Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

29e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Une confiance têtue

Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager: «Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m’ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu’il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

Commentaire :
Voici une parabole qui ouvre plusieurs pistes. Dès le début (v.1), son appel est clairement indiqué par Jésus : il s’agit de prier avec ténacité. Le récit (2-5) nous présente ensuite deux personnages bien campés : la veuve et le juge. On les voit, on les entend, jusqu’au fond de nous. Puis l’horizon s’élargit (v.6-8a) : Jésus, ou plutôt le Seigneur, nous invite à la confiance mais en posant comme enjeu notre image de Dieu, de son mystère, à saisir plus profondément à travers la prière elle-même. Tout cela est riche de suggestions. Mais voici que la finale (v.8b) vient nous déséquilibrer, nous dérouter; elle nous interpelle vivement et nous laisse songeurs.

Les deux personnages de la parabole sont des figures bibliques fréquentes. La veuve, par sa condition, incarne toutes les personnes pauvres et opprimées. Dans la Loi (Dt 24,17-21), chez les Prophètes (Is 1,17; Ez 22,7) et dans les Psaumes (146,9), le test de la justice, c’est le souci et le respect de la veuve, ainsi que de l’orphelin et de l’étranger. Ce qui caractérise la veuve de la parabole, c’est son insistance, sa détermination, que Jésus met en relation avec la prière. Prier implique de tenir bon, de faire confiance, de ne pas lâcher. On trouve la même attitude en d’autres paraboles : l’ami (Lc 11, 5), le fils (11,11); ou encore chez la Cananéenne (Mt 15,21-28). Cette veuve vit en contexte d’adversité et d’injustice, comme des chrétiens au temps de Luc, comme des personnes et groupes aujourd’hui qui se demandent si Dieu entend leurs souffrances et leurs supplications.

Le juge est nettement un homme antipathique. Il ne respecte pas Dieu, i.e. il n’est pas habité par cette crainte de Dieu qui, dans la Bible, est le commencement de la sagesse. C’est un homme sans scrupule, qui se fiche de tous, sans engagement religieux et sans respect des personnes. Sa motivation pour faire justice relève d’une volonté d’avoir la paix ou de la peur de perdre sa réputation. Rien de très engagé au plan éthique! Et pourtant Jésus ose faire un rapprochement entre cet affreux personnage et Dieu lui-même. Mais pour montrer, justement, que Dieu agit de façon contraire : Dieu a souci des êtres humains, particulièrement des plus vulnérables, comme cette veuve, par delà l’échec apparent de nos demandes ou ce qui nous semble son impuissance. Si un juge injuste peut faire justice, encore plus Dieu, le juste juge (Si 35,12-24; Ps 68,6), le compatissant, prendra-t-il soin des siens. Ainsi, nous sommes appelés à la fois à tenir bon, à continuer jour et nuit de prier, et à opérer des déplacements dans notre image de Dieu. Il n’est pas indifférent et lointain, ou capricieux, sinon, il ne serait pas le Dieu vivant.

Et puis vient cette finale dérangeante. Jésus, le Seigneur, devient ici le Fils de l’Homme, figure du dernier avènement. Quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? On peut se demander de quelle foi il s’agit. Déjà, il y a deux dimanches, les apôtres l’avaient demandée (Lc 17,5). Et si cette foi était justement cette ténacité dans la prière qui, à travers les épreuves, les adversités, maintient la relation à Dieu? Une confiance têtue qui ne lâche pas, qui ne coupe pas les liens, qui ose exprimer à Dieu les souffrances et colères, les porter devant lui en vérité. Une foi qui n’est pas résignation plus ou moins amère, prenant ses distances face à soi-même comme à Dieu, mais qui est capable de plaintes et de cris, comme de louange et de bénédiction, car elle est une foi vivante, celle de vivants.

Il y a de quoi nous laisser toucher par les multiples interpellations de cet évangile.

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