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Un simple rhume

Imprimer Par Denis Gagnon

J’allais le corps droit tout naturellement, la tête au-dessus des microbes, à un nez et demi de l’air pur. Rien ne m’atteignait, sauf un médecin pointilleux, le genre gratteux de symptômes. Je m’étais habitué à ce type et à ses questions qui ne suscitaient que des réponses sereines. Je jouais le jeu sans appréhender le danger.

Soudain, un léger agacement au fond de la gorge. On se dérhume, puis ça passe. Puis, ça ne passe pas. Un éternuement, un deuxième, puis le nez coule. On se mouche et il coule encore. La fonte des neiges en automne, l’érablière locale fête son printemps en novembre!

Un mouchoir d’une main, le crayon de l’autre – car il m’arrive encore de recourir au crayon – , j’écris. La main, molle, n’obéit pas parfaitement. Les idées ont de la difficulté à naître, encore plus à se rendre au papier.

J’appréhende, je crains, j’avoue, je concède: j’ai le rhume. On l’appelle rhume de cerveau, mais j’ai l’impression que le cerveau se répand dans tout le corps: courbature, lourdeur, fatigue, toux, picotement des yeux…

Je venais à peine de souligner mon anniversaire de naissance. Comme les autres fois, celui-ci se résumait à m’habituer à ajouter une unité quand on me demanderait mon âge. Cette fois-ci, un rhume, un simple rhume me force à faire face à la réalité: quand les années s’additionnent, elles se soustraient. Mon vieux, tu as des limites, ta vie a une frontière. Les os de Mathusalem ne lui font plus mal. Ça t’arrivera à toi aussi.

Le rhume a fait son apparition avec l’Halloween, la Toussaint et le Jour des morts. Je priais en pensant à la mort des autres. Le rhume m’invitait «gentiment» à prier en pensant à ma propre mort. Avec quel regard devrai-je envisager cette éventualité? Aurai-je peur? L’angoisse me tordra-t-elle les boyaux? M’arrachera-t-on à la terre malgré moi? Aurai-je le temps d’atteindre une certaine sérénité? Pourrai-je dire oui?

Que j’espère pouvoir dire en toute quiétude avec le psalmiste: «Mon âme attend le Seigneur comme un veilleur attend l’aurore» (Psaume 129 (130), 6). La mort est l’étape ultime et la dernière de notre maturité humaine. C’est l’entre-deux entre la foi et la connaissance. En quelques secondes, je cesserai de dire «Je crois» pour dire «Je sais».

Mais que saurai-je? Nul ne peut dire. C’est le secret de Dieu. Je traverse la nuit. On me prie de croire au matin, d’attendre l’aurore. Pourquoi l’existence et l’être sont-ils des mystères? Pourquoi suis-je un mystère même pour moi-même? Pourquoi Dieu tient-il au secret? Pourquoi? Je marche avec mes pourquoi. Un jour, je dirai: parce que…

C’est fou ce qu’un simple rhume peut faire, même vous orienter vers l’essentiel!

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