Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche du Carême. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu !

Un homme était tombé malade. C »était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe.
(Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.)
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait ;
alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? »
Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je m’en vais le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu’il parlait de la mort.
Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort,
et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »
Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une demi-heure de marche environ –
beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.
Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort.
Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;
et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus.
Il n’était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde.
Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. »
Alors Jésus pleura.
Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

Dans l’évangile de saint Jean, Jésus ne fait pas des « miracles », mais des « signes » ! Ceux qui assistent à ces événements doivent en dépasser l’aspect merveilleux pour découvrir qui est Jésus afin de croire vraiment en lui. La résurrection de Lazare est le dernier des signes que Jésus fait. Le premier, c’est le changement de l’eau en vin à Cana ; le deuxième, c’est la guérison du fils du fonctionnaire royal ; le troisième, c’est la guérison du paralytique à la piscine de Bethesda ; le quatrième, c’est la multiplication des pains au bord du lac ; le cinquième, c’est la guérison de l’aveugle-né au temple de Jérusalem. La résurrection de Lazare constitue donc le sixième signe !

Jésus ne cherche pas à épater ceux qui le suivent en faisant des miracles extraordinaires. Le plus souvent d’ailleurs, il disparaît juste après. Il en est ainsi après la guérison du paralytique et de l’aveugle-né ; après la multiplication des pains, il fuit dans la montagne les foules qui veulent le faire roi. Il pose des « signes » pour éveiller la foi de ceux qui l’entourent. Il ne s’agit pas de le suivre parce qu’il fait des miracles… par intérêt. Il s’agit de le suivre parce qu’il est l’Envoyé de Dieu, le Sauveur, le Seigneur. Il change l’eau en vin de la nouvelle alliance ; il guérit l’homme de ses maladies, de ses paralysies, de son aveuglement ; il est le pain vivant descendu du ciel ; il est la résurrection et la vie.

Saint Jean écrit à la fin de son évangile : « Jésus a fait beaucoup de signes pour que vous croyiez qu’il est le Christ, le Fils de Dieu et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31). On ne peut donc rien comprendre à tous ces signes si on ne reste qu’un spectateur ou un auditeur distant et étonné, voire émerveillé. Souvenons-nous de la critique que Jésus adressait aux Pharisiens qui refusaient de reconnaître la guérison de l’aveugle-né… Pour comprendre, il faut « voir » avec la foi. La semaine dernière, Jésus demandait à l’aveugle-né : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Aujourd’hui, il demande à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie, le crois-tu ? » Ceux qui ne veulent pas croire s’éloignent de Jésus, comme après la multiplication des pains où saint Jean écrit : « beaucoup de ses disciples se retirèrent et n’allaient plus avec lui » (Jn 6,66).

Aujourd’hui, nous sommes interrogés : sommes-nous vraiment croyants ? Pour y réfléchir, Jean nous propose le modèle de Marthe, une femme qui a fait confiance en Jésus. « Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. » Les deux sœurs envoient un message à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » C’est un appel au secours : Seigneur, ton ami est malade, fais vite, viens le sauver ! Elles savent que Jésus a guéri le fils du fonctionnaire royal de Capharnaüm, le paralytique qui était malade depuis 38 ans et l’aveugle de naissance. S’il arrive assez vite, Jésus pourra aussi guérir son ami Lazare qui est malade. Marthe et Marie ont une grande confiance en Jésus. Comment pourrait-il laisser son ami Lazare mourir ? C’est déjà là une grande foi ! Avons-nous cette confiance en Jésus, notre ami ? Est-ce que nous lui confions nos soucis et nos peines ? Est-ce que nous l’invoquons, même si nous ne ressentons pas sa présence et si nous avons le sentiment qu’il est loin de nous ? Est-ce que nous ne nous décourageons pas trop vite ? À qui faisons-nous vraiment confiance ? Marthe et Marie ne recourent à personne d’autre qu’à Jésus. En cela, elles sont vraiment exemplaires !

Pourtant, Jésus n’accède pas à leur demande ! Au lieu de se rendre d’urgence auprès de son ami, il décide de rester encore deux jours au-delà du Jourdain. Il attend la mort de Lazare ! « Lazare repose ! Je dois aller le réveiller ! » C’est seulement quand Lazare est mort que Jésus se met en route vers Béthanie. Quand il arrive, Lazare est enterré depuis 4 jours : et Jésus pleure sur son ami mort. Comme il nous ressemble ! Il est vraiment comme nous : il ressent la douleur du deuil.

Jésus va peu à peu conduire Marthe à une foi véritable. Elle avait fait appel à lui et à lui seul pour venir sauver son frère, et elle lui reproche de n’avoir pas été là à temps : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! » Puis elle ajoute ces mots extraordinaires : « Mais je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Il te l’accordera. » Si Marthe a été déçue parce que Jésus n’a pas guéri Lazare, elle reste confiante devant l’impossible. Elle espère que Jésus pourra intercéder pour que Dieu ressuscite son frère. Quand nous sommes déçus parce que nous avons l’impression que Dieu n’exauce pas nos prières, est-ce que nous gardons une telle confiance en lui ? Jésus amène Marthe au-delà des frontières de son espérance : « Ton frère ressuscitera ». Marthe acquiesce et confesse sa foi en la résurrection des morts au dernier jour. Voilà encore un bel exemple de foi ! Ce n’est pas si facile de croire en la résurrection quand on enterre quelqu’un qu’on aime et qui nous quitte !

Jésus arrive au terme du chemin d’initiation dans la foi. Marthe est prête. Il lui dit : « Je suis la résurrection. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Et Marthe de répondre : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Le but est atteint avant même que le « signe » soit posé. Marthe ne confesse plus qu’elle croit en la résurrection des morts. Il ne s’agit plus d’une simple affirmation du Credo. Elle croit en Jésus. Elle croit qu’il est la source de la vie. Elle croit qu’il est capable de réveiller les morts parce qu’il donne la vie qu’il possède en lui-même. Elle croit que face à Jésus la mort ne peut rien, qu’il est venu justement dans le monde pour la vaincre.

Jésus peut maintenant opérer le « signe » qui manifeste que cela est vrai. Il donne une succession d’ordres brefs : « Enlevez la pierre ! Lazare, viens dehors ! Déliez-le et laissez-le aller ! » Il est celui qui ouvre les tombeaux, celui qui appelle à la véritable vie, celui qui délie et libère celui qui croit en lui. Lazare ici nous représente tous ! Marthe est pour nous une sœur modèle dans la foi. Est-ce que nous lui ressemblons ? Croyons-nous en Jésus Sauveur ou attendons-nous de lui qu’il fasse des miracles ? Est-ce que nous cherchons à bénéficier de sa protection ou lui faisons-nous une totale confiance durant les moments difficiles de cette vie et au-delà ?

La résurrection de Lazare est le 6e « signe ». Or, pour Jean, la symbolique des chiffres est essentielle : « 7 » est le chiffre de la plénitude. Le 6e signe appelle un 7e qui sera « le Signe » par excellence pour la foi. Ce signe sera la propre résurrection de Jésus au matin de Pâques. Il est vraiment « la résurrection et la vie » quand il apparaît victorieux de sa propre mort dans le jardin à Marie Madeleine, une autre grande amie de Jésus. Elle pleure devant son tombeau vide comme Jésus avait pleuré devant le tombeau de Lazare. Mais cette fois, c’est le Ressuscité qui appelle Marie par son nom. Jésus ressuscité ressuscite alors la foi de Marie Madeleine.

Nous allons suivre bientôt Jésus pas à pas dans sa passion et nous célèbrerons bientôt sa résurrection. Le chemin de croix est un chemin de foi que nous allons vivre avec lui. Nous savons qu’un jour, le Ressuscité nous appellera aussi par notre nom : Lazare ! Marie ! Cette voix, nous la reconnaîtrons au matin de notre propre Pâque parce que dans les difficultés de cette vie, nous aurons cru en lui.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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