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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Une affaire publique?

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

C’est au plus intime de nous-mêmes que nous rencontrons Dieu. N’est-ce pas ce que laisse entendre Jésus quand il parle de la vraie prière? «Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret.» (Matthieu 6, 6) La foi est avant tout une affaire de cœur. Tu aurais beau réciter les plus belles formules de prière, exprimer les meilleurs sentiments dans des gestes d’une grande élégance, si le cœur n’y est pas, cela ne sert à rien. La foi se nourrit du meilleur de soi-même. Elle naît et grandit dans ce qui forme notre identité.

Mais cela ne signifie pas pour autant que la foi chrétienne ne soit qu’une affaire privée. Qu’elle soit réduite aux frontières de l’individu.  La vie des chrétiens et des chrétiennes est essentiellement communautaire. Les sacrements qui constituent la principale forme d’expression de la foi chrétienne sont des actes communautaires. Non seulement ils sont posés en groupe, mais  encore ils édifient le groupe, ils le font devenir une communauté, une Église. Un vieil adage affirme : «L’Église fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Église.»

Dans le débat sur la charte des valeurs québécoises, on se trompe quand on réduit la foi à une affaire privée. Si intime que soit la foi, elle n’en demeure pas moins un acte public. Le grand commandement que propose Jésus est avant tout un appel à des relations interpersonnelles. L’amour est relationnel. Il suppose au moins deux personnes. Et dès qu’il y a plus qu’une personne, on sort de soi-même, de son monde intérieur. On entre dans le public. La liturgie s’exprime presque toujours en utilisant le «nous», l« première personne du pluriel.

Le grand commandement de l’amour, si chrétien soit-il, participe à l’édification de la société. En collaboration avec les non chrétiens, il permet de construire un monde de fraternité et de justice, dans le respect des personnes. Citant Benoît XVI, l Pape François affirme : «Nous devons nous convaincre que la charité ‘est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques’.» (Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n205)

La foi chrétienne ne peut donc pas être réduite à la vie privée des croyants. Elle est du domaine public. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle puisse se permettre de s’imposer. On peut la remarquer, reconnaître sa présence dans diverses sphères de la société. Elle peut même être ostentatoire.  Mais elle n’a pas à s’imposer ni aux individus ni aux groupes, encore moins aux institutions sociales.  Elle doit respecter la distinction entre ce qui relève de l’état et ce qui relève de l’Église.

 

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