Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

4e Dimanche de l’Avent. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Le Messie promis à David sera Dieu avec nous

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu.
Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’.
Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

COMMENTAIRE

Durant la nuit de Noël, nous entendrons le récit de la naissance de Jésus dans l’évangile de Luc. Joseph quitte Nazareth pour monter à Bethléem, « la ville de David » car « il était de la maison et de la descendance de David. » Le fait que Jésus soit descendant de David est donc très important pour qu’on le souligne à plusieurs reprises dans les évangiles. Matthieu, au début de son évangile emploie à deux reprises le titre de « fils de David » : pour Jésus (Mt 1,1) et pour Joseph (Mt 1,20).

Souvent, les gens interpellent Jésus en lui donnant aussi le titre de « Fils de David » : les aveugles lui disent : « aie pitié de nous, fils de David ! » (Mt 9,27 ; 20,30) ; la femme cananéenne : « aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » (Mt 15,22) ; les foules l’acclament quand il entre à Jérusalem : « Hosanna au fils de David ! » (Mt 21,9). Dans l’évangile de l’annonciation que nous entendons en ce dernier dimanche de l’Avent, l’ange dit à Marie : « Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1,32).

Dans l’histoire du peuple de Dieu, David fut un roi qualifié de « juste ». On le vénère beaucoup dans la Bible. On lui attribue tous les psaumes. Il priait Dieu pour lui-même et pour son peuple. S’il fut un grand pécheur, la Bible souligne son profond repentir et le pardon que son attitude de conversion a obtenu de Dieu. L’adultère a été pardonné car David a regretté amèrement son péché. On a tellement idéalisé David qu’il est devenu le modèle du roi que Dieu aime, à la fois religieux et au service de son peuple. Après lui, le plus grand nombre de ses successeurs seront qualifiés de mauvais rois car il leur sera reproché d’avoir fait « ce qui est mal aux yeux du Seigneur », de n’avoir pas respecté la veuve, l’orphelin, l’étranger, d’avoir cherché leur profit personnel, de n’avoir pas été au service du peuple. Pour les auteurs de la Bible, Dieu a condamné ces mauvais rois et il a fait disparaître la royauté en livrant Jérusalem au roi de Babylone.

C’est à cette époque de l’Exil qu’on se souvient de la prophétie de Nathan (première lecture). Dieu rappelle à David qu’il a toujours habité avec son peuple, non pas dans une maison mais dans une tente ! Il lui rappelle qu’il a choisi d’habiter au milieu de son peuple durant le temps de l’Exode. Il ne s’est pas installé quelque part, dans un lieu, mais il a planté sa tente dans le campement de son peuple. Sa demeure, c’est son peuple ! Dommage que le verset 6 ait été coupé dans la première lecture !

Nous trouvons dans ce passage la source de ce que nous entendrons le jour de Noël quand sera lu le prologue du quatrième évangile : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » Littéralement, on pourrait dire : « et il a planté sa tente parmi nous ». Jésus est donc bien Emmanuel, Dieu qui vient habiter parmi nous, avec nous.

Dans la prophétie de Nathan, Dieu refuse que David lui construise une maison, un temple. Il a un autre projet ! Il veut lui-même construire à David « une maison ». Les rôles sont renversés ! C’est Dieu qui va construire une maison à David ! Mais ce ne sera pas une maison de pierre et de cèdre ! Dieu veut construire pour David une maison vivante, une descendance : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi ! »

Le peuple en exil à Babylone se souviendra de cette promesse faite à David par le prophète Nathan. Aux pires moments de son histoire, il ne cessera donc jamais d’attendre ce descendant de David pour qui Dieu sera un père et qui sera un fils pour Dieu, dont la royauté ne passera pas. Comme le roi recevait l’onction d’huile au début de son règne pour bien montrer que c’était Dieu qui l’avait choisi et qui lui donnait la mission de guider son peuple, on lui donnait le nom de « Messie », c’est-à-dire : « celui qui a reçu l’onction ».

Pendant des siècles, le peuple de Dieu a espéré voir naître ce descendant promis à David, un roi capable de faire la volonté de Dieu sur la terre. C’est comme cela qu’est née l’attente d’un roi messie. Et c’est cette attente-là qui est comblée avec la naissance de Jésus. Pour nous, les chrétiens, Jésus est ce roi messie tant attendu, « issu de la lignée de David » (Rm 1,3). Il est véritablement « Fils de Dieu », et Dieu est éminemment son « Père ». Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi il est si important que Jésus soit né à Bethléem, la ville de David, et pourquoi le titre de « fils de David » est tellement rappelé dans les évangiles.

Paul a donc raison de dire, dans le passage de l’épître aux Romains de la deuxième lecture, qu’il proclame l’Évangile en annonçant que Jésus est Christ, c’est-à-dire le Roi-Messie promis, le « fils de David », dont le « règne n’aura pas de fin ». Les mots « Christ » et « Messie » sont interchangeables puisque le premier vient du mot grec « Christos » qui est la traduction du mot hébreu « Mashîaḥ » d’où vient notre mot « Messie ». Ce Roi-Messie est, selon les titres qui lui sont donnés par l’ange Gabriel dans l’annonce à Marie, le « Fils du Très-Haut » et « le Fils de Dieu ». Dans l’annonce à Joseph dont le récit se trouve au début de l’évangile de Matthieu, Celui qui vient faire sa demeure parmi nous porte aussi le nom d’« Emmanuel » car le Messie promis à David sera « Dieu avec nous » (Mt 1,23).

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois