’occasion pour elle de se dévoiler. Les attitudes qu’on lui a manifestées alors qu’il était plongé dans la maladie, sont apparues au psalmiste comme celles d’ennemis, c’est-à-dire de gens sans compassion, sans attachement, sans soutien ni encouragement. Sans doute venait-on lui rendre visite (v. 7a) mais cela n’était que l’occasion de parler pour ne rien dire (v. 7b). Et surtout celle d’épier de façon malsaine et indiscrète les progrès de la maladie, pour pouvoir ensuite aller tout colporter sans la moindre sympathie (v. 8a) à qui voudra l’entendre (v. 7c et 9). Suprême déception dont se souvient le psalmiste, son meilleur ami et confident s’était lui-même révélé sans soutien, indigne de la confiance qu’il mettait en lui (v. 10).

Tel est donc le visage concret qu’ont pris pour le psalmiste les deux expériences de malheur qu’il a évoquées en commençant (v. 3b-4), alors même qu’il donnait l’impression de parler de quelqu’un d’autre. Mais il ajoute maintenant quelque chose dont il n’a pas fait mention alors. En effet, au verset 5, avant d’évoquer la maladie d’ordre extérieur, il en évoque une autre, d’ordre intérieur. Avant le besoin d’une guérison du corps, ce qu’il a ressenti, plus impérieusement encore, c’est le besoin d’une guérison de l’âme : « J’ai dit : Pitié pour moi, Seigneur! Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi. » Fait-il simplement écho par là à l’antique croyance selon laquelle la maladie est le résultat du péché? En tout cas, il paraît bien éprouver en toute sincérité ce qu’il confesse. Et ainsi, à ses handicaps d’ordre relationnel et d’ordre physique, voilà qu’il s’en ajoute un troisième, d’ordre moral.
Finalement, aux versets 11 à 13, on passe tout à coup de la détresse à l’enchantement. Repassant l’un après l’autre ses trois handicaps, voilà que le psalmiste exprime sa certitude d’être secouru par Dieu. « Prends pitié de moi », (v. 11) répète-t-il comme il l’avait fait plus haut en évoquant son péché. Il sait en outre que Dieu le délivrera de ses ennemis (v. 11b-12) en même temps qu’il le fera lever de son lit de malade (v. 11b) et goûter une santé (v. 13). Sans doute parle-t-il de tout cela au futur. C’est qu’il fait part en ce moment de la prière qu’il a lancée vers Dieu alors qu’il était encore plongé dans le malheur. Mais nous savons, depuis les premiers versets du psaume (v. 2-4) qu’il fut bel et bien sauvé effectivement . « J’étais faible, il m’a sauvé », « j’ai crié et Dieu m’a répondu ».
*
Étudiant à Paris, je me trouvais un jour, au couvent Saint-Jacques, aux côtés du P. Congar lors de la concélébration quotidienne. On lisait ce jour-là le chapitre 4 de l’épître aux Hébreux, selon lequel le Christ a partagé en tout notre expérience et notre condition « à l’exception du péché ». « …et de la maladie », n’avait pu s’empêcher de me glisser à l’oreille le P. Congar, lui qu’une sclérose en plaques obligeait depuis une trentaine d’années à se déplacer avec une marchette ou en fauteuil roulant.

Des trois expériences décrites dans le psaume 41, Jésus, en effet, n’a connu ni la maladie ni le péché. En revanche, il a récolté plus que sa part d’inimitié et d’opposition, y compris sous la forme de l’infidélité et de la trahison de ses plus proches. « L’abandonnant, ils s’enfuirent tous » (Mc 14,50), « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez » (Mc 14,71), « Combien me donnerez-vous si je vous le livre? » (Mt 26,15). De cela, Jean devait se souvenir au moment d’appliquer à Jésus le dixième verset du psaume : « … il faut que s’accomplisse l’Écriture : « Celui qui mangeait mon pain a levé contre moi son talon ». » (Jn 13,12). Et sans doute lui vint-il à l’esprit que la suite, elle aussi, pouvait aussi bien s’appliquer à lui : « … et moi que tu soutiens, je resterai indemne, tu m’auras à jamais établi devant ta face » (v. 13).

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2 sections + bénédiction finale

1) 2-4 : à la troisième personne (parle de Dieu et de son attitude à l’égard de qui pense au faible et au pauvre), sauf 2e partie du v.3 et du v. 4 où parle à Dieu.
Laisse entrevoir situation dont il sera question dans la suite du psaume.
Question de pauvreté et de faiblesse
De maladie et d’opposition
De retournement de situation.
Ton objectif.
Qui pense au malheureux, Dieu le délivrera du malheur (v. 2)
Celui-ci peut prendre diverses formes : l’opposition et l’inimitié (v. 3)
la maladie (v. 4)
Laisse penser qu’il parle d’expérience : c’est ce qui m’est arrivé.
Je le sais parce que j’ai été pauvre et faible moi-même.
Décrit précisément à la 1e personne
– les malheurs évoqués (5-10)
– le secours reçu de Dieu (11-13)

2) 5-13 : à la 1e personne (je)
Comprend deux volets :
a) 5-10 Au cœur de l’épreuve
Évocation de sa situation sans adresse à Dieu sauf au début : « guéris mon âme »
Triple épreuve :
– morale : péché : « imbrication du mal physique et du mal moral » (LJ, 823). Différent de Job.
– relationnelle : inimitié, opposition : absence de soutien; on observe les progrès du mal (8-9) pour ensuite aller les colporter (7b) Absence d’amitié et de compassion
– physique : grave maladie

11-13 L’espoir d’en sortir
Ici je-tu
Évoque le relèvement, la sortie de l’épreuve dans le même ordre :
– pitié pour moi (11a)
– inimitié (11b-12)
– maladie (13)

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