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Le psalmiste

Le Psaume 101. « Discours du trône »

Imprimer Par Hervé Tremblay

Voici un psaume qui pourrait aussi s’appeler « programme de conduite » ou « déclaration d’intention ». Sans que ce soit jamais explicite, l’ensemble de la tradition interprétative y a vu l’engagement d’un roi conscient de ses responsabilités et décidé à gouverner selon Dieu. À la différence des psaumes précédents décrivant le règne de Dieu, celui-ci décrit le comportement idéal de son représentant sur terre. Son programme de vie et d’action se présente ainsi : fuir le mal et respecter toutes ses obligations personnelles et familiales; écarter les ambitieux; choisir comme collaborateurs des croyants sincères; rendre justice à tous. De cette façon, il brosse le portrait du roi idéal, uniquement préoccupé de la gloire de Dieu et du bonheur de ses sujets. Certes, on peut y voir de simples affirmations formelles dictées par les conventions de la fonction au lieu de déclarations effectives qui engagent, mais il semble préférable de lire le psaume comme une formule d’engagement solennel que le roi devait prononcer au temple au moment d’assumer ses nouvelles responsabilités. Rien n’empêche que cet engagement ait pu se répéter occasionnellement ou même annuellement dans un cadre cultuel ou d’une fête commémorative. Il y a certes une part d’idéal qui se retrouve ailleurs (Ps 72; Is 9,5-6; 32,1-8), mais ça ne fait jamais mal de rêver…

La structure du poème est assez claire. Dans la première strophe (v. 2-3), le souverain révèle comment il entend se comporter dans sa vie privée; dans la deuxième strophe, il parle de sa vie publique et du choix de ses collaborateurs (v. 4-5); dans une troisième strophe, enfin, il formule les principes qui le guideront dans le gouvernement de ses sujets (v. 6-7). Comme tout psaume bien charpenté, il y a des mots ou expressions qui se correspondent : « dans le chemin parfait » (v. 2 et 6); « au milieu de ma maison » (v. 2 et 7); « mon regard » (v. 3 et 7); « je réduirai au silence » (v. 5 et 8).

Le v. 1 joue un double rôle : il résume le contenu du psaume, mais il tranche aussi sur le reste par sa tonalité hymnique (« Je chanterai… à toi mes hymnes, Seigneur! »). Devant Dieu, le psalmiste opte résolument pour un gouvernement marqué par la justice et le droit. Sa vie même sera conforme à la charte de la royauté édictée par Samuel (1 S 10,25; 12,1-17), dans la ligne de l’idéal deutéronomique (Dt 17,14-20).

Au v. 2, le double emploi de « parfait » met en évidence l’option morale de base du psalmiste. Le « chemin parfait » consiste dans l’accomplissement intégral de la loi de Dieu (Gn 17,1; Ps 37,37; 78,72; 119,1; Pr 11,20; 13,6). « Quand viendras-tu jusqu’à moi? » pour m’aider et me soutenir? ou encore : « Quand te manifesteras-tu à moi en appréciation de ma fidélité? » Cette résolution générale est suivie de trois clauses négatives qui en font découvrir les aspects pratiques.

En effet, le v. 3 redéfinit l’option morale par la négative, l’exclusion des paroles et des gestes mauvais ainsi que des comportement déréglés. Le roi affirme son intention de s’opposer à tout compromis avec l’injustice en évitant toute action répréhensible, un refus catégorique de tout ce qui serait en contradiction avec la loi divine. « Les pratiques démoniaques », littéralement « pour les affaires de Bélial » (cf. 18,5; 41,9; Ex 10,10; Dt 15,9; 1 S 29,10; Pr 6,12; Na 2,1) peuvent être soit des mauvais procédés, des manœuvres douteuses et illégales, de mauvaises mœurs, soit des pratiques démoniaques ou idolâtriques.

Aux v. 4-5 le roi passe au chapitre de ses collaborateurs. À ses côtés, il ne tolèrera personne au cœur dépravé et plein d’ambition; il écartera sans pitié les médisants et les calomniateurs. Le v. 4 exclut toute parole et de toute pensée mauvaises. Pour rester intègre dans tous les aspects de sa vie, le fidèle doit fuir tout contact avec le méchant et bannir le mal de sa conscience même. Rappelons que dans la Bible, contrairement à nos langues, la conduite morale de l’homme se détermine dans le cœur (Gn 8,2) pour le bien (Mt 5,8; Ép 1,18) comme pour le mal (Mt 15,19-20). « Je ne veux pas le connaître » parle d’un connaître au sens fort d’avoir des relations, de vivre dans la proximité ou l’amitié. Au v. 5, « je le réduirai au silence », littéralement « j’abattrai ». Plus loin, le verset parle littéralement des « hauts des yeux; larges de cœur » pour exprimer l’arrogance (Pr 21,4; Dt 17,20). Le prince ne se laissera donc pas dominer par les ambitieux qui écrasent les autres et ne les tolèrera jamais dans son entourage.

Les v. 6-7 traitent du choix du personnel rattaché à la maison et insiste sur l’exigence fondamentale pour remplir cette fonction : la fidélité. Le psalmiste se propose de faire place nette, non seulement de son environnement immédiat, mais dans tout le territoire du pays. Cette strophe évoque l’alternative brutale d’être choisi ou rejeté grâce à une antithèse aux v. 6 et 8, où « les hommes sûrs du pays » s’opposent aux « coupables du pays » ainsi que « siège dans la maison » à « extirper de la ville ». Après le panneau négatif du v. 5 sur le choix des collaborateurs, suit le volet positif. Le roi n’accordera sa faveur qu’à ceux qui sont dévoués au Seigneur et marchent parfaitement dans ses voies. « Qui se conduit parfaitement » s’entend certes au sens de perfection légale, mais n’exclut pas pour autant une signification religieuse plus ample. Au v. 7 le bon roi bannit à tout jamais de sa maison deux sortes d’indésirables : les fraudeurs et les menteurs. Le v. 8 parle du matin. Comme Dieu, c’est dès le matin que le roi doit rendre justice (Ps 46,6; 73,14; 2 S 15,2; Jb 7,18; Is 33,2; Jr 21,12; So 3,50) à cause de sa valeur symbolique de nouvelle création, nouvelle victoire sur le chaos primordial menaçant toujours l’ordre cosmique. Bref, il s’agit d’une vaste opération de nettoyage destinée à faire briller le royaume dans la justice et la vérité.

Bref, le psaume décrit une ligne de comportement moral en termes de loyauté, de conformité au droit, de chemin de perfection, à comprendre comme une attitude d’intégrité, de probité, d’honnêteté dans le sillage de la loi d’alliance donnée par Dieu à son peuple. Le poème situe la pratique d’un tel comportement à l’intérieur de la maison du roi, son palais, mais aussi, par extension, dans tous les lieux de service et d’administration qui assurent la bonne marche du pays. Le programme et l’entourage indique ce que le psalmiste ne veut pas du tout endurer devant ses yeux. D’une part, tout projet qui s’écarte de l’intérêt public et dévie du droit chemin; de l’autre, toute personne menteuse et trompeuse. Alors que les ambitieux manigancent en cachette, le psalmiste, lui, va faire justice au grand jour et nettoyer la ville de Dieu. Au moment de choisir ses familiers, ce n’est pas sur l’intrigant au regard hautain que le psalmiste fixera son choix, mais sur ceux-là seuls qui font preuve de loyauté et d’intégrité. L’auteur cherche à discerner, par des critères bien définis, qui est assez loyal et droit pour travailler à ses côtés et qui est assez malhonnête pour être mis de côté.

La relecture christologique, surtout dans la récitation liturgique, identifie le roi au Christ juge eschatologique. Modèle par excellence de loyauté et de perfection, le Christ discerne et sépare les fidèles qui resteront devant ses yeux des méchants qui sont exclus de la maison. Dans la ligne politique, le roi devient assez naturellement la figure de toute personne en poste d’autorité. La première condition posée par le psaume présente déjà tout un défi : l’intégrité personnelle fondée sur une rectitude morale sans faille qui exclue la complicité avec le crime. Suit une règle pratique qui n’admet pas de compromis, relative au choix des ministres : le chef doit s’entourer seulement de personnes encore plus loyales et fidèles, et écarter tout ce qui s’apparente à la corruption, l’arrogance et le carriérisme, les opérations douteuses. Évidemment, on peut élargir les mêmes critères d’honnêteté et de justice au plan social pour le choix des dirigeants et du personnel des industries, des syndicats, du commerce et des différents services publics. On peut dire la même chose au plan ecclésial pour tous ceux qui exercent des responsabilités dans l’Église.

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