Témoins du Christ,

Responsable de la chronique : Marius Dion, o.p.
Témoins du Christ

Christian de Chergé, une théologie de l’espérance

Imprimer Par Christian Salenson

Prieur d’une communauté cistercienne située à Tibhirine, dans l’Atlas algérien, Christian de Chergé fut assassiné avec six autres frères en 1996.
Il tenait sa vocation de moine d’une rencontre avec un ami musulman qui, durant la guerre d’Algérie, l’avait protégé au péril de sa vie lors d’un accrochage.
Avec ses frères, il se voulait « priant parmi d’autres priants », au milieu de voisins et d’amis musulmans dont il partageait le quotidien.
Sa vocation fut d’être moine au creuset de la rencontre avec l’islam. Ses écrits témoignent d’une pensée originale qui montre la fécondité de la rencontre aussi bien pour la vie chrétienne que pour l’intelligence de la foi.
Christian Salenson, familier des écrits de Christian de Chergé, nous conduit des événements fondateurs de sa vocation aux richesses de ses intuitions. Il nous fait entrer dans l’originalité de sa vie et de sa pensée. Il nous montre comment l’expérience d’un petit monastère perdu dans les contreforts de l’Atlas algérien apporte une contribution capitale aux débats de la théologie contemporaine.


P89-91 : Fruits du dialogue.

Christian de Chergé constate avec Moubarac que l’émulation est la parente pauvre du dialogue islamochrétien, mais s’il est vrai que l’on juge un arbre à ses fruits, un des fruits essentiel du dialogue est la conversion des uns et des autres, faite de dépouillement et d’humilité, acceptant de ne pas savoir vers où l’Esprit nous conduit, mais acceptant de faire un chemin de lente transformation. Henri Le Saux a vécu et écrit une expérience semblable de dépouillement et d’exode, d’expérience pascale, en particulier dans son Journal. « Dès lors que nous nous offrons ensemble délibérément à la lente et dépouillante transformation d’un long vivre ensemble, nous revivons comme une Pâque, comme un exode, comme une hégire aussi (pourquoi pas ?) l’aventure spirituelle d’Abraham » . La conversion est le but du dialogue, « une conversion réciproque par laquelle Dieu nous engage (échelon après échelon) à la mesure de nos fidélités dans la venue de son règne ». De Chergé exprime aussi que dans sa vocation à vivre à Noter Dame de l’Atlas : « il me faudrait apprendre à comprendre et à contempler son islam le plus authentique, c’est-à-dire dans sa soumission à Dieu, et cela sans autre désir que celui d’une conversion réciproque destinée à nous conduire, s’il plait à Dieu, les uns et les autres, vers la place définitive de chacun dans la grande assemblée de tous les vivants » .

La conversation ne saurait se confondre avec le changement de religion. « La conversion est un dynamisme, une attitude de l’être destinée à rester en acte, c’est un tropisme : on se tourne vers Dieu comme la plante vers le soleil. Le changement de religion peut apporter une prévision importante dans la direction, il n’épuise pas la conversion, et il peut arriver qu’il n’en soit même pas une étape » . Or les croyants de différentes religions sont les uns et les autres appelés à la conversion : « parce que tous sont appelés à la conversion, la conversion d’autrui m’intéresse, et la mienne lui importe. La conversion des pécheurs est le prélude nécessaire à la communion des saints » . Christian de Chergé situe la point de départ de la conversion, non pas dans le péché, pas même en l’homme, mais en Dieu lui-même, ce qui fait de la conversion un dynamisme de l’homme, inscrit dans sa nature même, dans une « tournure » vers Dieu et non dans une attitude réparatrice et volontariste.

Le dialogue interreligieux est un terme qui prête à ambiguïté. Il est souvent compris comme une activité spécifique. Dialogue et annonce a rappelé que les formes pouvaient être diverses, et, en ce sens, qu’il est d’abord existentiel. Christian de Chergé reprend cela à son compte dans l’expérience concrète de la vie à Tibhirine, qui inclut aussi bien le travail en commun que les échanges sur la prière. Il montre surtout que le dialogue est profondément une attitude intérieure faite d’humilité qui tourne vers l’autre, vers sa foi. Il est une échelle mystique par laquelle les uns et les autres, en gravissant des échelons semblables, se laissent convertir au Dieu unique. Cette manière de concevoir le dialogue est offerte à tous ceux, chrétiens et musulmans, qui veulent emprunter cette échelle. Elle est fichée enterre, dans la pluralité religieuse dans laquelle nous baignons, elle a son appui en Dieu et dans la communion des saints que dès maintenant cette attitude de dialogue incarne.

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1. L’échelle mystique, p8.
2. « Prier en Eglise à l’écoute de l’islam, réponse à la revue Tychique, », Pentecôte, 1982, Chemins de dialogue, n°27.
3. Christian de Chergé, Dieu pour tout jour, Cahiers de Tibhirine, chapitre du vendredi 23 mai 19986.
4. Dieu pour tout jour, op. cit. p.125

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