Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Dimanche de Pâques. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Le Christ est ressuscité ! Alléluia ! Alléluia ! 

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Le matin de Pâques, Marie-Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là,
et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

COMMENTAIRE

En 1998, je me trouvais à Tibhirine, au cœur de l’Atlas algérien, dans ce petit monastère cistercien où reposent les sept moines décapités en 1995. Le film « Des hommes et des dieux » nous a fait entrer dans le bouleversant chemin spirituel de ces modestes moines.

Avec l’ermite qui gardait alors le lieu et les deux moines qui m’avaient accompagné, nous avons célébré l’eucharistie dans la chapelle du monastère : au cœur d’une terre où coulait toujours le sang de tant de pauvres gens… Au cœur d’une montagne de toute beauté et toute illuminée de soleil, nous avons célébré la fidélité d’un Dieu dont la puissance d’amour et de pardon est la seule source possible de paix et d’espérance dans un univers de mort et de violence. Dans cette petite chapelle, j’ai mesuré l’incroyable folie de notre foi chrétienne : oser célébrer la fidélité de Dieu au cœur du chaos de violence qui secouait alors tous les villages de la montagne.

Jésus s’est enfoncé dans notre humanité meurtrie ; il a connu l’angoisse de la mort ; il a souffert et il est mort : il est entré en profondeur dans notre destinée commune. Comme les deux disciples au soir de Pâque sur la route d’Emmaüs, nous pensons peut-être que tout cela est absurde car rien n’a vraiment changé depuis la mort de Jésus ! En Algérie hier, comme aujourd’hui en Côte d’Ivoire ou en Libye et en tant d’autres lieux du monde, la violence continue d’anéantir le juste.

C’est une grande chance de croire en la résurrection de Jésus car nous croyons aussi qu’en toute nuit humaine peut poindre cette extraordinaire aurore du Christ. L’épaisse nuit de la trahison et du reniement dans laquelle nous sommes entrés au soir du jeudi saint, et plus encore en suivant Jésus dans sa Passion, est devenue un jour lumineux où brille notre immense espérance. En entrant dans la mort humaine, Jésus est allé à la rencontre de tous les morts, de tous ceux qui sont perdus, y compris probablement de Judas.

Dans la sainte nuit pascale, nous croyons que la souffrance et la mort ne sont pas des impasses absurdes ! Nos souffrances et notre mort sont devenues des lieux de vraie rencontre avec Jésus : « si nous souffrons avec lui, avec lui nous vivrons ! » (2Tm 2,11 ; cf. Rm 8,17). Dans la nuit épaisse de nos souffrances et de notre mort s’est infiltrée cette lumière du Christ ressuscité qui a dit : « Je suis lumière du monde » (Jn 8,12 ; 9,5). Le chrétien ne devrait donc plus avoir peur ni des souffrances, ni de la mort. Car, avec le Christ, nos chemins de nuit deviennent des chemins de lumière. Avec Jésus, notre vie devient « pascale ». Comme le dit le psaume (Ps 139,12) : « la nuit comme le jour devient lumineuse. » La lumière du Christ ressuscité fait reculer l’épaisse nuit des camps de réfugiés, celle des prisons obscures, celle des caves des villes bombardées où les enfants pleurent de peur, celle des hôpitaux… La lumière du Christ vient s’infiltrer jusque dans les cœurs de ceux qui sont malades, de ceux qui sont en deuil, de ceux qui pleurent, de ceux qui crient leur peur… La Bonne Nouvelle de la résurrection est seule capable d’éclairer toutes les nuits de l’humanité !

Alors que tout s’était arrêté pour les disciples avec la mort de Jésus, voilà qu’en ce matin du premier jour de la semaine, tout le monde se remet à courir. Le tombeau trouvé vide réveille tous les disciples. La tristesse fait place à l’espérance. Marie Madeleine court trouver Simon et le disciple que Jésus aimait. Tous deux s’élancent et courent au tombeau. Le premier arrivé voit le tombeau vide et il croit. Pierre ne s’arrête pas au seuil, il fonce dans le tombeau ouvert. Leur course vers le tombeau les conduit vers une grotte désertée : Jésus n’y est plus ! Pourtant, la foi renaît dans le cœur de Marie Madeleine et dans celui des disciples. La foi chrétienne repose sur cette expérience du tombeau vide : « il vit et il crut ! » La Résurrection provoque un décentrement dans notre vie de foi : Jésus n’est jamais là où on le cherche. Les lieux où nous le cherchons sont comme des tombeaux vides. J’ai toujours été interrogé par la bousculade des pèlerins qui veulent entrer dans le tombeau vide à Jérusalem ! Si il y a bien un lieu où le Ressuscité n’est plus, c’est le tombeau vide ! En toutes les terres du monde, nous pouvons courir à la recherche du Seigneur mais c’est lui qui vient à la rencontre de ceux qui le cherchent et qui prend l’initiative de leur révéler sa Présence. Notre foi naît d’une reconnaissance de la présence du Ressuscité qui vient à notre rencontre là où nous sommes.

L’Église prend naissance avec la foi de ceux qui ont cru devant le tombeau vide. Car notre foi s’enracine dans l’expérience primordiale du tombeau vide qui met le croyant en quête de Jésus. L’Église rassemble ceux qui croient sans avoir vu. Elle rassemble tous ceux qui courent à travers le monde entier pour proclamer, comme Marie-Madeleine, la Bonne Nouvelle qu’Il est vivant. Car cette Bonne nouvelle est destinée à tous ; elle n’est pas le seul patrimoine des chrétiens… Ne nous arrêtons donc jamais dans notre course, dans notre quête de Jésus. Ne nous asseyons pas devant le tombeau vide. Ne restons pas à l’arrêt. Reprenons infatigablement la route de la foi : alors, comme au soir de Pâque sur la route d’Emmaüs, le Christ viendra à notre rencontre là où nous ne l’attendons pas… Nous le rencontrerons là où il est vraiment, parmi les pauvres, les malades, ceux qui souffrent, ceux qui meurent, parmi les pécheurs, les prisonniers, parmi ceux qui donnent leur vie pour leurs frères… et parmi les croyants rassemblés pour célébrer sa Présence dans le repas d’Emmaüs : l’Eucharistie.

Notre chemin de foi va de la tristesse du Golgotha à la joie du repas d’Emmaüs. Il passe toujours par l’étonnement du tombeau vide qui réveille l’espérance et remet en route. Courons donc et annonçons au monde la bonne nouvelle que le tombeau est vide et que le Christ est vivant. Saluons ceux que nous rencontrons et n’ayons pas peur de proclamer la joie pascale : « Le Christ est ressuscité ! Alléluia ! Alléluia ! Il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! Alléluia ! »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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