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La violence de l’amour

Imprimer Par Denis Gagnon

Je vais dire une énormité. Je vais être même irrévérencieux. En pleine guerre contre le terrorisme, je ne puis m’empêcher de reconnaître dans la bouche de Jésus quelque chose qui ressemble aux propos fanatiques des terroristes. «Je suis venu apporter le feu sur la terre… Pensez-vous que je sois venu apporter la paix dans le monde? Non, je vous le dis, mais plutôt la division…» (Luc 12, 49.51)

Les jongleurs jouent avec le feu. Ils lancent leurs torches dans les airs. Ils décrivent de belles arabesques, mais un faux mouvement et ils se brûlent. Le feu peut éclairer, réchauffer. Il peut aussi blesser.

Le radicalisme de Jésus et celui des fanatiques sont proches parents. Mais il y a entre eux une grande différence. Une différence radicale, c’est le cas de le dire. Le fanatique se croit le seul à pouvoir changer les choses. Il s’en remet à sa puissance personnelle. Il ne compte que sur lui-même. Il veut maîtriser la situation, la contrôler. Il déploie alors sa force…

Chez Jésus, c’est tout le contraire. Son radicalisme se manifeste dans la faiblesse. Jésus s’en remet à Dieu. Sa passion est celle de l’amour, un amour qui va aussi loin que le don sans mesure de sa vie. Sa violence est celle d’un artisan de paix.

Chose inouïe et paradoxale que la présence de Dieu parmi nous : elle s’exprime dans la faiblesse. Une nouveauté radicale que la communion de Dieu avec nous : elle apparaît dans un pauvre parmi les pauvres. Un geste de Dieu inespéré que la résurrection de Jésus : il annonce même que la violence de la mort est dépassée.

Avec le Christ, le monde bascule dans une telle nouveauté qu’il n’est pas surprenant que certains ne puissent reconnaître cette nouveauté. C’est là que la division survient. Le geste de Dieu, geste de paix par excellence, divise en même temps qu’il fait naître une unité nouvelle. La paix qui départage les disciples et ceux qui ne veulent pas l’être est en même temps celle qui fait germer une fraternité enracinée dans l’amour de Dieu.

La foi est un feu. Elle pourrait être un fanatisme, mais, enracinée en Dieu, elle ne peut être que la passion de l’amour. Elle pourrait emprisonner dans la révolte, elle rend «esclave» d’une justice nouvelle, «esclave» de la liberté que nous trouvons dans le geste libérateur de Dieu qui maîtrise la mort et laisse éclater la vie.

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