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Un combat trop inégal?

Imprimer Par Jacques Marcotte

Nous avions ce soir-là, à Québec, une soirée d’information sur la crise tibétaine. L’activité était organisée par des moines bouddhistes tibétains exilés à Québec depuis plus de 15 ans. Il n’est pas de jours où une nouvelle alarmante ne nous parvienne à propos du Tibet. Nouvelles de misères, de répression, de désinformation orchestrée. Plus de 125 personnes étaient au rendez-vous de la compassion, ce 27 mars, pour essayer de comprendre ce qui arrive à ce peuple maltraité depuis tant d’années. Nous avons écouté le témoignage d’une jeune tibétaine. Nous avons voulu identifier un peu mieux le problème. Nous avons ensemble débattu des questions qui se posent à nos consciences d’humanistes occidentaux.

Rien de neuf, à vrai dire, qui s’ajouterait comme nouvel élément dans la longue saga des affrontements entre la Chine et le Tibet. Les agressions répétées durent depuis 1959. On n’en finirait plus de dire les horreurs d’une répression constante. Il est attristant, voire révoltant, d’entendre raconter l’innommable, l’irréparable, l’insoutenable d’un quasi génocide.

Comment faut-il réagir ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire et qui soit efficace dans les circonstances ? Faut-il boycotter les Jeux Olympiques qui doivent avoir lieu dans quelques mois à Beijing ? Faut-il faire la guerre à la Chine ? Détester les chinois ? Boycotter leurs produits ? Comment contraindre le géant à faire marche arrière, à ne pas abuser de sa force, à assouplir ses méthodes, à faire place aux droits humains dans ses pratiques à l’endroit de ses voisins, de ses composantes minoritaires ?

Plusieurs y allaient ce soir-là de leur analyse, de leurs suggestions, de leur approche personnelle du problème. Ce qui m’a redonné espoir à la fin de la soirée c’est notre réflexion sur la puissance du politique dans toute cette affaire. Quand nous avons plus ou moins convenu qu’il s’agit pour nous d’être solidaires à la fois du peuple de Chine et du peuple tibétain. Les gouvernants de la Chine ne pourront pas garder longtemps la ligne dure et intransigeante si nous faisons front commun de protestation contre eux partout dans le monde. À moins qu’ils ne soient supportés par le peuple chinois, les gouvernants ne pourront pas tenir. Or le peuple de Chine souffre. Il n’est pas libre. Il est exploité par des dirigeants accrochés à leurs postes, à leurs pouvoirs, à leurs privilèges. Il ne s’agit pas pour nous de partir en guerre contre la Chine ni de haïr tous les chinois. Il ne s’agit pas non plus de prêcher la résignation aux Tibétains, ni non plus la révolte totale. L’avenir est dans un changement social profond, un changement des mentalités jusque dans l’âme des dirigeants. Il faut en arriver au dialogue à tout prix.

Le peuple tibétain dispose, quant à lui, d’une ressource extraordinaire pour produire ce changement. Sa pensée. Sa sagesse. Son sens de la paix et de l’harmonie. N’a-il pas cette capacité d’intériorité et cette attitude de non-violence que le bouddhisme lui a fait découvrir depuis longtemps ? Il a en main, dans le cœur et dans l’âme, l’arme la plus puissante, la capacité la plus efficace pour tenir, pour être libre, pour aimer même ses ennemis et changer enfin le cours de la présente situation dans le sens de la réconciliation et d’une réelle guérison.

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