Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Propos inachevés

Imprimer Par Maxime Allard

Trouvées entre les pages d’un bréviaire abandonné, ces réflexions semblent jaillir d’une méditation sur le rapport aux biens du monde et l’expérience de la liturgie des Heures.

On ne met pas la main sur Dieu !

Près du Psaume 113 à l’Office du soir du dimanche II, il y avait ce billet : “ Main, oreille, yeux, bouche. Autant d’organes pour entrer en contact avec le monde, avec ses chatoiement savoureux. On dit bien “manger des yeux”, on met la main sur les choses pour les maîtriser. Ma vie est organisée, planifiée pour les mettre à ma portée, à ma main. Quoi de plus exaspérant que de se retrouver face à une réalité qu’on ne maîtrise pas? Prendre les choses en main: belle manière d’exprimer un rapport aux biens de la création et de la culture : le “dominez” de Genèse 1, 28 résonne encore… Et pourtant, il y a l’invitation à mettre ta foi dans le Seigneur… ”

“ Tu l’établis sur les œuvres de tes mains ”

Au haut du Psaume 8 prié à l’Office du matin du samedi IV : “ Monique et moi avions planifié une fin de semaine à la campagne, près d’un lac. Nous croyions avoir tout prévu, maîtrisé. Dieu n’a-t-il pas mis toute chose à nos pieds ? Seulement, il se met à pleuvoir, les mouches noires infestent la région ! Déception. Colère. Quel contraste avec l’attitude du psalmiste qui met des mots dans ma bouche. Il m’invite à me dire avec des mots qui ne m’appartiennent pas, à m’approcher de Dieu avec les mots qu’il prend encore et toujours pour rappeler qu’il s’approche de nous, tout près La parole ouvre la voie à des guérisons qui dépassent ma manie de contrôle. ”

“ Seigneur, garde-moi !

À l’Office du milieu du jour du vendredi IV, le Psaume 139 crie vers Dieu : “ Garde-moi, Seigneur, de la main des impies… défends-moi, contre ceux qui méditent ma chute ”. À sa suite étaient dissimulées ces phrases révélatrices : “ La tendance à cette mainmise sur la réalité se répercute dans les relations humaines. Il faudrait toujours pouvoir savoir où on en est dans nos relations, ça éviterait les surprises qui dérangent… Rester impuissant avec autrui met mal à l’aise. Vivement une technique qui redonne l’impression de contrôler !… On parle de se posséder, de se maîtriser, de mettre la main sur qui on est pour le contrôler, s’en charger. Nous voulons garder l’emprise sur nous-mêmes ! ”

“ En lui seul ton appui ! ”

Oublie les soutiens du passé, En lui seul ton appui ! C’est lui comme un feu dévorant Qui veut aujourd’hui Ce creuset pour ta foi. (Sois fort, sois fidèle, hymne pour le Carême, Prière du temps présent, p. 197-198.) Entrelacées à cette hymne, les lignes suivantes offrent une suite logique à sa méditation. “ Qu’est-ce que cela a à voir avec la liturgie ? Ne pourrait-on pas retracer cette tendance à maîtriser et à posséder dans la pratique liturgique ? Planifier des eucharisties, des célébrations de la Parole, l’environnement physique pour recréer une atmosphère, cela implique des objectifs qui orchestrent les divers moments et événements de la célébration. On s’assure de bien comprendre les lectures… Un texte qui résiste, que nous ne maîtrisons pas, quel embêtement ! Ne tient-on pas à prendre en main jusqu’à la réception du Corps du Christ à l’eucharistie ? Pour qu’on trouve intérêt à célébrer, à prendre part à une célébration, ne pense-t-on pas qu’il faille d’abord y prendre sa part ?”

“ Le temps du long désir ”

Sur une autre feuille balafrée de ratures, on déchiffre: “ La célébration de la liturgie des Heures n’est pas efficace pour posséder ou maîtriser la réalité. Elle est… … le temps du long désir Où l’homme apprend son indigence, Chemin creusé pour accueillir Celui qui vient combler les pauvres. (Voici le temps du long désir, E 201, hymne de l’Avent, Prière du temps présent, p. 5-6.) La Parole de Dieu, indépendamment de états d’âme ou de projets, invite à plonger dans les drames anciens qui se répètent au quotidien, à frôler les actions de grâces qui se répercutent jusqu’à aujourd’hui.”

Voir ou deviner ?

Après l’hymne de l’Office du matin du Jeudi I, “ Beaucoup voudraient voir et saisir… Mais notre cœur peut deviner…” (Tu es venu, hymne de l’Office du matin du jeudi I, Prière du temps présent, p. 679), est inséré ce billet : “ Avant la responsabilité dans le monde il y a l’humble respect, le regard qui garde ses distances, qui jouit de ce qui se donne à voir. Devant Dieu, les yeux et les oreilles passent avant les mains. Les paroles vivantes de la liturgie des Heures, écho vif de Celui qui est Parole de vie éternelle, sont à contempler et à respecter, non à consommer ! Elles témoignent de la démarche de Dieu qui respecte les méandres de nos approches… Cette attitude contemplative, que permet la liturgie des Heures, instaure la possibilité d’une prise en charge respectueuse du foisonnement de la création et des biens produits. Elle fait pressentir les sentiers sur lesquels Dieu nous invite à la rencontre. ”

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