Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Ascension. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Un Esprit de communication

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. » Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Commentaire :

Le livre des Actes des Apôtres fait suite à l’Évangile selon Luc; il est le deuxième tome d’un même ouvrage. Nous avons ici le commencement de ce livre. Il commence par un départ.

Jésus s’en va : ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Les apôtres ne pourront plus voir Jésus comme avant, de la même manière. L’ascension suit de prés la résurrection et les manifestations du ressuscité, pour dire l’unité du mystère de la présence du Christ. Il quitte ses disciples. Il ne sera plus là comme avant. Il s’en va non comme une fusée qui décolle vers le ciel, ou dans une sorte d’ascenseur céleste, mais plutôt il entre tout à fait dans le partage de la vie divine, emporté au ciel.

Jésus ne s’en va pas au loin, mais il entre au plus près de Dieu. Il ne se déplace pas dans un autre lieu, il change de mode de présence. Il sera présent maintenant autrement, par son Esprit qui sera envoyé, comme il le promet : Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit.

Jésus s’en va sans bagages car il les laisse à ses disciples. Il leur laisse une parole de vie qui contient tout ce qu’il faut pour continuer sur leur route ou plutôt pour commencer quelque chose. C’est ici une scène de départ mais au sens du commencement d’une nouvelle expérience, d’une mission universelle à son point de départ : Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. C’est la un bon départ et il y a de quoi s’occuper pendant quelques millénaires. Et comme le disent les messagers aux disciples qui restent là à fixer le ciel : Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Il y a de l’ouvrage qui vous attend, sur la terre, jusqu’en ses extrémités. Cette rencontre unique renvoie les disciples dans leurs propres lieux, raffermis et réjouis.

Nous ressentons parfois douloureusement la séparation. Comme si le Jésus le Messie était parti pour de bon dans son ciel lointain, nous abandonnant à nos petites misères et nos mornes méfiances. Nous regardons vers le ciel cherchant des signes d’une présence au loin, alors que celle-ci est au plus près de nos vies et nous accompagne sur la route. Les bagages sont toujours là et attendent que nous les prenions, les ouvrions et nous en revêtions.

Le récit de l’ascension nous parle de notre expérience de croyants, confrontés à une absence mais appelés à témoigner. Nous venons directement dans la suite de ce récit, disciples actuels continuant de fouiller les Écritures, de vivre et de proclamer le mystère pascal, soutenus par l’Esprit toujours communiqué. Notre propre point de départ est là, dans les gestes de la foi et de la joie, dans les actes apostoliques qui suivent l’Évangile, témoignant d’une conversion qui transforme l’existence et la relance vers l’avenir.

Ce récit de l’ascension nous invite à recevoir une mission qui nous déborde mais nous soulève. Il instaure une relation nouvelle, qui nous unit à la fois au Dieu vivant et à tous les vivants, dans la communauté des disciples. La rencontre se termine non par une rupture du lien mais par une transformation de celui-ci. Le départ de Jésus est condition de sa présence universelle, hier et aujourd’hui. Jésus ressuscité nous envoie dans la confiance de la foi et l’attente de l’espérance, qui nous rapprochent les uns des autres. Un point de départ qui nous emporte sur terre.

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