Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du Carême. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Patience

Et voici qu’environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’en allaient, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.

Commentaire :

« Pendant qu’il priait ». Une quinzaine de fois les évangiles rejoignent Jésus en sa prière. Luc en fait mention onze fois. Il demeure vraiment l’évangéliste de la prière. Cette prière entourant la Transfiguration mérite certes un temps de réflexion.
Huit jours avant, Jésus avait fait l’annonce de sa mort et de sa résurrection, puis invité aussitôt ses disciples à le suivre en portant la croix chaque jour. (9,21-27) Si l’on en croit les autres évangéliste, la nouvelle de la Passion avait sans doute été péniblement reçue, les apôtres ne l’acceptaient tout simplement pas. Dieu leur fit alors la grâce d’une vision d’avenir. Rien n’est pour rien dans les desseins divins. Mais pour avoir accès d’une certaine façon à ce futur, il importe avant tout de s’élever, de sortir de l’esclavage du quotidien. Le moment et le lieu de la prière, la montagne du Thabor, définiront l’espace de la Transfiguration. En certaine situation, aucun épisode évangélique ne peut davantage nous rétablir en confiance. Tout, le moindre détail dans ce récit tel que rapporté par Luc, mérite considération.

Désireux de remettre ses disciples en confiance, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, les plus influents de la troupe, et les emmène à la montagne. Un temps de prière sera bon pour tous : pour Jésus que l’approche de la Passion attriste au point d’en mourir (Mt.26,38), et pour les disciples profondément traumatisés par cette perspective. Il n’entre pas dans leur considération que la mort de Jésus puisse assurer sa victoire et l’établissement du Règne dont il s’est fait tant de fois le propagateur. Comme ils nous ressemblent ! Quelle place la mort, quel espace occupe-t-elle dans nos vies ? Un moment que nous souhaitons les plus bref possible, si nous ne pouvons l’éviter ? Nos contemporains tentent d’y réussir par leurs essais de défigurer la mort ou de la transfigurer pour ne pas dire l’anéantir à défaut de la vaincre.

Dépouillée, silencieuse, accueillante de la présence divine, purifiée de tout intérêt humain, simplement axée sur la confiance et l’espérance, la prière n’est rien d’autre qu’un « Amen » aux desseins divins. Dans son .éternel amour, Dieu ne s’est pas laissé vaincre par la faute de l’homme ; il a livré son Fils, non pour nous juger, mais nous sauver. (Jn. 3,18+)

La prière de Jésus au sommet du Thabor avait endormi les disciples comme l’enfant s’endort sous le regard vigilant des siens. Au sortir du sommeil, ils sont comme plongés dans la gloire. Ce qu’ils voient : l’homme, quelques jours plus tôt tellement vulnérable, présentement vêtu, au dire de autres évangélistes, de vêtements d’une blancheur de neige, le visage brillant comme le soleil. Et du ciel, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils que j’ai choisi, écoutez-le ! » La réaction ne se fait pas attendre : « Dressons ici trois tentes », propose Pierre. L’éternelle tentation de fuir la réalité, d’outrepasser la mort et de partager la gloire sans la nécessaire épreuve, l’incontournable passage, la Pâques. Le silence enroba cette incroyable révélation. Il existe dans la Révélation des non-dits incontournables, bases même de notre espérance.

L’apôtre Paul en avait traduit toute l’intensité quand il écrivait aux Romains : « J’estime que les souffrances dans le temps présent ne peuvent se comparer à la gloire que Dieu nous révélera. Le monde entier attend avec impatience le moment où Dieu révélera son Fils… L’espérance, c’est que le monde lui-même sera libéré du pouvoir destructeur et qu’il aura part à la glorieuse liberté des enfants Dieu. » (Rm. 8. 18+)
«Ce que nous espérons et ne voyons pas, nous l’attendons avec patience. » (Rm. 8.25) ;

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