Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

25e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Une intendance inventive

Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.’ Le gérant pensa : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ? – Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ? – Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris quatre-vingts.’
Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s’était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. »

COMMENTAIRE

Jésus propose en modèle un gérant pas très correct mais bien futé. Devant une impasse, cet administrateur a su trouver un moyen de s’en tirer et de survivre. Il ne s’est pas découragé, il ne s’est pas résigné à la fatalité de son sort et il a tenu compte de ce qu’il pouvait encore faire. Il était motivé, son avenir était en jeu: que vais-je faire? Il a alors utilisé ses ressources, ses contacts, son expérience pour se sortir d’une situation qui semblait sans issue.

C’est un petit malin, qui a su faire preuve d’intelligence, d’imagination, de débrouillardise. Évidemment, il les met ici au service de ses propres intérêts, et même il trompe son employeur; il est vraiment malhonnête. Mais au moins il n’est pas stupide, il est habile et inventif dans sa recherche d’une solution. Jésus invite ses disciples à faire preuve eux aussi de débrouillardise, pour la cause du Règne de Dieu.

La routine, le fatalisme, la résignation, l’inertie, la peur, la paresse intellectuelle, le conformisme, voilà autant d’attitudes qui souvent nous tentent devant les défis actuels de la foi, de la vie communautaire, de l’annonce de l’Évangile. Si les premiers chrétiens en étaient restés à de telles attitudes, le christianisme serait mort-né. Quand on regarde l’inventivité missionnaire et communautaire de Paul et de ses équipes, l’audace et le courage de gens comme Étienne ou Barnabé, le sens de l’initiative de nouveaux chrétiens comme Lydie, Priscille et Aquilas, il y a de quoi trouver inspiration. Ces gens n’étaient pas assis sur leurs lauriers à attendre que le Règne de Dieu leur tombe du ciel sans qu’ils aient à utiliser leurs ressources d’intelligence et de sens pratique, d’imagination et d’affectivité.

Tout cela indique un sens de la responsabilité qui engage la personne avec tout ce qu’elle est, au service du Dieu vivant. Dans l’histoire de l’Église, on peut regarder les fondateurs et fondatrices de communautés, les initiateurs de mouvements spirituels, les témoins passionnés de l’espérance, de Catherine de Sienne à Vincent de Paul, de Las Casas à Thérèse d’Avila. Que de démarches, voyages et contacts, que de réflexions, analyses et recherches pour dénouer les impasses sociales et ecclésiales, pour faire avancer l’Église sur de nouveaux chemins, pour travailler à des réconciliations, pour commencer de nouvelles missions.

Vouloir le bien, être de bonne volonté, être pieux et fidèle, cela est bon mais ne suffit pas. Il faut aussi être inventif et tenace, comprendre ce qui se passe et prévoir ce qui vient, savoir contourner ou transformer les obstacles, travailler pour bâtir un avenir différent. On peut penser aussi à tous ces croyants et pasteurs qui aujourd’hui s’investissent pour que leur communauté soit vivante: participation des membres, liturgies attrayantes, débats sur des questions controversées, service des plus pauvres, présence aux jeunes, centres de prière, formation permanente, etc. Tout cela demande un engagement des personnes avec tous leurs dons, au service de la parole et de la communion.

La passivité face aux requêtes communautaires, le désespoir tranquille devant les questions de sens, la résignation attristée devant les difficultés de l’évangélisation, cela est souvent présent dans l’Église, tant parmi les membres que chez les responsables. La parabole du gérant futé vient nous secouer dans nos fatalismes, nos peurs de l’avenir, notre manque d’imagination. Allez, nous dit Jésus, servez-vous donc des dons qui sont en vous et à vous, arrêtez de blâmer et de brailler, et bougez un peu. Le bien confié est extraordinaire, il est source de vie. Il n’est pas fait pour être abandonné ou oublié, même si l’avenir n’est pas évident, mais pour rayonner et porter du fruit, Arrêtez d’avoir peur de vous-mêmes, des autres et du monde. Usez vos méninges, elles ne vous sont pas données pour rester inactives. Prenez à coeur l’avenir de l’Évangile et de l’Église et alors inventez, circulez et contactez des gens, faites des projets, cherchez des voies imprévues. Soyez des intendants dignes de confiance et responsables.

À chaque époque, quand l’Église est capable de faire confiance à ses ressources créatrices, quand elle sait faire appel aux capacités profondes des gens, elle entre dans des renouveaux. Rien ne peut remplacer l’ingéniosité attentive de personnes motivées. En langage chrétien, cela s’appelle l’Esprit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois