Billet hebdomadaire,

Responsable de la chronique :
Billet hebdomadaire

La guignolée

Imprimer Par Denis Gagnon

Jeudi dernier avait lieu la guignolée des médias dans le grand Montréal. On a recueilli de l’argent et des denrées afin d’alléger la misère à l’occasion de Noël. La population se montre très généreuse en ce temps où le thème de la fraternité et de la solidarité colore la fête.

À la source de cet élan de bonté, il y a la naissance du Christ. On n’y pense pas toujours. Les saintes Écritures racontent l’événement en un récit tout simple où la sollicitude de Dieu est en vedette. Le premier, Dieu s’est permis une guignolée en envoyant son Fils comme cadeau de Noël.

Séduits par cette Bonne Nouvelle, des hommes et des femmes ont fait de la guignolée de Dieu leur propre guignolée. Comblés, ils ont voulu en combler d’autres. Ils sont devenus généreux à leur tour. Paniers de Noël aux familles démunies, repas festifs dans les lieux d’accueil des itinérants, tournées de chorales dans les centres d’hébergement et les hôpitaux, visites du Père Noël dans les quartiers pauvres: l’imagination vient seconder la générosité.

À chaque guignolée, il s’en trouve pour rappeler que la générosité devrait déborder le temps de Noël et s’étendre à toute l’année. Avec raison. Les enfants n’ont pas faim seulement en décembre. Et les denrées coûtent aussi chères en mars et en juillet. Les membres des Sociétés Saint-Vincent-de-Paul sont sollicités douze mois par année. D’année en année, paraît-il, les demandes augmentent et les sources de revenus des associations philanthropiques diminuent. Et il y a notre système économique qui fait en sorte que les riches ont toutes les chances de s’enrichir alors que les pauvres s’appauvrissent davantage.

Je suis toujours mal à l’aise quand la publicité propose de la grande bouffe, quand des émissions de la télé présentent de la cuisine de haut niveau. Je ne suis pas contre l’art culinaire, au contraire. Mais chaque fois, je pense à cette jeune maman de l’est de Montréal qui avouait ne servir que des nouilles spaghettis à ses enfants et cela, trois cent soixante-cinq jours par année. Elle disait ajouter du colorant à gâteau pour varier le menu!

J’imagine les enfants de cette femme grignotant des pâtes sans goût en regardant les pubs de McDonald. Je les imagine entrant furtivement chez IGA ou Métro, faire la tournée des étagères et rêver au goût des pommes ou des tomates. Je les imagine devenir militants pour plus de justice dans le monde; je les imagine manifester leur frustration dans des actes de violence.

Je les imagine… nous les imaginons. Mais il faudrait bien dépasser l’imagination et entreprendre une fois pour toute une campagne d’éradication de la pauvreté. Le gouvernement s’était engagé, il y a quelques années, à faire une lutte radicale en ce domaine. Mais ce ne fut que de belles résolutions… Il faudrait… On devrait… Que voulez-vous : les pauvres n’ont pas de poids politique, ils ne renflouent pas les coffres des partis…

Espérons, au moins, qu’à chaque année la guignolée de décembre en réveille quelques-uns, que cet élan de générosité fasse naître des gestes qui aient des répercussions toute l’année dans les foyers en difficulté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Billet hebdomadaire

Les autres chroniques du mois