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Au nom des autres?

Imprimer Par Denis Gagnon

Au nom des autres, peut-on pardonner? Au nom des autres, pouvons-nous recevoir le pardon? L’histoire est marquée de situations malheureuses où des humains ont blessé d’autres humains. Les uns ont manifesté de graves préjugés à l’endroit des autres. Des assassins ont tué. Des bourreaux ont torturé. Des despotes ont eu recours à l’esclavage. Des agresseurs ont persécuté. La haine a détruit des vies, des réputations. Elle a déshumanisé.

L’Église est fière de ses martyrs qui, dans les temps de persécution, ont témoigné de leur foi. Mais ces hommes et ces femmes ont été les victimes d’autres hommes et d’autres femmes. Ils ont été agressés. L’esclavage a brisé des vies entières en traitant des hommes et des femmes comme du vulgaire bétail. Les camps de concentration et les donjons ont retenus prisonniers des milliers d’innocents.

Le grand livre de l’histoire de l’humanité est rempli de ratures, de taches indélébiles. Aucune gomme à effacer ne parviendra à masquer les horreurs commises au cours des siècles. Le temps a passé. Comme des cimetières, les années ont enseveli les faits mais il reste des traces. Des pierres tombales rappellent.

L’humanité a besoin de guérir de ses méchancetés. La plupart du temps, seul le pardon peut conduire à la guérison. Mais qui doit pardonner? Et à qui adresser le pardon?

Au cours de l’histoire, les Dominicains ont participé à l’Inquisition. Les inquisiteurs ont condamné des innocents, souvent dans une intolérance violente. Des siècles plus tard, le Dominicain que je suis doit-il demander pardon? Moi qui n’ai jamais accepté qu’on détruise des vies, même des mauvaises vies, dois-je me sentir coupable de fautes commises par d’autres, même par ces autres qui sont mes frères?

Une chose est sûre. Je ne peux réécrire l’histoire. Cette sombre période de la vie d’une partie de mon Ordre demeure implacablement. Je ne puis fermer les yeux. Je dois la reconnaître. Je peux expliquer les limites des connaissances que mes frères avaient de l’être humain. Je peux expliquer leur incapacité à partager des opinions différentes des leurs ou à admettre le pluralisme religieux ou racial. Je peux comprendre que des concepts populaires au vingt-et-unième siècle ne pouvaient pas exister dans les siècles antérieurs.

Mais je ne demanderai pas pardon pour une chose dont je ne suis pas responsable. Je ne porterai pas le poids du péché des autres. Et je ne crois pas que le Maître de l’Ordre, au nom de notre institution, soit obligé de demander pardon. On ne corrige pas l’histoire. On l’assume et on vit autrement que l’inacceptable.

Comme je n’ai pas à offrir le pardon au peuple romain qui, aux premières heures du christianisme, a jeté mes soeurs et mes frères chrétiens aux lions du Colisée de Rome. Je n’ai jamais subi persécution pour ma foi et probablement que je traverserai le reste de ma vie sans inquiétude de ce côté-là. Et les frustrations antireligieuses de certains journalistes et chroniqueurs de journaux ne me blessent pas assez pour me déclarer martyr et candidat à la canonisation! Je n’ai donc pas à pardonner au nom des autres, ni à recevoir de pardon au nom des autres! Je me contenterai donc de vivre mes propres réconciliations.

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