Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 40 (39 ) À qui cherche Dieu : joie et bonheur, malgré les malheurs

Imprimer Par Christian Eeckhout

1-
Du maître de chant. De David. Psaume.

2-
J’espérais Yahvé d’un grand espoir,
il s’est penché vers moi,
il écouta mon cri.

3-
Il me tira du gouffre tumultueux,
de la vase du bourbier;
il dressa mes pieds sur le roc,
affermissant mes pas.

4-
En ma bouche il mit un chant nouveau,
louange à notre Dieu;
beaucoup verront et craindront,
ils auront foi en Yahvé.

5-
Heureux est l’homme, celui-là
qui met en Yahvé sa foi,
ne tourne pas du côté des rebelles
égarés dans le mensonge!

6-
Que de choses tu as faites, toi,
Yahvé mon Dieu,
tes merveilles, tes projets pour nous :
rien ne se mesure à toi!
Je veux le publier, le redire :
il en est trop pour les dénombrer.

7-
Tu ne voulais sacrifice ni oblation,
tu m’as ouvert l’oreille,
tu n’exigeais holocauste ni victime,

8-
alors j’ai dit : Voici, je viens.
Au rouleau du livre il m’est prescrit

9-
de faire tes volontés;
mon Dieu, j’ai voulu ta loi
au profond de mes entrailles.

10-
J’ai annoncé la justice de Yahvé
dans la grande assemblée;
vois, je ne ferme pas mes lèvres,
toi, tu le sais.

11-
Je n’ai pas celé ta justice au profond de mon cœur,
j’ai dit ta fidélité, ton salut,
je n’ai pas caché ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

12-
Toi, Yahvé, tu ne fermes pas
pour moi tes tendresses!
ton amour et ta vérité
sans cesse me garderont.

13-
Car les malheurs m’assiègent,
à ne pouvoir les dénombrer;
mes torts retombent sur moi,
je n’y peux plus voir;
ils foisonnent plus que les cheveux de ma tête
et le cœur me manque.

14-
Daigne, Yahvé, me secourir!
Yahvé, vite à mon aide!

15-
Honte et déshonneur sur tous ceux-là
qui cherchent mon âme pour la perdre!
Arrière! honnis soient-ils,
ceux que flatte mon malheur!

16-
qu’ils soient stupéfiés de honte,
ceux qui me disent : Ha! ha!

17-
Joie en toi et réjouissance
à tous ceux qui te cherchent!
qu’ils redisent toujours : « Dieu est grand! »
ceux qui aiment ton salut!

18-
Et moi, pauvre et malheureux,
le Seigneur pense à moi.
Toi, mon secours et sauveur,
mon Dieu, ne tarde pas.

[© Cerf 1997]:

L’esprit de cette prière modèle :

Voici un chant tout approprié pour une année nouvelle ! C’est le chant de louange qui retentit dans l’assemblée des croyants, après avoir pris conscience d’un drame dans la vie humaine.

Celui dont la prière a été exaucée par Dieu s’engage désormais à communiquer et à enseigner la voie du salut.

Comme dans un film qui commence par un « flash-back » et montre la finale de l’histoire, on part ici du dénouement effectif du drame (v. 2b-3), pour inviter largement à la confiance (v. 2a, 18), entendre le remerciement au libérateur (v. 4-11) et le sentiment de sérénité personnelle (v. 12) de celui qui a vécu la lamentation (v. 13, 18a) et la supplication (v. 14-18).

S’il fallait la réécrire avec des mots simples pour aujourd’hui, ce serait de cette manière :

« De la tête aux pieds, Dieu s’est mouillé pour que je survive, c’est extra !
Je souhaite qu’à votre tour vous osiez mettre votre confiance totale en Dieu !
Oui, bon Dieu, comme tu as pensé à nous et fait tes merveilles innombrables !
Je viens à toi avec plaisir car tu n’as pas posé tes conditions.
Je communique autour de moi la bonne nouvelle de ta justice, ta fidélité, ta loyauté
et ton intervention salutaire. J’aime ta Loi ; toi, tu m’aimeras toujours !
Et cela bien qu’encerclé de malheurs et aveuglé par mes fautes nombreuses.
Dieu, viens m’aider.
Que ceux qui cherchent à me tuer aient honte, que mes tyrans reculent ;
et que tes mages se réjouissent, que tes fans t’exaltent.
Oui, toi qui penses à moi, humilié, Dieu ne tarde pas, toi mon sauveur ! »

La structure du Psaume

Le plus simple est de constater qu’après le titre (v.1), le psaume se structure en trois parties bien construites du point de vue de la composition interne pour exprimer publiquement l’expérience d’un salut individuel : les vv. 2-3, puis 4-13 et 14-18.

vv. 2-3 : Un mouvement salvifique de la part de Dieu (v. 2 : kénose) précède le mouvement du priant dont les pas s’affermissent grâce à Dieu (v. 3 : l’apothéose). L’espérance du salut et l’accueil divin de la supplication du salut (v.2) sont suivis de l’intervention divine de salut (v.3). Du point de vue thématique, ce début narratif fait corps avec la partie centrale.

vv. 4-13 : Un dyptique (vv. 4-9 et 10-13) chiastique aussi bien que régulier. Chacun des groupes de versets (4-6, 7-9, 10-12, 13) représente une admirable structure. Le Psalmiste choisit de chanter la confiance en Dieu et ses merveilles accomplies (4-6), ce qui l’incite à l’action en conformité à la volonté divine trouvée dans la Loi écrite (7-9). Le Psalmiste veut finalement faire plaisir à Dieu. Et sa proclamation courageuse des qualités divines l’amène à oser s’appuyer sur l’amour divin (10-12), malgré sa lamentation sur les innombrables maux et défaillances (v.13).

vv. 14-18 : Un petit dyptique (vv.15-16 et 17) soudé par le verbe « chercher » est entouré d’une inclusion qui est un modèle de prière de demande de celui qui est en attente de libération (v.14 et 18). Au souhait de malheur à l’encontre des ennemis (vv.15-16), fait suite un souhait de bonheur pour les fidèles (v.17).

Remarquables insistances du Psalmiste

En sachant qu’il y a trois collections de Psaumes attribués au roi David (3-41 ; 51-72 ; 138-145) caractérisées par la mention du tétragramme YHWH pour dire Dieu, on remarque facilement que des éléments se correspondent. Ainsi la double béatitude de la finale de la première des trois collections (Ps 40,5 et 41,2). D’un point de vue rédactionnel, la finale de supplication de ce Psaume 40 (vv.14-18) peut avoir été reprise à la séquence du cri de détresse apparaissant dans les Ps 70,2-6 et 145,2-6. Il se pourrait aussi bien que le Ps 70 (69) soit un doublet de la finale du Ps 40 (39).

Application christologique

Le Ps 40 laisse découvrir que le croyant peut venir accomplir ce qui est écrit dans le rouleau sacré. Relu dans la perspective du monde à sauver, il signifie la venue de la Parole éternelle de Dieu dans sa création. La Parole faite chair parvient à son aboutissement en s’accomplissant dans l’histoire.

Le Psaume convient dès lors fort bien à l’occasion de la célébration de l’Annonciation du Seigneur, le 25 mars, vu que les vv. 7 à 9 disent le sens de cette venue volontaire de notre sauveur et l’accueil de Marie. Jésus, dès son incarnation, a mis en pratique les paroles du Psalmiste annonçant qu’il venait accomplir la volonté divine (cf. Jn 4,34 ; 8,29), ce qui constitue l’unique sacrifice parfait. Il établit ainsi le culte nouveau et définitif, comme le notent les versets du livret aux Hébreux dans la Tradition de la Septante (He 10,5-10) : « en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocauste ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : Voici je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. Il commence par dire : Sacrifices, oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les a pas voulus ni agrées – et cependant ils sont offerts d’après la Loi –, alors il déclare : voici, je viens pour faire ta volonté. Il abroge le premier régime pour fonder le second. Et c’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifies par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. » Comment dès lors, ne pas prier avec le Psalmiste et vivre dans l’action de grâce ? Avec une pratique de vie qui engage le cœur. En se rappelant que le bonheur dans le Psaume 40 est celui de placer sa confiance en Dieu et de mettre la parole en pratique sans oublier le pauvre et la justice.

Dans la prière des fidèles

Cette prière du Psaume 40 est assez fréquemment chantée par les chrétiens : ainsi chaque deuxième lundi du mois à l’office du milieu du jour, elle est récitée (hormis l’imprécation des vv.15-16). Les deux premières parties (jusqu’au verset 10 ou 11) sont récitées lors des célébrations de la messe : elles sont proposées deux fois au deuxième Dimanche de l’année (A et B) et puis le 20e Dimanche de l’année C. Lors des années impaires, comme en 2009, ce Psaume est inscrit pour le jeudi de la deuxième semaine et le mardi de la 3e semaine et encore le jeudi de la 20e et le lundi de la 29e semaine du temps ordinaire. Il est en outre proposé le mercredi de la première semaine lors des années paires. De plus, il est utilisé pour fêter quatre saints évêques, dont deux au cours du mois de janvier : saint Remi, le 15 et saint Fabien, pape et martyr, le 20. Puis le 22 juin pour la fête de saint Paulin de Nole et le 13 septembre à l’occasion de la fête de saint Jean Chrysostome, docteur de l’Église.

Avec saint Paul et saint Jérôme

L’apôtre Paul a bien vu la relation entre la faute et le salut, entre le péché et la grâce, présente dans les vv. 2-3 et 12-13 de notre Psaume. Il pense au nouvel Adam avant de rappeler aux chrétiens de Rome (Rm 5,20) de vivre leur baptême : « Un régime de loi est intervenu pour que se multipliât la faute ; mais où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. »

Saint Jérôme, qui traduisit le Premier Testament en latin, a également interprété le v.3 du Psaume en référence au sacrement du baptême, point de départ de la vie chrétienne dans une disponibilité spirituelle constante.

Ce qui nous rappelle le chant moderne, entonné à l’entrée des célébrations de jeunes : « Quittez vos basses eaux, (…) venez sur la montagne » (A 166). Tout un programme pour l’an neuf ! Sera-t-il contagieux pour vous ?

fr. Christian Eeckhout, o.p.
École biblique de Jérusalem

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