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Homélie sur saint Paul (suite 5 et fin)

Imprimer Par Jean Chrysostome

Des tourments et des larmes

5. Dois-je rappeler les périls qu’il affronta, et tout le reste de ses tribulations ? Car les sujets de découragement ne lui manquaient pas. Ne dit-il pas : « Qui est faible sans que je sois faible ? Qui vient à trébucher sans qu’un feu me brûle ? » (2 Co 11, 29) On pourra toujours dire, à part cela, que le désespoir même s’accompagne d’une certaine douceur. Beaucoup de parents qui ont perdu leur enfant, du moment qu’on les laisse s’abandonner à leurs lamentations, n’y trouvent-ils pas un apaisement, et si on les en empêche, ne continuent-ils pas de souffrir ? Paul, lui aussi, pleurant le jour, pleurant la nuit, trouvait dans ces larmes un apaisement. Et c’est vrai qu’il pleurait, car personne ne s’est jamais à ce point lamenté sur son sort comme Paul sur celui des autres ! Quels sentiments, dites-moi, pouvaient être les siens, quand, à la vue des Juifs qui se perdaient, et pour les voir sauvés, il ne souhaitait qu’une chose, être exclu de la gloire céleste (Rm 9, 3) ? Visiblement, ce qui le tourmentait bien plus, c’était que les Juifs ne fussent pas sauvés ; sinon il n’aurait pas exprimé ce souhait. Il fit là le choix qui le soulageait le plus et lui donnait davantage d’apaisement. Et notez qu’il ne s’agissait pas simplement d’un vœu, puisqu’il s’écrie : « J’éprouve de la tristesse et de la douleur en mon cœur. » (Rm 9, 2) Cet homme, donc, qui chaque jour de sa vie souffrait, si j’ose dire, pour tous les habitants de la terre, et pour tous les peuples, sans distinction, pour toutes les cités, et pour chaque homme en particulier, à quoi pourrait-on le comparer ?

Une trempe extraordinaire

6. A quelle sorte de fer ? A quelle sorte de diamant ? Par quels mots caractériser une personnalité de cette trempe ? Direz-vous que c’était du fer ? Du diamant ? Car elle était plus résistante que toute espèce de diamant, et plus précieuse que l’or, plus précieuse que les pierres précieuses. Car elle surpassait la robustesse de l’un et la valeur des autres. Alors, à quoi la comparer ? A aucune des matières qui existent. Mais supposez que l’or devienne du diamant et le diamant de l’or, on arriverait, d’une certaine manière, à y voir l’image cherchée. Cependant qu’ai-je à faire d’une comparaison avec l’or et le diamant ? Mettez en face de Paul le monde en son entier et vous verrez alors que sa personnalité fera pencher la balance de son côté.

Car ce qu’il affirme lui-même des hommes qui ont resplendi sous leur peau de mouton, retirés dans leurs grottes, tenus pour rien en ce monde, nous pouvons nous aussi le reprendre à son propos, et à plus juste titre encore : à lui seul, il valait toute la création (He 11, 38). Si donc le monde ne le vaut pas, qui donc le vaudra ? Le ciel peut-être ? Mais le ciel lui-même est peu de chose. En effet, s’il a donné plus de prix à l’amour du Seigneur qu’à la condition céleste et à tout ce qui est dans les cieux, combien le Seigneur, dont la bonté déborde celle de Paul, autant qu’elle est supérieure au mal, l’estimera à un prix plus haut que tous les cieux imaginables ? Car le Seigneur ne nous aime pas selon la même mesure que nous l’aimons, mais selon une mesure tellement supérieure que le langage même ne saurait nous en donner l’image.

Voyez, en tout cas, de quelles faveurs le Seigneur l’a jugé digne, avant même la résurrection future. Il l’a ravi en paradis. Il l’a entraîné au troisième ciel, il lui a donné d’être associé à des secrets sur lesquels nulle créature humaine n’a le droit de dire un mot.

L’émule des anges

7. Faveurs amplement justifiées : car Paul allait et venait en ce monde, mais il y accomplissait tout comme s’il évoluait au milieu des anges ! Il avait beau être lié à un corps périssable, on reconnaissait en lui leur nature sans mélange, il avait beau être assujetti à toutes les contraintes qui pèsent sur nous, il ambitionnait de ne pas se montrer inférieur aux puissances célestes. Il parcourait le monde en tous sens comme s’il avait été doté de leurs ailes, il méprisait les fatigues et les périls comme s’il n’avait pas de corps, il regardait de haut les réalités de cette terre comme s’il jouissait déjà de la vie au ciel, il restait continuellement en éveil comme s’il habitait au milieu même des puissances incorporelles.

Et pourtant, s’il est vrai que souvent telles et telles nations ont été confiées aux soins des anges (Dt 32, 8 et Da 10, 13), pas un ne fut l’intendant de la nation remise à sa garde comme Paul le fut de toute la terre. Et qu’on ne vienne pas me dire que Paul n’était pas le véritable intendant : je l’avoue moi aussi. Mais même si ce n’est pas lui en personne qui menait les choses à bien, de toute façon il est loin d’être exclu de nos louanges, puisqu’il s’était rendu digne de la grâce considérable qui lui était faite. Michel se vit confier le peuple juif (Da 12, 1) ; Paul, lui, la terre et la mer, les régions habitées et les contrées désertes. Oh ! Loin de moi l’intention de faire injure aux anges en disant cela ! Je voudrais plutôt montrer qu’il est possible, tout homme que l’on est, de s’associer aux anges et de se tenir à leurs côtés. Mais pourquoi donc, direz-vous, cette mission universelle ne leur fut-elle pas confiée ? Pour vous priver de tout moyen d’excuser votre indolence, pour ôter à votre somnolence le moyen de s’abriter derrière la différence de nature avec les anges. Sans compter que ses titres à notre admiration n’en devenaient que plus grands. N’est-il pas admirable, n’est-il pas prodigieux de voir une parole jaillie d’une bouche pétrie de fange mettre en fuite la mort (Ac 20, 7-12), effacer les péchés, redresser notre nature mutilée (Ac 14, 8-10) et faire de la terre le ciel ?’

Quand suis-je saisi devant la puissance de Dieu, quand suis-je en admiration devant Paul ? C’est en constatant quelle immense grâce il a reçue, et jusqu’à quel point il s’est disposé à l’accueillir.
Admiration pour lui, émulation avec lui

8. Ce n’est pas de l’admirer seulement, que je vous presse, c’est de l’imiter, aussi, lui le modèle par excellence d’une vie parfaite. C’est bien là le moyen qui nous permettra de partager les mêmes couronnes que lui. Et si vous vous étonnez à l’idée qu’en réunissant les mêmes mérites que lui vous obtiendrez les mêmes récompenses, écoutez-le, il vous le dit lui-même : « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ; maintenant la couronne de justice est là, réservée par le Seigneur qui me la donnera, lui le juste juge en ce jour-là, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui ont été tendus dans l’amour vers sa manifestation. (2 Tm 4, 7-8)

Vous voyez comment il exhorte tous les hommes à partager les mêmes récompenses. Si donc elles sont également proposées à tous, sans distinction, brûlons, tous, de mériter les biens qui nous sont promis. Et ne regardons pas seulement la grandeur et le poids de ses mérites, regardons aussi la vigueur, l’énergie qui ont attiré sur lui une telle grâce, et n’oublions pas notre nature commune avec lui, car il l’a partagée en tout avec nous sans rien en excepter. Alors acquérir ces mérites, ce qui est tout à fait difficile, nous paraîtra chose aisée, facile, et après nous être donné du mal durant un temps si court, en ce monde, c’est avec cette couronne incorruptible et immortelle, que nous vivrons là-bas, à jamais, par la grâce et la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles. Amen.

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