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Mon frère le vent

Imprimer Par Denis Gagnon

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Il fait chaud. C’est l’été et il fait chaud. Le temps est lourd d’humidité. Si tu venais folâtrer dans mon coin de pays, je serais bienheureux. Quand tu veux, tu peux déplacer mer et monde. Je n’en demande pas tant cependant. Seulement une brise, un souffle léger qui chatouille les feuilles des arbres.

Tu as le tempérament plutôt versatile, diraient certains. Je suis plus indulgent. Je préfère reconnaître que tu as une riche personnalité. Tu te fais poète et délicat comme tu n’hésites pas à grogner, à tempêter, à laisser éclater ta colère.

Je t’aime quand, bien à l’abri, j’observe tes sautes d’humeur. Tu bouscules tout et j’aime bien les réactions des arbres. Ils ne se laissent pas faire. Ils réagissent, ils se défendent. Les roseaux plient sans se rompre. Mais parfois le grand érable craque et s’écrase de tout son long. C’est triste la mort d’un érable. Mais l’événement m’apprend que les grands sont soumis à la finitude comme les maigrichons et les faibles. Une colère venteuse peut en venir à bout.

Je t’aime quand tu te déguises en brise légère. Brise d’hiver qui fouette le visage et ravive le sang. Brise d’été qui caresse et apporte la fraîcheur. Il y a une musique de la brise. Quelque chose qui s’apparente à la danse, au menuet ou aux élans de certains ballets. Ces jours-là, je devine aux arabesques des arbres que tu joues du Mozart. Les arts se marient plus souvent que nous le pensons. Musique et danse font bon ménage. Les couleurs des impressionnistes deviennent facilement chanson. Toi, tu te fais orchestre et multi-médias.

J’aime surtout de toi le mystère. Tu ressembles à Melchisédech au livre de la Genèse: tu apparais subitement, sans pré-avis. On ne sait pas d’où tu viens. On devine mal où tu vas. Tu passes simplement. Tu laisses quelques traces, imposantes ou discrètes. Puis tu disparais. J’aime ce jeu énigmatique. Tu me fais penser aux humains. Chacun, en se dévoilant, laisse entendre que ce qu’il cache est plus vaste que ce qu’il découvre.

J’aime aussi ton paradoxe. Tu es invisible. Tu dois ta visibilité à la visibilité des autres. Cet arbre qui penche me dit que tu es là. Ces cheveux de femme dans les airs me laissent entendre que tu la courtises. Cet homme qui avance le corps plié me dit que tu bombes le torse et force l’autre à la lutte. Les autres me parlent de toi.

Je comprends pourquoi la tradition chrétienne t’a choisi pour symboliser l’Esprit Saint. Tu dis beaucoup de la vie, des audaces et des candeurs, de la force et de l’abandon. Tu es toi-même et ton contraire. Tu dis tout de Dieu même si nous ne saisissons que quelques bribes de ton discours.

Vent, je t’aime. Accompagne-moi tout au long de cet été. De bonne ou de mauvaise humeur, viens! Je suis prêt à bien des tolérances quand tu es là. Comme avec un ami. Ne sois pas surpris si je suis franc avec toi. Ta transparence m’accule à la transparence.

Je viens de t’écrire une lettre un peu échevelé. Tu déteins sur moi. Je te ressemble et l’approche des vacances me donne le goût de me laisser entraîner dans ton aventure.

Ô vent, mon frère, bon été!

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