Témoins du Christ,

Responsable de la chronique : Marius Dion, o.p.
Témoins du Christ

Le témoignage de Chloé

Imprimer Par Bernard Peyrous

Bernard PEYROUS est prêtre, directeur des Sanctuaires de Paray-le-Monial depuis juillet 2009 et spécialiste de l’histoire de la spiritualité et de théologie spirituelle. Il est l’auteur de nombreux ouvrages parus aux Editions de l’Emmanuel.

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C’est pendant mes études universitaires que j’ai rencontré la communauté religieuse dans laquelle je me suis consacré, il y a plus de vingt ans. Cela correspondait à une rencontre forte avec le Seigneur, qui m’a amenée à m’investir totalement dans cette nouvelle famille.

J’ai cheminé petit à petit, à travers la vie fraternelle qui a été pour moi source de guérison; je me sentais aimée comme j’étais ! Assez vite, j’ai acquis un certain équilibre humain et spirituel, qui m’a permis d’avancer et d’assurer quelques responsabilités dans ma congrégation. Il y a quelques années, j’étais ainsi arrivée à un point où je me sentais comblée, le Seigneur étant tout pour moi.

C’est alors qu’une rencontre, il y a cinq ans, a été l’occasion de mettre en évidence une profonde faille dans mon affectivité. J’ai commencé à sombrer comme dans un abîme, et j’ai vécu une tourmente intérieure telle que souvent je m’interrogeais sur ma santé mentale. Toutes les réactions que je pensais avoir maîtrisées depuis vingt ans se déchaînaient: jalousie, orgueil, désir d’être reconnue, comédie pour qu’on s’occupe de moi, caprices, bouderies, sans parler des doutes contre la foi… Tout cela me ramenait pratiquement à une crise d’adolescence que je n’avais, au fond, jamais vécue.

Heureusement, le Seigneur m’a fait la grâce d’être entourée à ce moment-là par des frères qui m’ont acceptée, soutenue, aidée. J’ai pu rapidement mettre au jour la cause profonde de ma blessure (en rapport avec ma mère) et bénéficier d’une prière de guérison.

Le Seigneur a permis que juste après cette étape, je change de lieu de résidence et de travail pour me retrouver à un endroit où Marie est très présente. J’y ai vu une attention particulière de sa part, et je suis certaine que depuis, c’est elle qui me rééduque et me reconstruit intérieurement. Maintenant, un regard extérieur pourrait faire croire à une régression par rapport à ma vie spirituelle antérieure (un petit exemple: alors que je ne lisais que des livres spirituels, actuellement je me nourri plutôt… d’Agatha Christie!). Mais la lumière du Seigneur montre que l’étape douloureuse que j’ai traversée a porté des fruits:

– un regard de vérité sur moi. Je constate qu’avant je me faisais beaucoup d’illusions sur moi-même. Maintenant, comme Thérèse, je ne m’étonne plus de découvrir en moi de nouvelles faiblesses. En même temps, une plus grande acceptation de ce que je suis réellement. Il me semble que c’est là le chemin de la véritable humilité;
– une plus grande ouverture aux autres, liée aussi à ce regard plus paisible sur moi-même, et une plus grande facilité à l’oubli de soi et au don de soi;
– une plus grande indulgence pour les autres, envers qui je suis portée à faire miséricorde comme il m’a été fait miséricorde;
– une foi (et une charité) plus dépouillée de tout appui sensible: la résolution d’aller jusqu’au bout de ce que je professe, même si cela me paraît une folie;
– un plus grand réalisme, aussi.

Tout cela vient, je le crois, de l’éducation maternelle de Marie. Certes, j’ai encore bien besoin d’une nouvelle conversion. Mais j’ai confiance que le Seigneur mènera jusqu’à son terme l’œuvre qu’il a commencée, puisqu’il m’a fait franchir une étape décisive, même après vingt ans de vie communautaire ! C’est lui qui fera tout: « Il est fidèle, celui qui vous appelle. C’est encore lui qui fera cela » (1 Th 5, 24).
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Texte emprunté à Bernard PEYROUS, L’itinéraire de la vie spirituelle. Comment vivre avec Dieu ? Paris, Ed. de l’Emmanuel, 3e édition revue, 2012, pp. 228-230.

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