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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Que du pur bonheur! : HENRI HENRI et ST-VINCENT

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Il arrive – pas assez souvent à mon goût – que le cinéma se fasse sympathique et réconfortant. C’est le cas pour deux feel-good movies de la production récente. Dans le touchant ST-VINCENT, le réalisateur américain Theodore Melfi décrit avec habilité et sérénité la relation entre un vieil homme amer et un enfant allumé. Pour sa part, le Québécois Martin Talbot s’illustre dans la réalisation de la comédie fantaisiste HENRI HENRI, qui présente le parcours étonnant d’un jeune orphelin.

HENRI HENRI

Henri

Dans le sillage évident du FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN de l’ingénieux Jean-Pierre Jeunet, HENRI HENRI, premier long métrage de Martin Talbot, insuffle au genre du merveilleux ainsi qu’une incursion dans la mémoire collective.

Le héros de l’histoire, oublié dans un couvent où il s’occupait essentiellement de changer des ampoules, est expulsé alors que les religieuses sont envoyées finir leurs jours ailleurs. Ignorant presque tout du monde cruel, Henri trouve un emploi dans un magasin de lampes, propriété d’un Indien en attente de citoyenneté canadienne.

HENRI HENRI a emprunté au film de Jeunet l’esthétisme coloré et insolite, les beaux cadrages, les décors plus éloquents que les mots, les personnages archétypaux, à l’instar aussi du cinéma de Wes Anderson (SUNRISE KINGDOM). De belles idées surgissent, décor à l’appui : tel en pleine nature ce manoir délabré de l’ancien empereur du cornichon ou le vieux cinéma porno duquel une jeune et jolie fille tient le guichet.

Victor Andrés Trelles Turgeon (Henri) se révèle charmant en dernier amant romantique doublé d’un doux rêveur au grand cœur. Sophie Desmarais (Hélène) n’a pas un rôle étoffé, mais elle possède le physique et le charisme qui correspondent au personnage. Marcel Sabourin (monsieur Binot) peut se payer davantage la traite, tantôt grognon, tantôt nostalgique, aux prises avec l’Alzheimer.

Certaines veines sont sous-exploitées. Ce qui n’empêche pas HENRI HENRI de démontrer de vrais charmes poétiques et visuels. Tout le volet du merveilleux prend et garde son envol, et le film offre un moment de rêve et de détente à ceux qui souffrent de la morosité saisonnière.

ST-VINCENT

St-Vincent

Voici une comédie américaine, premier long métrage de Theodore Melfi, pleine de grincements, allergique à la rectitude politique.

Bill Murray (LOST IN TRANSLATION), qui choisit ses rôles avec grand soin, a sauté sur celui de Vincent, ce vieux grincheux misanthrope et sans le sou, porté sur la bouteille et le jeu, qui trouve ses joies entre les bras d’une prostituée enceinte (Naomi Watts) et vit dans une soue à cochons. Mais voilà qu’au hasard d’un nouveau voisinage, une mère débordée (Melissa McCarthy) engage le grognon comme baby-sitter pour son fils de 12 ans Oliver (Jaeden Lieberher). Vincent accepte le contrat pour boucler ses fins de mois.

Le craquant gringalet et le vétéran du Vietnam vont s’apprivoiser et (re)découvrir la vie sous un nouveau jour. Mais surtout, le garçon va réussir à découvrir l’homme derrière les barrières que l’excentrique s’est érigées pour se couper du monde. Le tout parsemé de répliques drôles et acides, le scénario étant le fer de lance de cette comédie.

Murray n’a qu’à forcer un peu la note pour crever l’écran dans ce rôle d’antihéros avec ses yeux faussement innocents et son sourire désenchanté. Et le petit Jaeden Lieberher lui donne la réplique avec pareil aplomb. Oliver apprend quelques leçons, sur la vie comme sur la nature finalement bonne du bougonneux en cause, qui va voir sa femme atteinte d’Alzheimer à l’hôpital et l’aime comme au premier jour. Naomi Watts tient sa partie avec une énergie comique de bout en bout.

Le genre de comédie dramatique qui fait rire, un peu réfléchir, mais surtout ressentir un pur bonheur de cinéma, malgré les grosses ficelles, grâce à sa petite touche subversive.

Gilles Leblanc

 

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