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Grandeurs et misères de la maladie

Imprimer Par Denis Gagnon

Le mois de novembre est arrivé. «Déjà!», direz-vous. Eh oui, il est arrivé, ce mois que nous accolons à la tristesse. La tradition l’appelle le «mois des morts»! Un mois pour aller faire un tour au cimetière, renouer avec nos disparus. Le temps se fait plus maussade, plus grincheux. Les journées raccourcissent. Il faut sortir les vêtements d’hiver, prévoir le chauffage. Le concert des rhumes de cerveau et des maux de gorge va donner sa prestation de toux et d’éternuements. Petites maladies saisonnières qui nous ennuient.

Petites maladies, cependant, qui ne se contentent pas de nous agacer. Elles trouvent le moyen parfois de nous rappeler que nous ne sommes pas invulnérables. La maladie peut toucher même les plus robustes d’entre nous.

Personne n’aime être malade à moins d’être masochiste. Quand la maladie s’insinue dans notre corps, c’est toute la vie qui s’en ressent: les habitudes quotidiennes, le travail, les relations humaines, les multiples engagements que nous prenons. Il y a là comme une cassure dans le rythme de nos jours. Contagieuse ou non, la maladie nous met à l’écart, en quarantaine de nos proches retenus par leurs propres engagements. Nous avons l’impression d’être devenus inutiles puisque nous ne pouvons plus produire, réaliser, participer à la chose sociale. Certains ont même l’impression d’être moins aimables, d’être moins aimés. Bref, d’être devenus un fardeau, des êtres de trop.

Le milliardaire qui pouvait tout s’offrir se retrouve confiné à son lit. La voiture luxueuse reste au garage. D’autres s’occupent de ses transactions bancaires. Les secrétaires annulent les rendez-vous. Que va donc devenir la fortune si son propriétaire ne peut plus surveiller son développement? La maladie se montre plus forte que la richesse. Elle garde sa victime entre les quatre murs de sa chambre et souvent l’attache à son lit.

La maladie dépouille. Elle appauvrit. Elle met à nu. Certains vivront cet appauvrissement avec angoisse. La cruelle impression de tout perdre. D’autres y verront l’occasion d’accéder à une nouvelle liberté. Alors que la richesse rend indépendant, la pauvreté qu’amène la maladie dégage le coeur. Elle le libère de ce qui est secondaire, moins important. Elle ramène à l’essentiel, à l’unique nécessaire.

La maladie réveille l’insécurité. Que va-t-il se passer? La douleur va-t-elle s’intensifier? Va-t-on trouver le remède à mon mal? Vais-je retrouver toute mon énergie? Ma motricité va-t-elle en être diminuée? Vais-je devenir handicapé? Et puis, angoisse des angoisses, la mort est-elle en train de me faire signe? L’insécurité peut nous paralyser davantage que la maladie elle-même? La perspective de perdre une part importante de moi-même peut générer de l’anxiété. Elle peut m’amener à des prudences excessives, à des précautions scrupuleuses. Je n’ose plus. Finie l’intrépidité, les audaces, les risques calculés. La peur de la mort transforme l’existence en mort prématurée. Dis-moi comment tu vois ta mort et je te dirai comment tu abordes ta vie. La crainte de mourir fait mourir avant le temps. Elle peut installer l’angoissé dans une sorte de léthargie. Comment alors faire en sorte que la maladie puisse faire naître la sérénité? Quel regard porter sur ma mort me permettra de vivre les années qui viennent dans la paix et la confiance?

Enfin un dernier trait de la maladie: elle diminue notre indépendance. Nous devons faire appel à l’aide des autres. Nous sommes à la merci de leur plus ou moins grande générosité. Nous perdons une part de notre intimité, parfois une part de notre dignité. D’autres s’insinuent dans nos secrets. La nudité physique devant les autres bouleverse notre pudeur. Mais, davantage, nos sentiments profonds sont exposés au jugement des autres. Nous pouvons plus difficilement nous cacher, protéger notre mystère. La maladie nous humilie. Nous nous trouvons alors devant deux solutions: ou nous résigner et subir notre sort, ou retrouver quelque chose de la simplicité des enfants, une sorte de bonhomie qui nous fait envisager la présence des autres dans la transparence, sans se laisser intimider par le jugement d’autrui.

Que nous ayons une simple migraine ou que nous souffrions d’un mal incurable, la maladie nous rejoint dans l’essentiel. Le regard que nous portons sur elle est tout aussi important que la maladie elle-même. Le sens que nous donnons à ce qui arrive a autant d’impact sinon davantage que le mal qui nous atteint dans notre corps. C’est donc à nous, et à nous seul, de tourner notre regard du côté du soleil plutôt que de nous laisser envahir par les nuages.

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