Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Premier pas

Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus…/…
Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres,
et aux aveugles qu’ils verront la lumière,
apporter aux opprimés la libération,
accordée par le Seigneur
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

Commentaire :

L’introduction à l’évangile de Luc doit être considérée très sérieusement. L’œuvre de Luc en deux volumes, l’Évangile et les Actes des Apôtres, est à prendre comme un tout. C’est l’œuvre d’un historien consciencieux, qui ne laisse rien au hasard. Le livre de Actes des Apôtres constitue certes le matériau principal de sa recherche historique ; l’évangile bien que traditionnellement considéré comme précédemment écrit doit nous apparaître comme la conclusion du récit des Actes. Un historien ne relate pas seulement un événement, mais il en recherche les causes et davantage encore les conséquences probables. Dans son évangile, Luc offre une catéchèse susceptible d’assurer la continuité de l’Église. La fusion entre l’Église judéo-chrétienne et l’Église des Gentils, œuvre de Paul en Europe, ne fut pas sans difficultés : oppositions de toute nature, persécutions, revendications… Malgré l’aspect incontournable du Judaïsme, l’Église du Christ réussit à prendre corps chez les incirconcis, les peuples d’Asie mineure, de Grèce et d’Italie et former un ensemble dont Luc décrit les traits à trois reprises (Ac. 2.42+) La catéchèse sera toute orientée vers la persévérance de cette communion entre tous les membres : « qui n’avaient qu’un cœur et qu’une âme, mettaient tout en commun, se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, rompaient le pain et priaient ensemble. » Voilà ce qui devrait éclairer toutes nos proclamations de l’évangile de Luc au cours de cette année liturgique. Un historien raconte, donne « le récit des événements qui se sont accomplis parmi nous » ; mais l’auteur qui est Luc se préoccupe davantage encore d’assurer la continuité d’une « histoire sainte », celle de l’Église du Christ, par une catéchèse toute imprégnée de l’esprit des premiers chrétiens.

La suite de l’évangile, ce dimanche (4, 14-21), introduit le début du ministère public de Jésus en Galilée. C’est dans la synagogue de Nazareth, le discours programme de Jésus, sa mission telle que vue par saint Luc en fonction de l’établissement du Royaume. « Selon sa coutume », la synagogue demeurera le lieu privilégié de l’enseignement de Jésus, la première « église » des « regardants » (15.16.20.28 ; 4.38.44 ; 6 ,6 ; 13,10), lieu de contestation et lieu de conversion vers laquelle Jésus est poussé par l’Esprit. L’un des actes du culte synagogal consistait en la lecture des Écritures, d’abord la Loi, puis les Prophètes, suivie d’une explication par un des membres instruits de la communauté. Au moment de la lecture des prophètes, Jésus se lève pour faire la lecture et en faire lui-même le commentaire. Le passage du prophète Isaïe ( 61.1-3) souvent considéré comme le 5e chant du Serviteur de Yahvé (Is. 61,1-2) était destiné aux Israélites en exil, loin de leur patrie, opprimés et abattus. Le prophète leur annonce « une année de grâce du Seigneur », retour de la captivité, mais aussi bonheur promis pour les temps messianiques.

Suit le commentaire de Jésus : « Aujourd’hui, dit-il, s’accomplit …» L’année de grâce du Seigneur commence avec la prédication, « le temps favorable, le jour du salut » (Is. 49.8) Saint Paul exhortait les chrétiens de Corinthe à « ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. » ( 2 Co. 6,1-2) Jésus se présente comme le messager des promesses messianiques. Il n’affirme pas qu’il est le Messie, le témoignage de ses œuvres démontre bien ce pour quoi il est venu. On a entendu parler de ses merveilles à Capharnaüm. Ses œuvres amenaient les gens à réfléchir : « Rabbi, disait Nicodème, personne n’accomplit les signes que tu accomplis si Dieu n’est avec lui » (n.3.2) À Nazareth, tous lui rendaient témoignage : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »

Jésus vient accomplir ce qu’Isaïe avait annoncé, une constante dans l’histoire du salut. Voilà bien ce qui va dérouter quelque peu ses concitoyens. Un peu comme Hérode, ils attendaient des miracles, des « choses admirables » ; or ce sont des signes, révélations perceptibles qu la mission de Jésus comporte. Il vient bâtir un royaume et permettre aux aveugles de voir, au boiteux de le suivre, aux sourds d’entendre, aux morts de ressusciter et aux pauvres de comprendre la portée du message. « Je te rends grâce Père d’avoir révélé ces choses aux petits et aux humbles »…

Ainsi commence l’Église : l’assiduité à l’enseignement des Apôtres. Ainsi a débuté la mission de Jésus, ses premiers pas.

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