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Le patchwork conjugal

Imprimer Par Caroline Pinet

J’étais invitée chez eux il y a peu. C’est dans leur salon, sur les étagères de leur bibliothèque que j’ai compris à quel point ils avaient réussis à bien se marier! Appelons-les Paul et Marie. Celle-ci a fait les beaux-arts et lui l’école d’ingénierie. Se mêlent sur les tablettes des sculptures de Marie à côté des livres très techniques d’ingénierie de Paul.

En balayant la pièce du regard, on aperçoit les toiles de Marie côtoyant les travaux de rénovations de son mari. Un même ensemble cependant, un décor très simple, très sobre, là n’est pas leur trésor. Et, dans un coin de la pièce, un joli coin avec des icônes.

Parmi nos amis, Paul et Marie sont sans doute le couple le plus contrasté. Lui, une véritable force de la nature, sportif, en action, plein d’initiative. Elle, plus délicate de stature, est très contemplative, plus retenue, et répond d’abord par le doute devant les nouvelles situations. Elle se destinait à la vie religieuse quand elle a rencontré Paul. Elle est allée en discernement, et au prêtre qui l’aidait à voir clair, elle lui fit part de sa peur de s’ennuyer dans le mariage. Le prêtre, connaissant les deux protagonistes, ne put s’empêcher de rire : « Avec Paul? Non, jamais tu ne t’ennuieras! » Et les soirs où Marie est fatiguée par le rythme familial trépidant de leur vie avec trois jeunes enfants, c’est encore la phrase qui les font s’esclaffer!

À la base, une foi commune, un amour partagé de la nature et un désir de fonder un foyer. La nature, lui l’arpente en ski, en kayak, en bottillons de randonnée. Elle s’y recueille, la peint, la modèle. Elle a apporté à Paul ce regard plein de Dieu. Il lui a apporté le pas, l’action, le mouvement. Il l’amène en avant, elle lui évite de se brûler. Ensemble, ils ont trouvé leur cadence idéale.

Leur mariage ressemble à ces patchworks où chaque carré d’étoffe est cousu à côté des autres qui contrastent. Et ce sont ces contrastes savamment agencés qui permettent de créer l’œuvre d’art. Sur tout le pourtour et à l’arrière cependant, un même tissu qui unit. Dans leur cas, il s’agit de Dieu, la famille, la simplicité de vie, la générosité débordante.

Le mariage devrait toujours se présenter comme ces patchworks. Chaque membre du couple doit conserver sa personnalité, apporter ses forces. L’autre nous amenant à nous dépasser, à combler nos lacunes. Méfions-nous des mariages qui sont devenus un seul et même tissu, parions que l’un des deux s’est effacé devant la personnalité forte de l’autre. L’un a étouffé ce qu’il était. Le mariage est l’enrichissement de deux êtres qui s’aident à rayonner. Non seulement par l’acceptation de l’autre dans ce qu’il est véritablement, mais une place afin que son être fasse resplendir le couple. Faire du mariage une œuvre d’art harmonieuse.

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