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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Un auteur qui dérange : «Comment parler de Dieu aujourd’hui ?» de Fabrice Hadjadj

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

HadjadjDieu peut-il devenir objet de conversation, peut-il être un mot parmi tant d’autres dans une phrase ? Telle est en somme la question posée par Fabrice Hadjadj dans son dernier livre susceptible de déranger : « Comment parler de Dieu aujourd’hui ? » Ed. Salvator 2012.

Né en 1971, juif de nom arabe et de foi catholique, et, selon l’hebdomadaire catholique La Vie, classé parmi les 200 personnalités catholiques françaises, tel se présente Fabrice Hadjadj, père de quatre filles et deux garçons. Apprenant la maladie de son père, il se rend en 1998 à l’église Saint-Séverin, à Paris et devant la statue de la Vierge Marie, passe subitement de l’athéisme à la foi chrétienne. « Ma conversion, précise-t-il, n’est pas un événement passé. Tout ce qui vient de Dieu nous conduit à Dieu. La question, c’est plutôt : comment je n’étais pas croyant ? »

En 2010, Hadjadj fonde avec Pierre Gelin les « Dimanches de Cana », initiative dont l’objectif était de vivre chrétiennement le dimanche en famille, comme une fête avec repas, danse, jeu et prières. On lui doit également un parcours philosophique « Pourquoi vivons-nous ? » « Fils de mon temps marqué par la télévision et une culture profondément athée, j’avais le sentiment très aigu que l’espèce humaine était une espèce finie ».

Indépendant d’esprit et non moins provocateur, avant de publier en 2012 « Comment parler de Dieu aujourd’hui », élaboration d’une conférence donnée à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs, Hadjadj avait déjà écrit « La foi des démons ou l’athéisme dépassé » (2009), « Qu’est-ce que la vérité ? disputio avec Fabrice Midal » (2010), « Job ou la Torture par les amis » (2011) et « La profondeur des sexes, pour une mystique de la chair ».

Auteur d’une quinzaine de livres, pièces de théâtre, essais et livres d’art, Hadjadj écrit sans jamais ou presque laisser le sentiment de vide ou ne rien dire. « J’ai commencé à écrire quand… j’ai commencé à savoir écrire ». Son premier succès « Réussir sa mort » (2005) dédié à « Ceux qui ratent cette tentative de grâce », fut suivi de distinctions remarquables : prix de l’Académie des Beaux-arts pour « L’Agneau mystique, le retable des frères Van Eyck », prix de littérature religieuse pour « La foi des démons, combat de la foi contre l’orgueil »et enfin prix « Spiritualités d’aujourd’hui », pour « Comment parler de Dieu aujourd’hui ». Livre à lire dans le contexte ecclésial actuel.

Quand on se demande ce qu’il faut dire pour bien parler de Dieu, on finit par n’être rien de plus qu’un beau parleur. « La vraie question est de savoir ce que nous sommes en tant qu’être parlant ». Si le fondamentaliste et l’athée parlent de Dieu à tort et à travers, l’agnostique et le chrétien prennent souvent parti de ne plus en parler. Quelques uns prétendent qu’on ne peut en parler, alors que d’autres que l’on peut encore moins se taire. Ici comme en sur tant d’autres sujets, la force du témoignage ne dépend pas de la maîtrise des techniques oratoires.

« Le discours, précise Hadjadj, ne fut-il que balbutiement vient d’une expérience, d’un contact avec un événement. Citant saint Grégoire le Grand : « C’est à notre manière, en balbutiant, que nous énonçons les hauteurs divines », Hadjadj ajoute, « ce que nous pourrions faire de mieux à travers cette conférence, serait d’apprendre à balbutier, parler non en rivaux des grands orateurs, mais en fils ahuris du mystère ». Il aborde son sujet avec grande humilité : « Je dois confesser pour ma honte, je ne domine absolument pas mon sujet… je ne le comprends même pas. C’est plutôt lui qui me domine et me comprend ».

Au fond, Hadjadj est tenaillé entre le désir de partager une parole vraie et la crainte de blesser, entre l’urgence de parler de vérités qui le dépassent et de demeurer impliqué dans la réalité du monde. Tel est pour tous et chacun le dilemme entre foi et nouvelle évangélisation.

Au cours des 200 pages de « Comment parler de Dieu aujourd’hui », Hadjadj expose avant tout ce qu’il considère comme « La question questionnée ». Suivent « Parler de l’ineffable », « Ce que parler veut dire » et en troisième lieu, « Pourquoi Dieu ne fait-il pas le travail lui-même au lieu de le laisser accomplir par des clowns ». Bien que dominé par le sujet de son exposé, l’auteur avoue avec humour ne vouloir rien d’autre que le rendre attrayant et irrésistible.

Hadjadj s’interroge avant tout sur la « parole de Dieu » à faire entendre. Dans la lecture que nous ferons du livre, il faudrait privilégier le deuxième chapitre : « Ce que parler veut dire ». Avant de réfléchir à ce qu’est parler en vérité, ce que nous demandons est finalement comment parler, tout simplement. Pareille interrogation peut sembler ridicule. C’est parce que nous faisons comme si nous avions déjà résolu la question de savoir en quoi parler consiste. Ceci est fondamental tant pour le chrétien que pour le philosophe.

Comment parler de Dieu aujourd’hui, se rapporte à un mystère de communion plus qu’à un problème de communication efficace. La parole de soi n’est pas difficile ; ce qui l’est, c’est de parler du Verbe, de Celui qui crée le sens, de Celui qui m’a créé. Mieux encore, il ne s’agit pas d’exprimer quelque chose, mais de s’exprimer et non moins, ce faisant, de nous ouvrir au monde tel qu’il est. Enfin, si la beauté de la parole humaine réside dans le fait de désigner les choses telles qu’elles sont, le bien parler de Dieu ne peut s’accomplir que dans la prière et le chant, c’est-à-dire dans le balbutiement suprême, précise l’auteur.

Laissons le dernier mot à Fabrice Hadjadj, auteur qui dérange : « Comment parler de Dieu aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse technique, mais nous avons chacun à être une réponse, réponse que nous ne comprenons pas, mais que nous sommes en suivant le Verbe sur son chemin de croix. L’essentiel n’est pas du côté de l’avoir mais de l’être : être avec le Christ, une parole vivante et livrée à autrui, donc moins une parole sur Dieu que d’être les uns pour les autres une parole de Dieu ».

5 réflexions au sujet de « Un auteur qui dérange : «Comment parler de Dieu aujourd’hui ?» de Fabrice Hadjadj »

  1. Marie-Hélène Bouche Roche

    CE N’EST PAS comment parler de DIEU aujourd’hui(si je puis me permettre) mais comment DIEU nous parle Hier Aujourd’hui Demain jusqu’à la fin des Temps.;;;
    Bel Eté 2014 LUMINEUX A SOUHAIT! MH

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