Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 113 (112) Louez Dieu qui secourt ceux qui souffrent

Imprimer Par Christian Eeckhout, op.

1 – Alléluia !
Louez, serviteurs de Yahvé,
louez le nom de Yahvé !
2 – Béni soit le nom de Yahvé
dès maintenant et à jamais !
3 – Du lever du soleil à son coucher,
loué soit le nom de Yahvé §

4 – Plus haut que tous les peuples, Yahvé !
plus haut que tous les cieux, sa gloire !
5 – Qui est comme Yahvé notre Dieu,
lui qui s’élève pour siéger
6 – et qui s’abaisse pour voir cieux et terre ?

7 – De la poussière il relève le faible,
du fumier il retire le pauvre,
8 – pour l’asseoir au rang des princes,
au rang des princes de son peuple.
9 – Il assied la femme stérile en sa maison,
mère en ses fils heureuse.

© Les Éditions du Cerf 1998

Présentation

Cette joyeuse prière de louange est une des prières du croyant juif au début du repas de fête, avant de faire passer aux convives la deuxième coupe. Il appartient à la série des Psaumes de louange, appelée Hallêl égyptien (Ps 113-118) car l’hymne pascal du psaume 114 chante l’exode d’Égypte. Le Ps 113 est spécialement à l’honneur au cours du repas pascal : en chantant à pleine voix la louange de Dieu qui s’est montré si bienveillant envers son peuple, il appelle à célébrer sa grandeur et ses actions en faveur du relèvement des appauvris et de ceux qui souffrent la solitude.

D’origine post-exilique, suite à la captivité et l’exil des israélites à Babylone (586-539 avant Jésus-Christ), le psalmiste chante le nom divin qui est rattaché à la sortie d’Égypte des hébreux (Ex 3; 6,2-8; 20,2). L’appellation YHWH (Yahvé), six fois répétée dans le psaume, redit à souhait que YHWH est le Seigneur, Celui qui fait être, le créateur de l’univers par débordement de Son amour compatissant, dont la grandeur et la majesté (v.4) n’empêchent nullement l’intérêt à la terre (v.6). C’est parce que Dieu est vu comme Celui qui s’implique dans les situations de détresse humaine (v.7ab-9a) que vient l’appel impératif à tous les « serviteurs » (v.1a), et à de louer et de bénir son « Nom » (trois fois affirmé aux v.1c.2a.3b), c’est-à-dire sa Personne transcendante « plus haut que tous les peuples » (v.4a), son Être, « maintenant et à jamais » (v.2b) et partout « du lever du soleil à son coucher » (v.3a).

Le Ps 113(112), vv.6-9 décrit les actions de Dieu qui vient en aide aux humains et à son peuple et, du coup, révèlent autant les épreuves humaines naturelles que les injustices sociales des gens.

Dans sa tradition hébraïque, le psaume, qui ajoute encore l’acclamation de louange « Alléluia ! » en finale (au v.9), faisant ainsi inclusion avec l’acclamation initiale, se présente comme
centré sur Dieu seul dans la 1e partie : le tétragramme YHWH (v.1.2.3). Il porte sur quatre réalités principales : « louer » (hallel, v1.3), « bénir » (barak, v.2), le « Nom » (šēm, v.1c.2a.3b) et le temps « maintenant et à jamais » (meatah we‘ad‘ôlâm, v.2).

Dans ce cinquième et dernier livret du psautier (Ps 107-130/131-150), le psalmiste procède en deux sections pour structurer son hymne.

1° [1-3] : Il convoque les « serviteurs » (v.1b) – qu’ils soient pèlerins montant à Jérusalem (Ps 134(133),1b) ou prêtres (135(134),1c) – ou les deux (cf. Ps 19(18),12) à louer et bénir sans cesse (v.2b) et partout (v.3a) le nom de Yahvé (v.1c.2a.3b) celui qui s’est révélé à Abraham et Sara comme bénédiction (Gn 17,16) et alliance perpétuelle (Gn 17,20) ainsi qu’à Moïse (cf. Ex 3,14;6,2).

La seconde section du psaume se présente en un dyptique :

2.1° [4-6] Il définit qui est Yahvé : le dieu suprême avec sa majesté élevée qui siège ou habite (yšb, 5b) les hauteurs des cieux (šāmayim, 4b.6b) du cosmos, attentive jusqu’à s’abaisser vers la terre (ba aretz, 6).

2.2° [7-9] Il affirme la bienveillante condescendance de Yahvé qui s’implique pour choisir de restaurer par priorité les plus souffrants du monde – « le faible, le pauvre, la femme stérile » (v.7ab.9a) – et les relever (yšb, 7-8a) de leur bassesse et retirer de tout « fumier » (v.7b) en vue d’une nouvelle dignité, les libérer de l’opprobre de la stérilité par une forte fécondité (v.9b). La délicatesse divine les fait « asseoir » (v.8a.9a), comme Lui qui « siège » (yšb, cf. v.5b) aux plus haut des « cieux » (v.4b).

L’option préférentielle pour les non-productifs est affirmée et la justice rendue comme à Job.

Dans la liturgie

Le Psaume 113 (112) rappelle la prière que Jésus a apprise à ses disciples : le « Notre Père » (Mt 6,9-13 et Lc 11, 2-4), puisqu’il loue Dieu en sanctifiant son « Nom » (Mt 6,9c; Lc 11,2b) ainsi que le fait la vierge Marie (Lc 1,49b), dans son magnifique cantique lors de sa visite à sa cousine Elisabeth (cf. Lc1,46-55). En effet, dans la foulée du cantique d’Anne (1 Sam 2,5.8) qui reçut un fils après avoir longtemps attendu et prié, Marie « exalte le Seigneur » qui « a élevé les humbles » (Lc1,46.52). De plus Marie est très attentive aux difficultés des gens, comme le montre son intérêt à la réussite des noces à Cana (Jn 2). En cela elle s’occupe des autres dans le même esprit que Dieu s’occupe de ses humbles créatures en plein désarroi !

L’Église prie le Ps 113(112), sauf la finale (v.9), tant dans la prière des heures que dans les célébrations de la Parole au cours des Eucharisties. Il est ainsi proposé à l’office des vêpres du samedi de la 3e semaine. À la messe, il est chanté le 25e Dimanche de l’année C, le mercredi de la 19e semaine (années paires), le samedi de la 23e semaine (années impaires) et le mardi de la 28e semaine (années paires). Il est encore indiqué pour les fêtes de la vierge Marie reine (le 22 août) et de saint Matthias (le 14 mai) lui qui complète le groupe des douze apôtres du Christ Jésus ressuscité.

Relecture chrétienne

Notre psaume montre Dieu qui s’investit pour ceux et celles qui souffrent. C’est là tout l’esprit de l’amour véritable dont témoigne Jésus, comme l’illustre si bien la parabole du « bon samaritain » que Jésus lui-même a été, est et restera pour chacun(e) de nous, Lui qui est venu pour servir et sauver l’humanité. C’est bien là sa grandeur annoncée (cf. Lc 1,15) qui était acclamée dans les Psaumes (48,2;86,10;135,5; 145,3) comme caractéristique de Dieu. Oui, la consolation est profonde car avec Jésus « le pauvre (est) choisi comme Seigneur. La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » [selon le titre de l’ouvrage de Dominique BARTHÉLEMY, (Épiphanie), Cerf, Paris 2009].

Ayant chanté les Psaumes du Hallêl égyptien, avant et après son dernier repas pascal (cf. Mt 26,30a), Jésus « le Fils de l’homme » (Mt 25,31a) a mis en pratique l’éthique divine du jugement royal qui consiste à être attentif à « ces plus petits » (Mt 25,40) de nos semblables.
Pour les humbles autant que pour les humiliés, ce psaume devient une prière d’espérance dans les temps difficiles, un peu comme l’était l’appel pressant à recevoir le salut « Hosannah ! » (cf. Ps 118(117),25) lors de la venue de Jésus à Jérusalem (Mt 21,9; Mc 11,9-10; Jn 12,13c); et à d’autres moments de la vie, cet hymne sera une prière pour remercier, rendre grâce des dons reçus du Dieu très haut capable de se faire très proche. La capacité du Dieu totalement transcendant et pourtant aussi immanent dans sa proximité à sa création est cher au judaïsme, dans lequel s’accomplit le christianisme. Il est bon de relire ainsi les récits de la création (Gn 1-3). Pour le croyant chrétien c’est en Jésus-Christ, Dieu fait homme en la vierge Marie, que « le Très-Haut » (v.4ab.5b) s’est fait le « très-bas » (v.6.7a.9a) pour nous porter secours et nous sauver. Et notre avocat, notre défenseur, plus intime à nous que nous-mêmes, c’est l’Esprit-saint de Dieu, reçu en Église « mère heureuse » (v.9b) en tous ses enfants, les fidèles baptisés. C’est pourquoi louez Dieu en qui les indigents sont restaurés !

Louez Dieu toujours et partout, comme le Christ appelle à adorer Dieu « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 20-24).

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