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Le psalmiste,

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Le psalmiste

Psaume 142. Ma part dans la terre des vivants!

Imprimer Par Michel Gourgues

2 Au Seigneur mon cri! J’implore.
au Seigneur mon cri! Je supplie.
3 Je déverse devant lui ma plainte,
ma détresse, je la mets devant lui,

4 Alors que le souffle me manque.
toi, tu connais mon sentier.
Sur le chemin où je vais
ils m’ont caché un piège.

5 Regarde à droite et vois,
pas un qui me connaisse.
Le refuge se dérobe à moi,
pas un qui ait soin de mon âme.

6 Je m’écrie vers toi, Seigneur,
je dis : ‘Toi, mon abri,
ma part dans la terre des vivants!’

7 Sois attentif à ma clameur,
je suis à bout de force.
Délivre-moi de ceux qui me pourchassent,
eux sont plus forts que moi!

8 Fais sortir de prison mon âme,
que je rende grâce à ton nom!
Autour de moi les justes feront cercle,
à cause du bien que tu m’as fait.

« J’implore », « je supplie », « ma plainte » . Nous voilà donc fixés dès les premiers mots : la prière qui va suivre en sera une de supplication, un cri proféré au cœur de la détresse (v. 2-3).

Et quelle est donc la cause de cette détresse? Il apparaît bien impossible de le dire exactement. C’est que, pour décrire la situation éprouvante qu’il traverse, le priant, d’un bout à l’autre, a préféré s’en tenir à des images.

Lorsqu’à la fin il supplie son Dieu de le tirer de prison (v. 8), on pourrait penser qu’il nous dévoile en clair ce qui le fait gémir. Mais, on se rend bien compte, en y regardant de près, que c’est là encore une métaphore. En réalité, précise-t-il, c’est son âme qui est prisonnière; l’emprisonnement est un sentiment intérieur qu’il éprouve. Et c’est bien en effet l’impression d’enfermement et de situation sans issue que laisse, dans les versets qui précèdent, l’évocation qu’il fait de sa difficile expérience.

L’image qu’il emploie est celle d’un chemin ou d’un sentier (v. 4) sur lequel il doit fuir, poursuivi par des gens qui lui en veulent et auprès desquels il se sent tout petit (v. 7). Il en est maintenant au point de sa course où l’épuisement le gagne : à bout de souffle (v. 4), sentant ses forces l’abandonner (v. 7), il souhaiterait pouvoir se réfugier quelque part et échapper ainsi à la poursuite de ses ennemis. Impossible : aucun abri en vue, personne qui le connaisse et qui puisse le secourir (v. 5). Seul avec son malheur, comme sur une route que l’on découvre tout à coup sans issue, de quelque côté qu’on se tourne.

L’image de la prison n’est-elle pas en effet celle qui convient le mieux pour suggérer un tel enfermement? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un univers de malheur refermé de tout côté : par derrière, des ennemis à ses trousses (v. 7); par devant, un piège dont on sait qu’il est dissimulé quelque part sur le chemin (v. 4); d’un côté du sentier comme de l’autre, nul refuge en vue; rien en particulier du côté de la droite (v. 5), celui où se tiennent d’habitude les gens qui se portent au secours des autres et qui viennent témoigner en leur faveur lors d’un procès.

À bout de force, isolé, abandonné, conscient de ne pouvoir s’en tirer tout seul, ce croyant garde pourtant confiance. Il lui reste Dieu, le seul abri envisageable, le seul auprès duquel il est sûr de pouvoir trouver refuge : «Toi mon abri, ma part dans la terre des vivants! » (v. 6). Au moment où la situation apparaît désespérée, au moment où l’adversité est sur le point de l’emporter et où se dérobent tous les appuis humains, le voilà qui survit en pensant à ce moment où, libéré de sa prison, il pourra rendre grâces à Dieu, entouré d’autres croyants qui éclateront avec lui en clameurs de reconnaissance (v. 8).

À la fin, on ne sait toujours pas à quelle situation précise renvoient toutes ces images, pas plus qu’on n’en connaît l’aboutissement. La tradition juive, selon les notations qui précèdent le début du psaume, s’est représenté que cette situation de malheur devait être celle de David fuyant pour échapper à Saül et à ses troupes (1 Samuel 22 et 24). Un chemin menant tout droit au malheur, des opposants tendant des pièges, des familiers et des proches qui abandonnent au moment le plus crucial

Pour la tradition chrétienne, l’interprétation coulait de source : « Voici que nous montons à Jérusalem, le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ». Et quand tous les appuis se sont dérobés, quand le vide complet est en train de s’opérer autour de soi, un filet de voix qui reste encore pour se tourner vers Dieu dans la confiance : « Père, s’il est possible, éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux mais ce que tu veux. »

Mais alors, si on le lit ainsi à la lumière de Jésus, tout se passe comme si ce psaume dépourvu de happy end s’arrêtait au Vendredi Saint, en ce moment où on ne peut encore qu’espérer une intervention du Dieu de l’impossible, intervention dont rien ne laisse encore pressentir le visage. Lu à lumière de Jésus, ce psaume révèle également quelque chose de sa grandeur. Alors qu’il est tant d’autres psaumes où la supplication des persécutés ne porte pas que sur leur propre délivrance mais encore sur la déconfiture de leurs persécuteurs, celui-ci ne contient pas un mot en ce sens. « Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font » : sans aller jusque là, ce psaume du moins sait se garder de toute malédiction et de toute imprécation. De ce point de vue encore, il se révèle ouvert à l’avenir.

fr. Michel Gourgues, o.p.

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