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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Impressions fortes : FRISSON DES COLLINES et COPIE CONFORME

Imprimer Par Gilles Leblanc

Dans la vie, il y a des œuvres et des personnes qui nous impressionnent au plus haut point. Nous souhaiterions les reproduire ou encore les rencontrer. Deux films récents traitent de ces fortes pulsions d’être ou de devenir : par un jeu de miroirs dans le brillant COPIE CONFORME et à travers un parcours initiatique dans le surprenant FRISSON DES COLLINES.

FRISSON DES COLLINES

frissons

Très actif à la télévision durant la dernière décennie, Richard Roy (MOODY BEACH, CAFÉ OLÉ) revient en forme au grand écran avec cet attachant récit d’apprentissage librement inspiré de ses souvenirs d’enfance. S’il partage le ton nostalgique de certains films québécois récents prenant pour cadre un été des années 1960 (MAMAN EST CHEZ LE COIFFEUR, C’EST PAS MOI JE LE JURE, UN ÉTÉ SANS POINT NI COUP SÛR), FRISSON DES COLLINES se démarque surtout par sa manière rafraîchissante et décomplexée d’illustrer l’éveil sexuel chez les préadolescents. Et lorsqu’il s’agit de traiter du deuil, autre thème récurrent dans notre cinématographie des dernières années, il le fait sur un mode à la fois empathique et insolite, qui s’avère en définitive plutôt déstabilisant.

Été 1969. Frisson, 12 ans, voit son rêve de rencontrer Jimi Hendrix au festival de Woodstock sérieusement compromis par la mort accidentelle de son père électricien. Pendant que sa mère neurasthénique passe ses journées au cimetière et que sa grande sœur, serveuse au kiosque à patates frites, prépare son départ du village avec son amoureux secret, le garçon anesthésie son chagrin en formant différents projets qui lui permettront d’aller quand même à Woodstock. Il tente d’abord de convaincre un copain de son père, le peintre en bâtiment Tom Faucher, de l’emmener avec lui sur sa moto. En vain. Il se tourne alors vers son meilleur ami, le rondouillard Thibault, qu’il entraîne dans diverses combines visant à amasser la somme nécessaire au voyage. Entre-temps, Frisson développe une relation d’amitié avec sa nouvelle maîtresse d’école, la gentille Hélène, pour qui il éprouve un sentiment amoureux secret. Lequel l’empêche de répondre aux avances de Chantal, une fille de son âge qui n’a toutefois pas dit son dernier mot.

Abstraction faite de quelques situations téléphonées et gags faciles, la bonne humeur règne et l’intérêt ne faiblit pas. Solide et aérée, la mise en scène de Roy s’appuie sur une reconstitution d’époque d’une discrète efficacité. Dans le rôle-titre, le jeune Antoine Pilon impressionne par son jeu juste et affirmé, qui éclipse parfois les performances pourtant convaincantes de tous ses partenaires, tant les enfants que les adultes.

COPIE CONFORME

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L’Iranien Abbas Kiarostami (LE VENT NOUS EMPORTERA, LE GOÛT DE LA CERISE) formule brillamment une réflexion ludique sur le mensonge et le faire semblant, ultimement sur l’art de convaincre au cinéma, à travers cet opus inspiré, son plus accessible à ce jour, qui a valu à Juliette Binoche un prix d’interprétation mérité à Cannes.

L’Anglais James Miller est de passage à Florence pour accompagner la parution de son essai consacré au phénomène de la copie dans l’art. Au lendemain d’une conférence courue, il fait la connaissance d’une galeriste d’origine française, mère d’un adolescent, qui l’admire et se propose de lui faire visiter la ville. James préférant voir la campagne avant d’attraper son train du soir, elle le conduit à Lucignano, un ravissant village toscan. En déambulant dans les petites rues, ils poursuivent une discussion animée et parfois combative, amorcée dans la voiture, sur le vrai et le faux dans l’art. Tandis que l’essayiste répond à un appel téléphonique urgent, la galeriste, attablée dans un café, entame une conversation avec la propriétaire des lieux, qui la croit mariée avec James. Jouant le jeu, cette dernière lui fait part de ses griefs envers cet homme qu’elle dit avoir épousé quinze ans plus tôt. À son retour dans le café, le duo reprend la conversation, mais les rôles de chacun ont changé.

La caméra mobile du cinéaste sert à la fois de révélateur et de point d’ancrage pour le regard des spectateurs, souvent interpelés par les personnages comme s’ils étaient leurs vis-à-vis. Invitation à s’abandonner au mensonge, le récit en deux temps, avec point de bascule et jeu de miroirs intrigants, épouse le mouvement habituel du cinéma de Kiarostami, c’est-à-dire patient et modulé, fondé sur la déambulation physique comme moyen d’illustrer la transformation de l’esprit. Au côté de Binoche, dans la peau d’une femme vulnérable qui souffle le chaud et le froid, le baryton anglais William Shimell, en intellectuel à la fois victime et bourreau, fait preuve d’une forte présence à l’écran.

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