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« Soyez soumis les uns aux autres…»

Imprimer Par Denis Gagnon

Je viens de relire, dans la lettre aux Éphésiens, le fameux passage (5, 21-33) où il est dit: « Femmes, soyez soumises à vos maris…» (Verset 22) Le propos est embarrassant… Je ne veux pas prendre la défense de l’auteur de cette lettre ni justifier ses propos anti-féministes. Il traduit la culture de son temps et peut difficilement y échapper. Comme nous-mêmes d’ailleurs: nous ne sommes pas mieux que nos pères. À preuve: les commentaires que nous tenons souvent sur les politiciennes et les femmes journalistes, sur leurs vêtements, sur leur coiffure, sur les bijoux qu’elles portent, sans prendre le temps d’écouter ce qu’elles ont à dire.

Aux chrétiens d’Éphèse, l’auteur de la lettre compare l’union des époux à l’alliance que le Christ est venu réaliser avec l’humanité. Et il présente l’alliance du Christ et de l’Église comme une expérience amoureuse, comme un véritable mariage.

Le prophète Osée avait déjà comparé la présence de Dieu parmi nous à des fiançailles. Il faisait dire à Dieu à propos de son peuple: « Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et le droit, dans la tendresse et la miséricorde; je te fiancerai à moi dans la fidélité et tu connaîtra le Seigneur» (2, 21-22), comme un homme et une femme se connaissent dans l’union de leurs corps.

Le Nouveau Testament évoque les noces de l’Agneau avec l’humanité. Le livre de l’Apocalypse annonce les noces éternelles: « Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu: elle s’est faite belle, comme une jeune mariée pour son époux.» (21, 2)

Jésus n’hésite pas à parler de mariage et de noces: « Il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils.» (Matthieu 9, 22)

L’auteur de la lettre aux Éphésiens place le Christ au coeur et au sommet de sa réflexion. Le Christ a donné sa vie à son Église et pour son Église. Il a livré son corps. Il est le modèle de tout don parfait.

La première phrase est forte: « Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres» (verset 21). Nous soumettre les uns aux autres à la suite du Christ. Le Christ est soumis à son Père totalement. Il est en parfait accord avec lui. Il vit une « communion amoureuse et filiale avec son Père» (Dom Joseph Deschamps). En toute liberté, il communie à la volonté de son Père jusque dans le don de sa vie comme il l’exprime au jardin des Oliviers. Il n’est pas esclave, il est amoureux.

Comme il aime son Père et se donne totalement à lui, le Christ aime l’Église et se donne à elle tout aussi totalement. « Il a aimé l’Église et s’est livré pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable.» Et l’auteur de la lettre d’ajouter: « C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps.» Et nous pouvons ajouter: « C’est comme cela que la femme doit aimer son mari.» (Versets 25-28)
L’auteur de la lettre arrive à la conclusion des premières lignes du livre de la Genèse: « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (2, 24) Dans les civilisations de l’Antiquité, c’est la femme qui devait quitter sa famille et se soumettre à l’autorité de la famille de son mari. Ici, c’est l’homme qui quitte son père et sa mère. Il ne quitte pas pour faire partie d’une autre famille, mais pour en fonder une nouvelle avec son amoureuse. Ensemble, ils vont devenir une seule chair, une communion totale.

Et le sacrement qui va unir l’homme et la femme fera en sorte que leur alliance va devenir le témoignage de l’alliance du Christ et de l’Église. Une prédication de l’Évangile du Christ uni à son Église. « Ce mystère est grand, dit la lettre aux Éphésiens: je le dis en pensant au Christ et à l’Église.» (Verset 32)

Vous, les gens mariés, votre mystère est grand. Il est fait de l’amour que vous avez l’un pour l’autre, de l’espérance qui vous habite mutuellement, de la foi que vous vivez l’un vis-à-vis de l’autre. Et cet amour, cette espérance et cette foi se nourrissent et grandissent dans l’amour, l’espérance et la foi que l’Église porte au Christ et que vous portez avec elle. Et nous vous remercions pour le témoignage de votre fidélité et de votre communion persévérante qui soutiennent notre alliance avec le Seigneur.

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