Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

27e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Des routes et des rencontres

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait.
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.’ Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous: ‘Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir.’ »

COMMENTAIRE

Dans les évangiles, nous avons fréquemment des dialogues entre Jésus et ses disciples. Mais, en ce 27e dimanche, il est question plutôt du Seigneur et des apôtres. Quand Luc parle des apôtres, i.e. des envoyés, il s’agit du groupe des Douze, choisis par Jésus (cf. Lc 6, 13). La mention précédente des apôtres en Luc est au chapitre 9, 1-6.10 : ils reçoivent une mission et, après l’avoir accomplie, ils racontent à Jésus leur action. Nous sommes ainsi avec un groupe de responsables. Et de quoi Jésus va-t-il parler à ces chargés de mission? Il leur parle de foi et de service. Cela dit déjà des enjeux essentiels dans l’exercice d’une responsabilité en Église.

L’image du grand arbre (un sycomore) qui se déracine pour aller se planter dans la mer est à la fois étonnante et provocante. Elle exprime bien que quelque chose d’impossible peut arriver! De plus, ce déplacement étrange n’est pas le résultat d’une grandiose entreprise environnementale. Il est le fruit d’une foi qui, loin d’être immense, est petite comme un grain de moutarde. Jésus se plaît à mettre en contraste un petit grain de moutarde et un grand arbre en mouvement. Il invite ses apôtres à élargir leur horizon, à oser entrevoir autrement les possibilités du réel. Une foi, même minime, est capable de grandes réalisations, surprenantes, impensables.

L’image du serviteur est provocante elle aussi mais, au contraire de la première, elle parle d’une réalité très ordinaire et quotidienne, au temps de Jésus : le serviteur qui fait son travail, tout simplement, et qui n’attend pas de récompense ou de traitement spécial pour avoir accompli sa tâche. C’était la condition des nombreux esclaves et serviteurs employés, dans la société antique. Les lecteurs grecs de Luc, comme les auditeurs de Jésus, pouvaient y reconnaître une réalité proche d’eux.

Jésus semble ici un peu dur envers ses apôtres ou peu reconnaissant face à leur engagement. Pour mieux saisir la portée de cette parabole, il importe de la situer en lien à d’autres usages de l’image du serviteur dans l’évangile de Luc. En Lc 12, 36-38, on trouve pratiquement le contraire : c’est le Maître qui se met en tenue de service; les serviteurs sont à table, servis par le Maître! Et Jésus lui-même, dans la dernière Cène en Luc, se présente comme celui qui sert et non comme celui qui est à table (22,27).

Cette histoire de serviteur vient donc souligner une autre dimension de la vie apostolique. L’apostolat demande un décentrement de soi, un engagement concret et gratuit. Il ne met pas les responsables au-dessus des autres ni au centre de tout mais au cœur d’un service généreux et désintéressé.

Quand vous aurez fait tout ce que demande le Maître, dit Jésus, vous n’aurez fait rien d’extraordinaire, vous aurez accompli votre devoir. Qu’est-ce qu’il s’agit de faire, qui est simplement normal, ordinaire? Dans le contexte immédiat du chapitre 17, il s’agit d’être vigilant pour ne pas faire tomber les autres (scandaliser), de pardonner à son frère, de croire avec conviction et de servir. Un programme de base pour que le Règne de Dieu advienne, pour que la Bonne nouvelle soit vécue et communiquée.

Quelle que soit ma responsabilité dans la mission commune, dans la transmission de l’Évangile, ces appels de Jésus peuvent venir m’étonner et me provoquer, m’éveiller et me donner élan. Ma pauvre foi, qui connaît ses avancées et ses creux, ses hésitations et ses bonds, est une puissance capable de susciter des déplacements surprenants. Elle est une source de transformation. Et ma fidélité aux tâches ordinaires, dans les efforts quotidiens et le sentiment de gratuité, est plus qu’une routine banale : elle est une aventure passionnante, à la suite de Jésus, le serviteur.

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