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La liturgie des heures, d’hier à aujourd’hui

Imprimer Par Lise Lachance

La liturgie des Heures telle que nous la célébrons aujourd’hui est organisée d’une façon très rigoureuse. Avec des hymnes, des psaumes, des lectures, des prières qui n’arrivent pas n’importe où. On doit cette organisation au concile Vatican Il qui a voulu remettre à l’honneur une façon très ancienne de prier dans l’Église. Mais l’office n’a pas toujours été célébré ainsi et n’a pas été célébré partout de la même manière. Il a fallu des siècles, aussi bien dans l’Église d’Occident que dans l’Église d’Orient, pour stabiliser la forme de la liturgie des Heures. Et aujourd’hui encore, on peut trouver chez les arméniens, les coptes, les uniates, d’autres façons de célébrer l’office du soir ou du matin.

Un héritage ancien

Aussi loin que l’on peut remonter dans l’histoire de l’Eglise, on trouve deux types de rassemblement:

1) l’eucharistie ou la fraction du pain qui, semble-t-il, n’a lieu que le dimanche;
2) pour tous les autres jours, une prière communautaire autour du chef de la communauté. Cette prière communautaire quotidienne est à la source de la liturgie des Heures et elle prend ses racines dans la façon juive de prier.

Dans le monde juif du temps de Jésus, il y a déjà une solide tradition de prière à la fois collective et personnelle. Tout juif digne de ce nom récite d’abord personnellement, le matin et le soir, sa profession de foi, le Shema Israël: «Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur … 11 (Deutéronome 6, 4- 9) Par cette profession de foi, le juif renouvelle sa fidélité au Dieu fidèle. Parallèlement à cette coutume, une autre habitude s’est mise en place: celle de prier trois fois par jour. À chacun de ces moments, les juifs récitent une longue prière composée de dix-huit bénédictions auxquelles ils ajoutent des intentions personnelles.

Il est possible que cette coutume de prier trois fois par jour soit liée à celle d’offrir au Temple de Jérusalem trois sacrifices par jour: le matin, à la neuvième heure et le soir. Certains venaient au Temple accompagner le prêtre dans cette offrande, d’autres, dans leurs villes, se réunissaient à la synagogue pour prier aux mêmes heures et d’autres priaient en même temps dans leur maison.

La prière dans la première communauté chrétienne

Il ne fait aucun doute que Jésus et ses disciples ont respecté les temps et les formules de prière juives. On en trouve des traces dans l’évangile, en particulier chez saint Luc. On voit Jésus prier tôt le matin, le soir, à la synagogue, on l’entend citer des bouts des dix-huit bénédictions ou du Shema Israël. Manifestement, Jésus a vécu sa religion comme un bon juif.

Après la résurrection et la Pentecôte, on constate que les disciples qui forment la première Église continuent de prier à la manière de Jésus, à la manière juive: ils se rendent au Temple et à la synagogue, aux trois heures régulières, le matin, vers quinze heures et le soir. Mais on peut penser que le contenu de leur prière a commencé à changer. Un texte de cette époque laisse entendre qu’ils auraient remplacé le Shema Israël et les dix-huit bénédictions par le Notre Père.

Si les disciples de Jésus ont emporté avec eux dans le christianisme naissant les habitudes juives de prier, ils ont surtout gardé ce qu’elles exprimaient de plus profond: le désir d’accueillir Dieu qui est entré dans l’histoire humaine, dans le temps humain. En s’appropriant cette tradition, la communauté chrétienne exprimait elle aussi son désir de rester ouverte à la présence de Dieu, malgré les impératifs de la vie quotidienne. Il y a là une façon de reconnaître et de proclamer que l’être humain «e vit pas seulement de pain», que la présence de Dieu fait vivre.

Ailleurs…

C’est plutôt loin de Jérusalem, en Égypte en particulier, qu’une prière chrétienne originale commence à prendre forme. Là aussi, il existe une prière communautaire quotidienne et différente de la célébration hebdomadaire de l’eucharistie. Les rencontres se font en général autour d’une instruction. On y lit la Bible à la lumière de la résurrection du Christ, mais aussi des écrits des Pères: Clément de Rome, Ignace, etc. Ces lectures sont accompagnées d’une homélie, de prières et d’hymnes dont on peut retrouver la trace dans le Nouveau Testament. Les psaumes aussi y sont chantés, mais certains, comme le Psaume 140, absent de la prière du soir juive, prennent dans l’office chrétien une place considérable à cause de la lecture christique que l’on en fait. C’est donc à cause de leur signification par rapport au mystère du Christ que des éléments de la tradition juive sont gardés dans la façon chrétienne de prier.

Et après…

Peu à peu, se construisent, aussi bien dans l’Église d’Orient que dans l’Église d’Occident, des façons de prier qui sont les ancêtres de la liturgie des Heures que nous connaissons actuellement. Le mouvement s’est développé dans plusieurs directions à la fois et a connu toutes sortes de formes. L’histoire de la formation de la liturgie des Heures est donc extrêmement complexe et exige que l’on tienne compte de ces divers mouvements.

Mais on peut déjà signaler trois pôles autour desquels s’est formé l’office que nous connaissons actuellement:

Prière communautaire versus célébration de l’eucharistie

Très tôt, le peuple chrétien a pris l’habitude de se rassembler pour fêter le Christ ressuscité tous les jours de la semaine, au moins deux fois par jour, le matin et le soir. Ces rassemblements de prière ont trouvé une forme tout à fait particulière, créée par les communautés, constituant ainsi une liturgie différente de la liturgie eucharistique.

Prière communautaire versus prière privée

À côté de la prière faite en communauté, il a existé très tôt aussi une prière privée héritée, sans doute, de la pratique juive. Un disciple du Christ prie le matin et le soir, mais s’efforce aussi de sanctifier toute la journée. On retrouve chez Origène une invitation à faire de toute sa vie une grande prière, même si, au sens strict, il faut prier au moins trois fois par jour: le matin, le soir, au milieu de la nuit. Hippolyte de Rome, lui, va rattacher ces moments à différentes étapes de la vie du Christ. Mais, chaque fois qu’il est possible, il vaut mieux abandonner sa prière individuelle pour se joindre à la prière communautaire. C’est la prière communautaire qui exprime le mieux l’Église.

Prière «paroissiale» versus prière monastique

En fait, il serait plus juste de dire prière «cathédrale» que paroissiale. Pendant des siècles, la communauté chrétienne, peuple et clergé ensemble, s’est réunie autour de son évêque pour prier. La paroisse que nous connaissons aujourd’hui n’existait pas encore. Cet office se voulait populaire.

Il était constitué de symboles (lumière, encens, procession, etc.), de chants (hymnes, antiennes, répons), de psaumes choisis. Les lectures bibliques n’y étaient pas courantes, semble-t-il. C’était avant tout un temps de louange, d’action de grâce et de supplication. Ces moments de prière avaient lieu tous les jours et deux fois par jour: le matin (Laudes) et le soir (Vêpres).

À la même époque, on a vu se mettre en place et évoluer un autre type de prière communautaire, lié non plus aux rassemblements quotidiens du peuple, mais aux monastères. Là, dans l’office qui avait lieu aussi au début et à la fin de la journée, il s’agissait moins d’une cérémonie que d’une méditation sur l’Écriture.

Quand les moines sont venus s’installer dans les villes, ils ont apporté avec eux leurs offices. Peu à peu, la prière «paroissiale» ou cathédrale s’est laissée influencer par la prière monastique. L’office des paroisses a pris de l’ampleur, on a ajouté des «petites» Heures (ou Heures du jour: tierce, sexte et none et un Heure du soir: complies), les lectures ont commencé à faire partie intégrante de l’office, etc.

Avec cette complexification des offices, l’engouement pour la liturgie des Heures a connu des hauts et des bas. Le peuple, se sentant moins compétent pour ces liturgies plus «érudites» a commencé à les déserter pour se tourner vers les mystères et les grands jeux liturgiques joués sur les places publiques. Mais ce changement ne s’est pas produit partout en même temps ni de la même façon en Orient et en Occident.

Grosso modo, on peut dire que la célébration communautaire de la liturgie des Heures a duré jusqu’au XIIe siècle, dans l’Église d’Occident. Quand on s’est mis à diviser les diocèses en paroisses et que la charge de la paroisse est retombée sur les épaules d’une seule personne, il est devenu de plus en plus difficile, pour le curé, d’assumer l’ensemble des offices de la liturgie des Heures. Peu à peu, dans l’Église d’Occident du moins, cette prière est devenue individuelle, sous la forme du bréviaire, ou bien réservée aux grands ordres religieux.

Il y a eu, à différentes époques, des tentatives pour réformer la liturgie des Heures. Mais c’est finalement le concile Vatican II qui y a le mieux réussi. Il a rendu la liturgie des Heures à l’ensemble du peuple chrétien et il a donné une grande unité à l’office. De plus en plus, des assemblées prient avec Prière du temps présent. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que non seulement les prêtres, les religieux, les religieuses, mais tout le peuple chrétien se réapproprie cette prière héritée des premiers croyants, transmise et enrichie par des siècles de vie ecclésiale.

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