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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Quand réalité et fiction s’entrechoquent : LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON et EXPIATION

Imprimer Par Gilles Leblanc

Ces derniers temps, la création littéraire intéresse le cinéma. Que ce soit dans ROMAN DE GARE ou dans PLUS ÉTRANGE QUE FICTION. Ces films dissimulent une histoire dans l’histoire. Mais deux productions sont vraiment au sommet de la pile : l’émouvant LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON, ainsi que le somptueux EXPIATION, tous deux bien en évidence aux Oscars et aux Golden Globes.

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

Dans l’adaptation du récit autobiographique de Jean-Dominique Bauby, le réalisateur et peintre Julian Schnabel présente ici une œuvre belle, intelligente et inspirante sur le courage et l’apprivoisement de la mort.

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En 1995, Bauby, rédacteur en chef du magazine ELLE, subit un accident cardiovasculaire qui le rend paralysé de la tête aux pieds. Le «locked-in syndrome» dont il est atteint lui laisse ses facultés auditives et l’usage de son oeil gauche. «Jean-Do» parvient à se faire comprendre par les clignements de sa paupière encore capable de mouvement. À l’hôpital maritime de Berck, dans la région du Pas-de-Calais, une orthophoniste bienveillante imagine un système alphabétique adapté pour lui permettre de composer ses phrases. C’est ainsi que le malade, dont l’imagination et la mémoire sont demeurées intactes, entreprend l’écriture d’un livre sur son expérience, avec l’assistance de la dévouée Claude, envoyée à son chevet par son éditrice.

Avec une mise en scène experte, souvent inventive, Schnabel trouve des illustrations fortes des énoncés à la première personne du regretté Bauby, décédé quelques jours après la parution de son bouquin. Le cinéaste utilise avec une rare ingéniosité la caméra subjective afin de faire pénétrer le spectateur dans la tête du protagoniste. Entouré d’un personnel médical d’une remarquable empathie, le malade vit à travers son épreuve une véritable renaissance et un salutaire examen de conscience, notamment sur sa relation avec sa femme, qu’il avait quittée pour une autre, et ses enfants. Solidement appuyé par une distribution relevée et cosmopolite, Mathieu Amalric, dans le personnage du paralysé, est fascinant de bravoure, de tendresse et d’humour. Pour leur part, la québécoise Marie-Josée Croze, qui incarne l’ingénieuse orthophoniste, et le vénérable Max von Sydow, dans le rôle du paternel de Jean-Dominique, offrent des prestations touchantes et bien senties.

EXPIATION

Pour son second long métrage, le Britannique Joe Wright prouve qu’il est un brillant metteur en scène, en extrayant la moelle du best seller d’Ian McEwan. Il en résulte une œuvre stupéfiante, portée par un souffle épique et une formidable virtuosité narrative.

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Le récit s’amorce en Angleterre au milieu des années 30. Depuis la fenêtre de sa chambre, Briony, écrivaine en herbe de 13 ans, voit sa sœur aînée Cécilia plonger dans la fontaine du jardin de leur château puis en sortir, presque nue, sous les yeux du fils de la gouvernante, Robbie. L’incident, anodin, est le premier d’une série qui, en cette journée de canicule, induira l’adolescente en erreur au sujet du jeune amoureux de sa sœur et la poussera à affirmer que celui-ci est l’auteur du viol de sa cousine. Son mensonge, auquel elle croit fermement, envoie Robbie en prison, puis au front, lorsque quatre ans plus tard, la Deuxième Guerre mondiale éclate. Solidaire de celui qu’elle a choisi d’attendre, Cecilia rompt avec sa famille. Rongée par le doute, Briony, devenue infirmière de guerre à Londres, tente de renouer le contact.

Dans son scénario, Christopher Hampton (LES LIAISONS DANGEREUSES et CARRINGTON) manie l’ellipse, le chevauchement d’actions, les mises en abyme et les mouvements spatio-temporels avec une dextérité à toute épreuve. En vérité, la forme du récit épouse la psychologie de la jeune Briony, admirablement campée par Saoirse Ronan (jeune) puis par Romola Garai (adulte), dans l’esprit de qui réalité et fiction s’entrechoquent. La mise en scène ample et savante, aux effets théâtraux calculés, véhicule un nombre impressionnant de données psychologiques et élève l’ensemble à la hauteur des grandes sagas de David Lean (DOCTEUR JIVAGO et LA ROUTE DES INDES). La distribution impeccable est dominée par James McAvoy, éblouissant en amoureux sacrifié. Enfin, une séquence inoubliable : le travelling de six minutes où l’on suit Robbie sur la plage de Dunkerque durant l’invasion britannique en 1940.

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