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Faire la vérité!

Imprimer Par Jacques Marcotte

Nous avons eu – au Québec du moins – la douceur d’avril en plein mois de mars. Et voilà qu’à la fin le froid et les giboulées reviennent en force et semblent vouloir s’installer jusqu’en avril. Nous allons de surprises en reprises. L’équilibre des saisons nous rattrape. Nous n’en sommes pas à notre premier retour en arrière.

Notre Église est aussi rattrapée par les tolérances indues ou les complaisances inavouées qui ont eu cours chez elle dans un passé relativement récent. Des abus nous sont rapportés, qui semblent avoir eu lieu sous la protection d’un secret habilement conservé. Ces complicités apparentes n’étaient pas la meilleure façon de garder intacte la réputation de l’Église du Christ. La miséricorde ne peut pas faire fi de la justice ni couvrir impunément le mal qui ne cesse pas de s’activer.

Notre Église, trop longtemps triomphante, doit retrouver aujourd’hui, on le sait, un chemin d’humilité, de pauvreté. Elle doit s’attendre à vivre des passages difficiles, voir douloureux. On peut espérer qu’elle retrouvera sa crédibilité après une période significative de purification.

Il est touchant de lire la lettre du Pape Benoît XVI envoyée à toute « l’Église qui est en Irlande » le 19 mars dernier. Le souverain pontife ne ménage pas ses condamnations à l’endroit des prêtres et religieux qui ont commis des crimes d’abus sexuels auprès d’enfants et d’adolescents là-bas. Il se montre très sévère à l’endroit même des évêques qui n’auraient pas pris dans leurs diocèses toutes les mesures appropriées pour éradiquer et punir le mal dont ils étaient informés et pour venir en aide aux victimes identifiées de ces abus.

Il est bien évident que cet étalage sur la place publique amène les médias et les esprits critiques à s’emparer avidement d’un matériel particulièrement « médiatique ». Ils ont là matière à tous les potins et ragots. Il y a nettement danger de nous laisser emporter par un vent de malveillance et une forte déprime. En fait les exagérations faciles nous éloigneraient de la justice. On peut souhaiter que la raison prenne le dessus et qu’on en vienne à une juste approche d’une réalité malheureuse et complexe dont tout le monde voudrait qu’elle soit profondément corrigée, sévèrement punie.

Il faut certes applaudir à la volonté de faire la vérité, de faire justice, de faire œuvre aussi de miséricorde. Tout cela doit aller ensemble. Rien ne doit être escamoté dans le processus déjà enclenché. Mais sachons bien que nous ne sommes pas au bout de nos peines. Ne pensons pas que tout soit réglé par une longue lettre du pape, ni par les milliers d’aveux, ni par les mises en accusation massives, ni par quelques visites canoniques, ni par des excommunications. S’il faut passer par ces étapes, il faut surtout en arriver à changer ce qui a fait qu’on en soit arrivé là.

Il faut prendre toute mesure utile pour chasser le mal dans ses causes. Ce sera veiller avec plus de soin sur les vocations religieuses et sacerdotales, mettre en place des programmes plus rigoureux et mieux adaptés de formation des prêtres et autres pasteurs, veiller aussi sur le choix des ministères attribués. Que les parents soient davantage présents à leurs enfants dans leur développement et leur socialisation. Qu’on assure plus de transparence et de bonne santé aux relations entre jeunes et adultes.

Puissions-nous ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous avons besoin de prêtres. Nous ne pouvons pas nous en passer. Mais nous pouvons faire qu’ils soient sains psychologiquement et moralement. Nous en avons les moyens avec nos savoirs-faire, notre prudence, notre vigilance, la grâce de Dieu. Il n’y a pas que le recours à la prière et à aux dévotions traditionnelles pour régler le problème de l’équilibre psychosexuel des pasteurs. Il faut veiller sur la maturité des hommes et des femmes à qui nous confions les enfants. Et tant mieux si le prêtre ou la religieuse ou le religieux sont aussi des spirituels et des saints. Mais rappelons-nous la pensée de Pascal qui disait qu’il ne faut pas se tromper dans nos évaluations des personnes : « le malheur étant que parfois qui veut faire l’ange fait la bête ».

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