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Aventure spirituelle

Sans tambour ni trompette

Imprimer Par Jean Grou

La musique rythme la prière d’Israël depuis les temps les plus lointains. On trouve dans les Psaumes une foule de références musicales. Les lignes qui suivent vous proposent une «journée portes ouvertes» au temple de Jérusalem, où les musiciens vous attendent pour vous présenter leurs instruments de musique.

Nous sommes accueilli par Hémân, qu’on appellerait aujourd’hui le chef d’orchestre. Avec son associé Yedutûn, il dirige l’ensemble des musiciens et des chantres: «Vous êtes sans doute un peu surpris par la modestie de notre formation. En fait, nous sommes bien loin de ces grands ensembles que vous avez dans vos métropoles modernes. Nous ne formons pas un orchestre au sens où vous l’entendez mais plutôt un groupe de musiciens « officiels » pour le culte, une sorte de guilde, décrite au Premier livre des Chroniques 6, 16-29.

«Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Lorsque, tout à l’heure, nous vous ferons entendre quelques pièces, vous aurez peut-être l’impression de vous faire écorcher les oreilles. C’est que notre musique n’est pas régie selon les mêmes règles que la vôtre. Nous ne connaissons pas les principes d’harmonie qui dictent votre manière de composer. D’ailleurs, tout comme vous pour notre musique, nous avons besoin d’une certaine habitude avant de trouver agréable ce que vous appelez « la belle musique »!

«En fait, pour nous au temple, la musique est là d’abord pour soutenir la prière, pour la rythmer. C’est pourquoi nous attachons plus d’importance à cette dimension de la musique: le rythme. Allons tout de suite voir une première catégorie d’instruments: les percussions.»

Les percussions
«Oholibama, fille de Onias, va vous présenter le tambourin.

– L’instrument dont je joue est le plus primitif de ceux mentionnés dans la Bible. En hébreu, nous l’appelons toph. Il est fait d’une peau d’animal tirée et retenue par un cerceau de bois ou de métal. On le tient d’une main et on le frappe de l’autre. Vous avez, encore aujourd’hui, un instrument semblable. Nous sommes plusieurs à en jouer lors des célébrations au temple. (Psaume 67, 26). Notre rôle est de rythmer la musique et c’est pourquoi, dans les Psaumes, notre instrument est toujours mentionné en compagnie d’autres (80, 3 ; 149, 3; 150, 4).

– Allons maintenant retrouver Shama, fils de Yavesh, joueur de cymbales. C’est notre plus jeune musicien, fraîchement accueilli dans la guilde. Il joue d’un instrument qui correspond bien à la fougue de son âge!

– En effet, je joue des cymbales, ce qui se dit selesim en hébreu. Cet instrument est fabriqué de deux pièces de métal que je frappe ensemble pour battre le rythme. Il est souvent utilisé pour manifester la joie lors de mouvements de foule ou d’escorte comme en Genèse 31, 27. Avec le tambourin, les cymbales complètent la section des percussions. Étant fabriqué de métal, cela signifie qu’il s’agit d’un instrument récent dans le monde biblique. C’est probablement pourquoi il n’en est question qu’une seule fois dans les Psaumes (150, 5).»

Les instruments à vent
«Du plus jeune musicien, passons au plus âgé, Jonam, fils de Shiméa. Ceux qui jouent de l’instrument dont il joue ne sont, de toute façon, jamais bien jeunes.

– En effet, car pour jouer du chofar, il faut plusieurs années de pratique. Ce n’est pas comme les cymbales avec lesquelles il suffit de taper! Il faut toute une technique. Vous avez devant vous ce que vos Bibles appellent le « cor ». Il est mentionné dans les passages suivants des psaumes, si ma mémoire est bonne: 46, 6; 80, 4; 97, 6; 150, 3. Fabriqué à partir d’une corne de bouc, c’est le plus ancien et le plus connu des instruments à vent de la Bible. Il sert souvent à annoncer la présence du Seigneur (Exode 19; Zacharie 9, 14). Passons maintenant à un autre instrument, parent du chofar.»

«Voici Uzal, fils de Pildash. Vous savez ce que lui et Louis Armstrong ont en commun? Ils jouent tous deux de la trompette. Du moins c’est ainsi que vous traduisez le mot hasoserah au seul endroit où il est mentionné dans les psaumes (97, 6).

– En fait, une traduction plus juste serait « clairon ». Comme les cymbales, cet instrument est fabriqué de métal et, donc, plus récent que le chofar. Il est aussi, à l’occasion, utilisé dans les campagnes militaires. Mais en temps de paix, il sert à manifester bruyamment notre joie lors des grandes fêtes. Au temple, seuls les prêtres sont autorisés à s’en servir.

«Il existe un troisième instrument à vent mentionné dans les psaumes. Il s’agit de l’ugab, qui est composé de plusieurs tuyaux. Aussi, est-il est souvent appelé « flûtes » dans vos traductions. Il est assez rarement utilisé ici au temple et c’est pourquoi seul le Psaume 150 en fait mention (v. 4). Le prophète Ézekiel utilise un mot de la même famille pour parler d’un chant d’amour (Ézékiel 33, 32).

Les instruments à cordes
– Passons à la troisième et dernière section de notre « orchestre », celle des instruments à cordes.

– Je m’appelle Asaph, fils de Bérékyahu et je fais partie du groupe de musiciens du temple depuis de nombreuses années. Il existe plusieurs sortes d’instruments à cordes. Leurs formes varient, ainsi que le nombre de leurs cordes. Celles-ci sont habituellement faites d’intestin de mouton. Et, comme le dit 1 Rois 10, 12, le corps de l’instrument est fabriqué d’un bois rare, le santal. Voyons d’abord le kinnor, l’instrument de musique le plus souvent mentionné dans les psaumes (treize fois). Vous traduisez ce mot par « lyre » ou « harpe ». C’est l’instrument à corde le plus ancien du monde biblique. Le roi David l’a rendu célèbre car lui-même en jouait d’après 1 Samuel 16, 16. Nous, joueurs de kinnor, sommes d’abord considérés comme des chanteurs. Nous accompagnons notre chant par le jeu de notre instrument, comme le laisse entendre le Psaume 70 (v. 22-23)

«Un deuxième instrument à corde est le nebel, traduit en français par « harpe » ou « lyre ». Il en existe deux sortes: le nebel qui compte douze cordes (Psaume 56, 9; 80, 3…) et le nebel ‘asor qui en compte dix (Psaume 32, 2; 91, 4). Cet instrument est moins utilisé dans les fêtes populaires que le kinnor. En fait, on lui attribue une certaine noblesse, les prophètes Amos et Isaïe y faisant référence dans leurs attaques contre la bourgeoisie: « Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau et les veaux pris à l’étable. Ils braillent au son de la harpe… » (Amos 6, 4-5)

– Ainsi s’achève notre visite au cours de laquelle vous avez pu vous familiariser avec nos instruments de musique. Vous aurez sans doute compris que tous sont fabriqués et utilisés dans le même esprit: rendre grâce au Seigneur, chanter sa louange.»

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