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La chasteté et l’attente contemplative de Dieu

Imprimer Par Frère Roger Schutz

Le frère Roger Schutz est le fondateur de la communauté oecuménique de Taizé. Voici ce qu’écrit à son sujet le frère Alois, son successeur :”Très jeune déjà, il a eu l’intuition qu’une vie de communauté pouvait être un signe de réconciliation, une vie qui devient signe. C’est pourquoi il a pensé réunir des hommes qui cherchent d’abord à se réconcilier : c’est la vocation première de Taizé, constituer ce qu’il a appelé « une parabole de communion », un petit signe visible de réconciliation. Mais la vie monastique avait disparu des Églises de la Réforme et il venait d’une famille protestante. Alors, sans renier ses origines, il a créé une communauté qui plongeait ses racines dans l’Église indivise, au-delà du protestantisme, et qui par son existence même se liait de manière indissoluble à la tradition catholique et orthodoxe. Une fois que les fondements furent assurés, au début des années soixante-dix, et qu’il y eut aussi des frères catholiques, il ne cessa pas pour autant de créer notre communauté, et cela jusqu’à son dernier souffle. Concernant son cheminement personnel, il disait : « Marqué par le témoignage de la vie de ma grand-mère, et encore assez jeune, j’ai trouvé à sa suite ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque.” Le 16 août 2005, frère Roger sera poignardé à mort par une jeune déséquilibrée de 36 ans. »

À Taizé, nous avons découvert que l’engagement à la chasteté du célibat était intimement lié à l’attente contemplative de Dieu. Sinon comment rendre authentique le signe d’un amour pour Dieu qui se voudrait sans partage?

Quand je maîtrise mon corps et le maintien en esclavage (1 Cor. 9, 27), assujetti à moi-même par les veilles, les prières, le travail, c’est uniquement par amour du Christ Jésus. Aucun autre n’est capable de soutenir une telle démarche.

Dans son refus du monachisme, la réforme atteignait le célibat. Il est surprenant de découvrir que, pendant des siècles, toute la Réforme a fait une conspiration du silence autour des textes scripturaires qui concernent le célibat. Elle le justifie dans des cas exceptionnels, en fonction d’une plus grande disponibilité. Mais l’élément moteur de la chasteté, l’attente du retour du Christ, le célibat comme signe du Royaume qui vient, tout cela n’apparaît plus dans la pensée de la Réforme.

La rupture des vœux monastiques de Luther a eu pour conséquences dans le protestantisme non seulement l’abolition de la vie en communauté, mais aussi la disparition presque totale de la vocation et de l’engagement au célibat. Pour combattre une position, on est tenté de la caricaturer : des cas d’immoralité ont été généralisés, l’appel évangélique en a disqualifié pour des siècles.

Aujourd’hui des hommes engagés dans la vie commune ou dans le sacerdoce veulent découvrir dans notre existence à Taizé une confirmation de l’appel au célibat, aucune obligation ne nous ayant orientés dans ce sens. S’il existe une solidarité, elle est bien dans cette démarche commune pour rendre vrai l’appel mystérieux du Christ.

Dieu qualifie comme ambassadeurs du Christ, malgré les limitations attachées à leurs personnes humaines, ceux qui répondent par le oui et l’amen d’un cœur fidèle.

Le célibat ouvre à une dimension œcuménique insoupçonnée. À travers lui, nous voulons être des hommes tellement tendus vers l’espérance de Dieu qu’ils souhaitent ne rien garder pour eux-mêmes. Il y a là un exercice d’ouverture à l’universel, d’ouverture vraiment œcuménique, qui permet d’assumer, avec un cœur disponible, toutes les préoccupations, tout ce qui vient jusqu’à nous.

À celui qui n’a pas de famille selon la chair, Dieu donne une ouverture de cœur et d’intelligence pour aimer toute famille humaine ou spirituelle. À celui qui, à cause du Christ et de l’Évangile, tient ses bras ouverts à tous, ne les refermant sur personne, il est possible de vivre des exigences œcuméniques et dès lors de comprendre chaque situation humaine. À celui qui, en quête de Dieu, fait du Christ son premier amour, il devient possible d’assurer une présence cachée du Christ auprès des hommes qui ne peuvent croire.

Ce qui est exprimé ici représente une découverte que nous avons faite à Taizé et pourrait paraître exclusif par rapport au mariage. Mais on ne le répétera jamais assez : le célibat ne peut que revaloriser la vocation au mariage. La fidélité des liens conjugaux, elle aussi, ne se vit que dans l’attente de Dieu.

La communauté conjugale contient en raccourci tant de valeurs ecclésiales! Certains pères de l’Église l’ont qualifiée de « petite Église ». Ceux qui, jour après jour, combattent pour tenir fidèles dans une unité indissoluble sont aussi porteurs d’œcuménicité.

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