Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

26e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Voir, juger, mais surtout agir !

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne’.
Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas. ‘ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur ! ‘ et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

COMMENTAIRE

Un père demande à ses deux fils d’aller travailler à sa vigne. Le premier répond : « non » et le second répond « oui ». Le premier apparaît à l’évidence un bien mauvais fils. Il a répondu non ! Quant au second, c’est un enfant bien élevé, obéissant, qui sait dire oui à son père…

Mais la petite histoire se complique. Voici que le mauvais fils se repent et décide finalement d’aller travailler à la vigne. Quant au fils bien élevé, il décide de ne pas y aller. Tout est renversé. Le bon fils devient mauvais et le mauvais devient exemplaire.

La réponse orale ne suffit donc pas. Le geste, l’acte vient confirmer la parole donnée, l’engagement pris. Souvenons-nous de cette recommandation de Jésus : « il ne suffit pas de me dire ‘Seigneur, Seigneur !’ pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père » (Mt 7,21). Le ‘faire’ l’emporte de bien loin sur les plus beaux discours. Une poignée de mains entre deux ennemis qui veulent se réconcilier constitue un signe bien plus fort que tous les discours et tous les accords. La poignée de mains entre Arafat et Rabin reste inoubliable.

La parabole de l’évangile de ce jour est bien proche de celle du fils prodigue que nous trouvons dans l’évangile de Luc (Lc 15). Un fils apparemment indigne quitte son père et son frère aîné reste fidèle au service de son père. Pourtant, le fils qui est parti est montré en exemple. Jésus s’intéresse au repentir de ce fils, il décrit avec beaucoup de détails sa conversion et son retour. Quant au fils aîné, il condamne son refus de conversion, son refus d’accueillir le frère perdu. Jésus, en effet, est venu à la rencontre de ceux qui sont égarés, perdus, pour les appeler à la conversion et les sauver.

Le fils dans l’évangile dit d’abord non puis il change d’avis : il fait alors la volonté de son père. Il se repent, il modifie sa conduite, il se convertit. Et c’est cela qui plaît à Jésus. C’est cela qui est, selon le prophète Ézéchiel, la conduite désirée par Dieu : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il vivra. »

Les mouvements d’action catholique ont une pédagogie qui se résume dans le dicton très classique : « VOIR, JUGER, AGIR ». Les membres de ces mouvements savent bien que le plus difficile à mettre en œuvre, c’est toujours l’AGIR. Réfléchir comment « faire la volonté du Père » dans nos vies, c’est plus facile que de passer à l’action et d’engager chaque jour les conversions nécessaires, petites ou grandes.

Nos conversions les plus discrètes, les plus invisibles, sont certainement les événements les plus décisifs de nos vies. Car tous ces petits bouleversements changent secrètement le monde parce qu’ils sont signes de l’action de Dieu dans le mystère de nos vies. Le grand enjeu consiste à se laisser tout entier saisir et convertir par l’Amour, jusque dans nos sourires, dans nos regards, dans nos gestes, et même dans nos détresses, nos solitudes, nos souffrances, nos trahisons, notre péché.

Au Royaume de Dieu, la première place revient toujours aux pécheurs convertis qui accueillent l’Évangile : à Pierre qui a trahi trois fois, au larron crucifié, au fils prodigue, au publicain Zachée, à la prostituée qui vient laver les pieds de Jésus… Ne sommes-nous pas, nous aussi des pécheurs convertis et pardonnés, nous qui prions : « Père, que ta volonté soit faite, pardonne-nous nos offenses » ?

Le romancier russe du 19e siècle, Dostoïevski, dans son roman Les frères Karamazov, me permet de proposer un petit épilogue à la parabole d’aujourd’hui. Imaginons que le fils qui a dit oui sans aller à la vigne s’adresse à son frère avec les mots d’Ivan Karamazov à son frère Aliocha ; il lui dirait : « Mon petit frère, peut-être voulais-je me guérir par toi. »

Nos petites conversions, même les plus secrètes, peuvent faire de nous de vrais apôtres et amener nos frères sur les chemins de ce Royaume où Dieu accueille tous les pécheurs qui se convertissent.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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