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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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« François pape du Nouveau Monde » de Michel Cool

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Cool« Je vous demande une faveur : avant que l’évêque bénisse le peuple, je vous demande de prier le Seigneur qu’il me bénisse ». Le successeur de Benoît XVI venait d’apparaître au balcon de Saint-Pierre, en soutane blanche sans ornement aucun : François, le nouvel évêque de Rome. D’où venait-il, qu’espérer de ce pape jésuite, « venu du bout du monde » et adoptant une attitude à ce point inusitée ?

L’un des témoins de cette apparition inespéré, Michel Cool, journaliste, spécialiste d’information religieuse, obtint en 2012 le prix de littérature religieuse pour son livre « Conversion au silence, itinéraire spirituel d’un journaliste ». Auteur de nombreux ouvrages, Michel Cool raconte sa conversion au silence, fruit d’un amour dont il a senti un jour la caresse miséricordieuse. Paradoxe que cet éloge du silence pour un homme qui aime parler, écrire et interviewer des personnes de toutes conditions.

Michel Cool était sans doute des mieux préparés pour nous livrer ses premières impressions sur « François, pape d’un nouveau monde ». Élu à la surprise de tous le 13 mars 2013, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, avait été challenger de Joseph Ratzinger en 2005. Il personnifiait alors l’espoir de la minorité progressive conduite par l’inoubliable cardinal Carlo-Maria Martini.

Progressif, le nouveau pape ? Sans doute était-il considéré comme l’évêque des pauvres, sans pour autant approuver la théologie de la libération et ses consonances marxistes. Son engagement pour la justice sociale ne s’était jamais démenti, et son style de vie on ne peut plus simple avait contribué à sa réputation d’homme modeste. Il avait préféré un petit appartement au palais épiscopal, et les transports en commun au lieu de la limousine. Ainsi s’était-il rapproché des démunis.

L’un des points forts du nouvel évêque de Rome a toujours été la collégialité prônée par le concile Vatican II et son désir de déconcentrer le pouvoir romain au profit des évêques locaux: « Il faut viser à une collégialité affective ». Ami des pauvres, homme de convictions, le successeur de Benoît XVI saura-t-il réformer le gouvernement de l’Église ? Telle est la question que chacun se pose ». Le pape François précisait devant l’épiscopat italien que « nous ne sommes pas l’expression d’une structure ou d’un besoin d’organisation ». Et le pontife d’expliquer qu’avec le service de leur autorité, les évêques étaient appelés à « être signe de la présence Seigneur ressuscité, et à construire la communauté dans la charité fraternelle ».

Une attaque toutefois le blessera à tout jamais, toute démentie fut-elle : le silence dont on l’accuse face à la junte militaire qui a dirigé l’Argentine dans les années 1980. Et le pape François, ailleurs, sur la contraception, le mariage et l’avortement, se mble devoir demeurer ardent défenseur des positions traditionnelles de l’Église.

De tous les témoignages évoqués par Michel Cool, retenons celui de Cecilia Dutter, plus volontiers chrétienne que catholique, auteure d’un livre sur Etty Hillesum (Une voie dans la nuit. R.Laffont, 2010). « Dès son « entrée en scène », François présente l’image de l’humilité absolue, et la réputation de l’homme connu pour son combat acharné cotre la pauvreté. Ces signes m’inclinent à croire qu’une nouvelle ère s’ouvre avec ce pape issu d’un continent latino-américain… À mon sens, l’Église a un rôle à jouer comme force de contestation face à l’ultra-libéralisme ambiant. Mais surtout en cette période de crise morale, devant l’échec de notre société de consommation, comment ne pas voir en cette élection la perspective d’une autre voie et l’invitation d’un retour à une revalorisation de l’intériorité au détriment de l’apparence… J’aimerais qu’il fasse goûter la joie de l’Essentiel et conduise les hommes à un recentrage existentiel, ouverture à l’Infini au cœur même de la contingence »…

Voilà ce que révèle à prime abord « François, pape du nouveau monde », petit livre de 120 pages. D’emblée, Michel Cool place à l’avant-scène « François et le goéland » et les dix dossiers urgents auxquels il devra faire face : relancer l’évangélisation, le dialogue interreligieux, la libéralisation des mœurs, bref un nouveau style de papauté. Pour enluminer ce portrait, Michel Cool inclut les premiers mots lancés par le nouvel élu du balcon de Saint-Pierre et sa première homélie aux cardinaux. Et pour clore cette lecture des plus enivrante, quelques appréciations de cette attente inespérée: d’un mot, un pape de la bienveillance et de la miséricorde.

Comme on dit : c’est à suivre.

Dans la nuit où nous tentons de faire la lumière, cette présentation de « François, pape du Nouveau monde » par Michel Cool ne peut-elle faire renaître en chacun une certaine espérance. Comme l’enseignait Confucius, « au lieu de maudire l’obscurité, allume une chandelle ».

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Cool, Michel. François pape du Nouveau Monde. Salvator, 2013.

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