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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Leçons d’humanité : DES HOMMES ET DES DIEUX et ANOTHER YEAR

Imprimer Par Gilles Leblanc

Il est assez rare que des films présentent des situations d’ouverture aux autres de façon aussi remarquable que le font les récentes productions : DES HOMMES ET DES DIEUX et ANOTHER YEAR. Dans le premier cas, il s’agit de la tragique histoire des huit moines de Tibhirine dont Xavier Beauvois déploie leur vie quotidienne, entièrement vouée au service de Dieu et de leurs voisins musulmans. Dans l’autre, le réalisateur anglais Mike Leigh décrit avec finesse un couple d’âge mûr qui accueille inconditionnellement des amis aux prises avec de multiples difficultés de l’existence.

DES HOMMES ET DES DIEUX

dieux

En décembre dernier (2010), j’assistais avec quelques journalistes à un visionnement spécial du film DES HOMMES ET DES DIEUX, lequel a remporté de nombreux honneurs, dont le Grand Prix et le prix œcuménique, au Festival de Cannes 2010.

Dans la foulée des trois millions de cinéphiles français qui ont vu le film, ce drame social, réalisé par Xavier Beauvois, traite de la vie de la communauté de moines cisterciens de Tibhirine en Algérie, de 1993 jusqu’à leur enlèvement, le 26 mars 1996. Nous voici devant un film magnifique, transparent et émouvant, interprété par une brochette d’acteurs, plus authentiques les uns que les autres, avec en évidence Lambert Wilson (le père-prieur Christian) et Michael Lonsdale (Luc, le moine-médecin).

Scénarisé par Xavier Beauvois et Étienne Comar, le récit débute quelques semaines avant l’ultimatum lancé par les terroristes qui ordonnent aux étrangers de quitter le pays; un groupe de ces extrémistes fera même irruption dans le couvent la nuit de Noël. Le dilemme des moines jusque-là latent se pose alors avec acuité: partir ou rester? La décision doit être collective. Mais, pour eux, le choix de demeurer ou non sur place, malgré les menaces, est lourd de conséquences. Les religieux refusent même la protection militaire, ce qui incite les autorités à leur demander de retourner en France.

C’est en prenant en compte ces considérations humaines, politiques et leurs propres convictions religieuses que chacun des huit moines forgera sa décision en son âme et conscience. Cette forte tension dramatique accompagne la vie quotidienne et mystique de la communauté, ses liens profonds avec la population musulmane des alentours, l’esprit de paix et de charité qu’ils veulent opposer coûte que coûte à la violence qui gangrène le pays.

Tournée au Maroc, la production a demandé une recherche considérable sur la vie d’une communauté monastique cistercienne comme celle qui réside dans l’Atlas algérien. Le rythme est lent et dépouillé, centré sur les visages et les gestes des personnages. À elle seule, la séquence de communion finale vaut le déplacement: les moines, filmés l’un après l’autre en plan rapproché, se retrouvent dans le silence devant leur tragique destin, accompagnés par la musique du Lac des Cygnes de Tchaïkovski.

On peut s’attendre à ce que cette œuvre grandiose de simplicité et de luminosité rejoigne un large public, autant du côté des catholiques fervents et pratiquants que de celui des non-croyants. Même si les traces du douloureux conflit algérien sont moins présentes au Québec qu’en France, la réflexion sur les relations entre les chrétiens et les musulmans occupe un espace important dans la société. L’attitude des moines cisterciens constitue un exemple éloquent de compréhension et d’accueil inconditionnel de l’autre.

ANOTHER YEAR

Year

Le bonheur est-il accessible à tous? À quel degré la chance intervient-elle? Les personnes malheureuses sont-elles les seules responsables de leur sort? Ce ne sont là que quelques-unes des questions soulevées par le grand Mike Leigh (SECRETS ET MENSONGES, VERA DRAKE) dans cette peinture de mœurs pointilliste et généreuse, portée par la grâce d’une distribution impeccable qui en a inspiré les grandes lignes à travers des ateliers d’improvisation dirigés par le réalisateur. Ce processus créatif explique, en partie du moins, l’absence de marques d’effort dans cette œuvre en quatre tableaux parfois fort drôle, dont le récit est constitué d’événements en apparence anodins, qui prennent tout leur sens une fois agencés.

Tom (Jim Broabent) et Gerri (Ruth Sheen) sont des modèles pour leurs proches. À l’aube de la soixantaine, cet ingénieur géologue et cette travailleuse sociale filent un petit bonheur tranquille, entre leur boulot qui les comble, le jardin communautaire qu’ils cultivent avec soin et leur fils Joe, avocat sans attaches de trente ans, qu’ils aiment profondément.

Au fil des saisons, ils reçoivent à la maison des amis aimants et admiratifs, qui parfois voient dans leur existence en apparence si parfaite la défaite de la leur. Mary (Lesley Manville), tragi-comédie sur deux pattes travaillant avec Gerri, s’embrume l’esprit à l’alcool en rêvant d’une vie à deux qui tarde à se matérialiser. Ken, ami divorcé au régime de vie malsain, se laisse glisser lentement mais sûrement dans la dépression. L’arrivée de la nouvelle petite amie de Joe, puis le décès de l’épouse du frère de Tom, égaient et assombrissent, respectivement, le tableau de cette année de plus dans la vie du couple.

Dans une forme splendide à 67 ans, Leigh signe une mise en scène vigoureuse mais discrète, qui laisse parler les images et surgir des fragments de vérité, avec lesquels ses interprètes jonglent avec une émouvante tendresse. Dans un rôle difficile, la formidable Lesley Manville constitue le cœur battant de ce très beau film.

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