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« Un temps pour engendrer, et un temps pour mourir » (Ecclésiaste 3, 2)

Imprimer Par Jacques Marcotte

Le souffle chaud du printemps s’est promené d’abord timidement sur l’étendue décourageante des vieilles choses de l’automne. Qu’allait-il faire de tout cela? Comment la nouveauté allait-elle surgir des amas de feuilles mortes, de plantes cassées, écrasées? Comment donner à la vie toute sa chance de repartir dans un tel décor ? Or la relance printanière a poursuivi un chemin triomphant au pays même de la mort. Du sein des résidus de l’autre saison et sur les rameaux dénudés depuis longtemps apparaît une vie inattendue, nouvelle, forte et sauvage.

Ainsi en est-il dans nos sociétés et dans notre Église. Nous sommes régulièrement entre deux saisons, deux générations. Nous hésitons entre conservation et progrès. Une dialectique fatigante entre l’ancien et le nouveau nous tient hors de tout repos, hors de nous-mêmes. Il nous faut constamment faire œuvre importante de discernement.

Des tendances divergentes se dessinent. Pour les uns il faut contester la nouveauté, se réfugier dans l’ancien, dénoncer ce qui paraît aller trop vite, aller trop loin. Pour d’autres, il n’y a plus rien de bon dans le passé, ou presque. Faut-il tout garder d’hier ou tout rejeter? L’avenir est-il dans un courageux retour en arrière ou dans une audacieuse projection vers l’avant?

Certains quittent le bateau (l’Église) parce que, disent-ils, elle a perdu son âme, ses symboles, son sens pour eux. D’autres refusent le voyage parce qu’ils ne veulent plus de ce qui les a traumatisés, eux ou leurs parents ou leurs grands parents.

Il y a des chances que la solution, ou l’idéal, ne soit pas dans un extrême ou dans l’autre. Il nous faut exercer le jugement du printemps. Il nous faut comprendre que la vie est toujours là qui bâtit sur ce qui ne peut que mourir. Elle s’élance en toute beauté, fraîcheur et fécondité en composant avec l’ancien. Que restera-t-il d’hier? Apparemment peu de choses peut-être. Mais tout vient d’hier. Il a fallu qu’une vague meurt pour que naisse la suivante, et qu’enfin la barque touche le rivage.

Pour bien assumer notre condition chrétienne, que nous faut-il garder de ce qui était avant ? Que nous faut-il perdre et laisser aller ? L’essentiel seulement doit demeurer. Tout le reste, abandonné, va nourrir la suite qui a besoin de la ressource précieuse de ce qui a précédé. Rien ne se perd, rien ne se gagne, constatait Lavoisier. Tout a un sens, un temps, un but. Nous sommes sans cesse à l’heure des discernements. Le seul et unique nécessaire, c’est le contact vivant avec la substance de notre foi, de notre espérance : le Christ en sa Pâques. Voilà ce qui importe et qui a promesse d’avenir en toute génération, y compris celles d’aujourd’hui et de demain.

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