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Hymne des dix vierges (2è partie)

Imprimer Par Romanos le Mélode

** la première partie de ce texte a paru dans l’édition de septembre 2010.

Romanos naquit en Syrie, à Émèse (aujourd’hui Homs), dans une famille d’origine judaïque. Il était diacre quand il vint se fixer à Constantinople, sous le règne d’Anastase 1er (418-518. Selon la tradition, c’est à Constantinople, dans l’église de la Théotokos, que la Vierge Marie lui serait apparue en songe et lui ordonna d’avaler un livre. L’Église orthodoxe grecque a admis au rang de ses saints celui qu’elle considère comme son plus grand hymnographe.

16. Dis oui, Sauveur ! Ouvre ta porte devant nous, seul juste juge ! Reçois dans ta chambre nuptiale tes vierges, Rédempteur, et ne détourne pas ton visage, Christ, de ceux qui t’invoquent, afin que nous ne soyons pas privées de ta grâce immortelle, que nous ne devenions pas honte et opprobre devant les anges. Ne nous laisse pas à jamais debout hors de ta chambre, Christ ! Car elles n’ont pas pratiqué mieux que nous la chasteté, celles à qui tu as offert la couronne incorruptible. »

17. Aux insensées qui parlaient ainsi au Juge universel, le Christ répondit :
« C’est maintenant qu’est rendu le juge¬ment juste et véridique. Le temps marqué pour la bonté a pris fin, il n’y a plus de compassion. La porte de la clémence n’est plus ouverte aux hommes, puisqu’au repentir il n’est plus donné de place pour ceux d’ici-bas. Celui qui naguère était pitoyable n’est plus compatissant, mais c’est un juge rigoureux que le Miséricordieux. Vous autres, vous vous êtes montrées insensibles dans le monde : comment donc pouvez-vous demander la couronne incorruptible ?

18. Je vais clairement vous dire, devant les archanges et devant tous les saints, quel traitement j’ai reçu de celles-là qui sont entrées avec moi. Elles m’ont trouvé dans la peine et grandement affamé, et elles se sont empressées de me rassasier ; quand j’ai eu soif aussi, elles ont mis tout leur zèle à me donner à boire ; me voyant étranger, elles m’ont accueilli comme un ami familier ; quand j’étais dans les chaînes, elles ont pris soin de moi ; elles m’ont encore visité quand j’étais malade; elles ont gardé scrupuleuse¬ment tous mes commandements, aussi ont-elles trouvé la couronne incorruptible.

19. Vous autres, vous n’avez rien fait de pareil dans le monde : vous avez observé le jeûne, gardé la virginité et la vertu qui tient en des paroles, mais, sans œuvres pieuses et parfaites, vous avez travaillé pour rien. Vous avez dédaigné les étrangers et les malades dans le besoin, vous n’avez pas tendu de main secourable aux affamés. La seule hypocrisie vous a nourries ; toujours vous vous faisiez honneur de votre dureté, jamais vous ne secouriez les pauvres qui frappaient chez vous. Comment donc pouvez-vous réclamer la couronne incorruptible ?

20. Jamais à la pitié vous n’avez consenti : ceux qui étaient nus et arrivaient de l’étranger, jamais sous votre toit vous ne les avez reçus. A ceux qui souffraient dans les chaînes et les prisons vous avez fermé vos oreilles, vous n’êtes pas allées voir les malades, vous n’avez pas fait bon visage aux solliciteurs poussés par l’indigence et la misère, mais vous étiez toujours inhumaines ; il n’y avait que de la colère en vous, au lieu de compassion. Comment donc, vous qui agissiez ainsi dans la vie, pouvez-vous réclamer maintenant la couronne incorruptible ?

21. Vous regardiez le monde avec des yeux hautains, vous méprisiez les pauvres. Envers tous vous avez été sans cœur, sans pitié. Vous vous emportiez sans indulgence contre les pécheurs, vous qui péchiez à tout moment. Inhumaines envers ceux de votre race, comme si vous n’aviez jamais commis de fautes, vous alliez étalant vaniteusement vos bonnes œuvres. Vous regardiez comme des réprouvés ceux qui ne jeûnaient pas, ceux qui étaient mariés comme des infâmes. Il n’y a que vous-mêmes que vous teniez pour justes, vous qui pourtant n’aviez pas encore obtenu la couronne incorruptible.

22. Vous observiez le jeûne, en ne touchant pas à la nourriture : mais envers les hommes vous usiez sans cesse de médisance et de calomnie. Votre chasteté elle-même n’était pas pure, car vous la salissiez tous les jours, elle aussi, par la souillure des paroles. A quoi bon la vertu, si l’on n’a pas une pensée parfaitement vertueuse ? Il vaut mieux manger et boire, et vivre avec intelligence, que jeûner, mais sans jeûner à l’égard de tout ce qui est nuisible. Comment demander alors la couronne incorruptible ?

23. Le jeûne ne peut s’édifier, à moins que d’arracher toutes les racines de pensées déplacées et d’actions méchantes. Et on ne peut affermir dans la chair la maîtrise de soi-même, si on vit sans se maîtriser : le jeûne a des fondations, et il faut l’asseoir sur une base sûre, le bâtir comme une maison forte. La pitié lui donne un grand éclat, et la piété le rend fécond aussi ; ces deux vertus le protègent comme une ceinture de remparts, et lui procurent la couronne incorruptible.

24. A quoi vous ont servi le jeûne et la chasteté, associés à la vanité ? Vous avez refusé la douceur, vous avez toujours cultivé la colère. Mais moi qui suis doux, j’aimais les doux, et je leur accordais le pardon. Je renie ceux qui observent le jeûne, mais qui sont sans miséricorde, et j’accueille plutôt ceux qui mangent, mais qui sont miséricordieux. Je hais les cœurs vierges, mais inhumains, et j’honore les époux, s’ils sont charitables ; le mariage dans la tempérance est chose précieuse, c’est pourquoi il obtient la couronne incorruptible.

25. Je n’ai pas, moi, aiguisé d’épée contre les pécheurs, mais j’ai toujours eu un regard de douceur pour les hommes, moi qui avais fait les hommes. J’ai accueilli avec bonté la pécheresse pleurante, et je lui ai donné le pardon. J’ai pris en pitié les larmes du publicain et je ne l’ai pas repoussé, car j’ai vu le ferme repentir qui habitait en lui. Moi, le Créateur, je me suis montré compatissant pour tous ; Pierre qui m’avait renié, je l’ai pris en pitié, et aux larmes de cet homme j’ai compati, moi ! car il demandait la couronne incorruptible.

26. Quant à celles qui sont venues avec moi dans la chambre nuptiale, je dirai d’elles devant tout le monde : Elles ont gardé soigneusement mes commandements sur terre, elles ont toujours été des protectrices pour les veuves, elles ont eu pitié des orphelins. Avec les angoissés, les affligés, elles ont compati, et jamais elles n’ont fermé leur porte aux pauvres ou aux étrangers. Elles soignaient toujours les gens en proie aux maladies, que vous autres, vous considériez comme des réprouvés. Je ne vous connais pas, je renie les inhumaines, mais à celles que voici je donnerai la couronne incorruptible. »

27. Le chœur des anges s’émerveille en écoutant le Christ témoigner pour les cinq qui sont entrées avec lui. 0 assurance, ô sublime orgueil des saints du Christ ! Devant tant de peuples, elles remportent le verdict d’immortalité ; devant ces peuples aussi, les autres reçoivent la sentence dernière, et elles pleureront amèrement une lamentation sans fin, car elles voient que les chœurs des saints ont l’assurance qui vient de la pitié, et portent tous la couronne incorruptible.

28. Voilà publiquement révélé ce qui appelle les hommes au royaume. Mettons donc notre zèle à garder les commandements du Christ : l’huile, si nous voulons en acquérir, est en vente sur les marchés. Les marchands sont ceux qui demandent l’aumône, ils vendent tous les jours : pourquoi donc cette négligence ? Bien mieux, pour deux sous nous en recevons tout autant que celui qui a donné une fortune ; car ce sont nos moyens qu’examine le Créateur de toutes choses, donnant ainsi la couronne incorruptible.

29. Le commandement de Dieu n’est pas rude : il ne prescrit pas de donner ce qu’on ne peut pas, mais c’est l’intention qu’il demande. Tu n’as au monde que deux oboles ? Tu ne possèdes rien d’autre ? Le Miséricordieux les reçoit quand même, car il est le Maître, et il te donnera la préférence sur celui qui a donné une fortune. Tu n’as pas une obole à offrir ? Donne un verre d’eau fraîche au solliciteur ; c’est le Christ qui le reçoit, avec reconnaissance, te donnant assurément la couronne incorruptible.

30. Le Sauveur, même s’il reçoit peu, te rendra beaucoup ; car, pour des dons périssables, il accorde la jouissance des biens éternels. Donne un peu de pain, et tu recevras en échange le paradis de délices. La pauvreté ni le dénuement ne te feront de tort, si tu prends patience ; car tu n’es pas soumis à la reddition de comptes. Ne réclame donc pas, car le petit trouvera de l’indulgence, tandis que les puissants seront puissamment éprouvés. Sois généreux pour trouver le royaume et recevoir la couronne incorruptible.

31. Grâce, grâce pour moi, Sauveur, qui suis condamné par tous les hommes. Car je ne fais pas ce que je dis et conseille aux foules. Je me jette donc à tes pieds : donne-moi la componction, Sauveur, donne-la aussi à ceux qui m’écoutent, afin que nous gardions tous tes commandements dans cette vie, et que nous ne restions pas gémissant et criant hors de la chambre nuptiale. Aie pitié de nous par ta miséricorde, toi qui veux que toujours tous soient sauvés. Appelle-nous, Sauveur, dans le royaume, pour que nous ayons aussi la couronne incorruptible.

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